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African Business

Niger : Bien accompagner les jeunes pousses

Introduits au Niger depuis près de cinq ans, les centres incubateurs des PME enregistrent déjà des succès et donnent des raisons d’espérer pour un pays à faible culture d’entreprise. L’esprit entrepreneurial avance.

Niamey, Sani Aboubacar

Une population jeune (66 % des Nigériens ont moins de 25 ans) et des ressources naturelles considé­rables. Ce pays du Sahel regorge assurément d’énormes potentialités qui ne demandent qu’à être transformées. L’entre­prenariat est l’un des leviers pouvant action­ner et valoriser ce potentiel. Pourtant, les statistiques sur la durée de vie des entreprises n’incitent guère à l’optimisme : entre 80 % et 90 % des entreprises créées meurent au bout de trois à cinq ans. « C’est ce qu’on appelle la Vallée de la mort ! », explique Almoktar Allahoury, directeur général et promoteur du Centre incubateur des PME au Niger (Cipmen). Premier incubateur des PME de l’histoire du pays, cet organisme aide, depuis près de trois ans, les jeunes porteurs de projets « à traverser cette vallée ». Une initiative qui intéresse désormais l’université de Niamey, taxée d’être « théorique », car ne formant que des étudiants dans le domaine des idées.

Au-delà de l’accompagnement à apporter de façon directe à l’entreprise, le Niger réflé­chit aux moyens d’améliorer son développe­ment, notamment par l’accès aux marchés, aux ressources humaines de talent, la forma­tion, la fiscalité…

Insuffler la culture d’entreprise

Aux côtés du Cipmen, le Centre incu­bateur de l’université de Niamey (Ciuamn) accompagne les étudiants en fin de cycle à cerner la problématique de l’entreprenariat. « Au Niger, les gens vont à l’école pour être des salariés. Nous allons vers les étudiants pour développer en eux un esprit entrepreneurial », explique Souleymane Abdoulaye, assistant marketing et communication du Centre. « Nous voulons insuffler la culture d’entreprise qui n’existe pas au Niger et casser les barrières entre les jeunes entrepreneurs et les grands patrons », renchérit le promoteur du Cipmen.

Les deux centres qui oeuvrent pour relever le défi de la culture d’entreprise se distinguent toutefois de par leurs rôles. « Nous sommes un incubateur académique », déclare Souleymane Abdoulaye. « L’université est généraliste et nous l’avons voulu ainsi », souligne Almockar Allahoury. « Plusieurs filières enseignées à l’université sont complémentaires du Cipmen qui est plutôt un accélérateur d’entreprise ayant déjà commencé leur activité, un “incubateur business”. L’université s’adresse quant à elle à des étudiants porteurs de projets », ajoute-t-il.

En fait, les deux centres sont complémen­taires et travaillent ensemble, notamment à travers le programme destiné aux porteurs de projets ou la pré-incubation. « C’est à travers ce programme que les jeunes trouvent une passerelle avec l’université et le Cipmen parce que souvent, ceux qui sortent de l’université peuvent venir adhérer à ce programme afin de finir ce qu’ils ont commencé là-bas », insiste Almoktar Allahoury.

Le goût de l’innovation

Ainsi, les porteurs de projets sont accompagnés pendant une période allant de quatre mois à trois ans. Ceux qui ont déjà commencé leur activité sont accompagnés dans le développe­ment de leurs entreprises, notam­ment la vente et le développement commercial. Ainsi que dans l’or­ganisation et la structuration de l’entreprise, la tenue de la comptabilité et l’organisation des ressources humaines de l’entreprise.

Il ne suffit pas seulement d’avoir une idée ou un projet d’entreprise. Pour les structures d’aide à l’entreprise, les idées doivent provenir des domaines à fort potentiel d’innovation et qui ont un fort impact socio-économique et environnemental. « Nous prenons toute sorte d’idée. L’essentiel c’est qu’elle soit innovante et qu’elle soit porteuse d’emplois. Nous tenons aussi compte de l’adéquation entre le porteur de projet et son projet », explique l’assistant marketing et communication du Ciuamn. « La vingtaine d’entreprise que nous accompagnons, nous les amenons à aller vers des projets innovants et de l’innovation locale ; laquelle ne demande pas forcément de très gros moyens et permet de lutter contre une problématique locale que la concurrence aura du mal à atteindre », confirme Almoktar Allahoury. « En innovant, l’entreprise transforme ou crée de la valeur pour les services qu’elle propose. »

Les promoteurs des centres incuba­teurs des PME tirent un bilan satisfaisant. Ils dénombrent 45 projets dont ceux des enseignants-chercheurs. Parmi eux, quinze porteurs de projets sont retenus. « Nous aidons une vingtaine d’entreprises qui ont créé une centaine d’emplois permanents. Elles représentent plus de 500 emplois indirects. Nos entreprises pèsent près d’un milliard de F.CFA de chiffre d’affaires cumulé, donc des retom­bées fiscales certaines pour l’État », se réjouit le directeur général du Cipmen, qui se dit satisfait du taux de survie des entreprises suivies par son centre. «Notre objectif était 95 % et nous sommes déjà autour de 98 % ; cette tendance va se maintenir», espère-t-il.

ENCADRE

Le tri-poubelle pour relever les défis environnementaux

L’exemple du projet « Du noir au vert » illustre le type de projets innovants en cours d’élaboration par les bénéficiaires d’encadrement des structures d’aide à l’entreprise pour relever les défis environnementaux locaux. Créé par Bachir Goni Youssoufa (33 ans), ce projet invite à la gestion des déchets ménagers et la production maraîchère. Il s’agit d’une nouvelle technique apportée aux ménages nigériens appelée « tri-poubelle ».

Elle consiste à intégrer au niveau des ménages la notion de poubelle compartimentée. «Nous les informons qu’ils peuvent mettre dans la première poubelle tous les déchets biodégradables et dans la deuxième, tous les déchets non biodégradables (plastiques, métal, verre…). Les matériels de la première poubelle sont transformés en compost avec lequel nous produisons des produits maraîchers bios.

Les produits de la deuxième poubelle sont vendus aux entreprises qui font le recyclage », explique Bachir Goni Youssoufa, directeur général de l’entreprise Agri-Business-Consulting. À long terme, le projet vise à amener les ménages à utiliser davantage les poubelles « pour que les gens ne déversent plus les déchets partout dans la ville ». Une belle initiative pouvant créer des richesses et résoudre un problème social qu’est la gestion des ordures ménagères.

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Written by Sani Aboubacar

Sani Aboubacar est correspondant principal des magazines African Business, African Bunker et Le Magazine de l’Afrique au Niger. Titulaire d’une licence en Linguistique à l’Université de Niamey et d’un Master en Communication, il a un intérêt particulier pour les questions politiques, économiques, industries extractives, environnement et développement durable. Il est également animateur du Desk Environnement du journal nigérien L’Evènement.

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