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African Banker

Mohammed Mejbar, DG de la SCB Cameroun

En l’espace de trois ans, trois directeurs généraux se sont succédé à la tête de la filiale d’Attijariwafa bank, SCB Cameroun. Son nouveau directeur général, Mohammed Mejbar, entend bien redorer l’image de la banque. Son expérience est son atout principal.

Yaoundé, Beaugas-Orain Djoyum

Mohammed Mejbar est conscient que les deux derniers directeurs généraux qui sont passés à la tête de la Société commerciale de banque Cameroun (SCB Cameroun) – détenue à 51 % par Attija­riwafa bank et par 49 % par l’État camerounais – ont quelque peu été « contraints » de partir par le groupe marocain. Diverses difficultés ont écorné l’image de la banque. D’abord, Jamal Ahizoune qui est muté en octobre 2015 au sein du groupe où il est chargé de la direction de la banque de détail à l’international. Parmi les raisons de son départ, la sanction infligée à SCB Cameroun par le régulateur du marché financier. Après le succès d’une opération publique de financement en 2013, le 10 juillet 2015, la Commission des marchés financiers (CMF) du Cameroun annonce que la SCB Cameroun est suspendue « six mois avec sursis, de toute activité sur le marché obligataire, à l’exception des opérations strictement néces­saires à la préservation de ses intérêts ». Elle inflige à la banque des amendes « en raison de plusieurs manquements à ses obligations professionnelles».

Le régulateur enjoint la SCB de restituer à l’État du Cameroun, « dans un délai de dix jours », la somme de 473 157 820 F.CFA (721 324 euros) représentant des commissions indûment perçues. Même si la banque va contester officiellement certaines décisions de la CMF, le groupe trouve qu’il est impé­ratif d’effectuer un changement à sa tête. Ce qui est fait ! Celui-ci est à son tour limogé. Sur ordre du roi Mohammed VI, un audit est effectué au sein des filiales africaines du groupe Attijariwafa bank, filiale de la holding royale SNI. Les auditeurs de la SNI auraient relevé des irrégularités dans les comptes de la SCB et surtout des opérations irrégulières de sortie de devises vers des banques parisiennes.

Un succès au Congo

Dans ce contexte, Mohammed Mejbar est nommé directeur général de SCB Cameroun le 27 avril 2017. Il succède à Mohamed Krisni qui est resté à la tête de la banque moins de deux ans. Malgré ces différentes affaires, les résultats de la banque au Cameroun sont positifs. Mais le nouveau directeur général devra user de sa riche expérience pour redonner une image exemplaire à la tête de l’entreprise. Son savoir-faire, il l’a développé au fil des années dans le secteur bancaire et principalement au sein du groupe marocain. D’ailleurs, Mohammed Mejbar n’est pas étranger en Afrique centrale. Car, avant sa nomination, il occupait le poste de directeur général de Crédit du Congo, une autre filiale d’Attijariwafa bank. Un poste qu’il occupait depuis janvier 2012. Avant d’arriver à la tête de l’entreprise au Congo, il a été directeur général adjoint de la même banque de juillet 2010 à décembre 2011. Il revenait alors tout juste du Maroc d’où il occupait, depuis sept ans, le poste de directeur de Réseau d’Attijariwafa.

Au Cameroun, Mohammed Mejbar devra participer à la densification du réseau de SCB Cameroun, actuellement constitué de 56 agences. Aussi, il devra mettre l’accent sur la digitalisation de l’ensemble des services bancaires. En ce qui concerne l’extension du réseau bancaire, son expé­rience n’est plus à démontrer : « Au Congo, nous sommes passés de deux agences en 2012 à 19 aujourd’hui. Dans notre plan d’action de 2017, quatre nouvelles agences sont prévues ».

Aussi, le nouveau DG se vante d’avoir dirigé, au Congo, la banque leader en inno­vation. Explications : « En 2010, nous avons lancé un nouveau produit, “ Noki Noki ” qui, en langue congolaise, veut dire Vite Vite . Avec cette offre, nous nous enga­geons à débloquer un crédit en moins de 48 heures. Cela a très bien marché et cela a été précurseur d’un dévelop­pement extraordinaire du marché du crédit à la clientèle. Toutes les banques nous ont suivis. Et, aujourd’hui, nous sommes cités en exemple en matière d’innovation, de création de nouveaux produits et en termes de développement commercial. »

L’intérêt non démenti d’Attijariwafa

Des expériences qu’il devra capi­taliser en les adaptant aux réalités du marché camerounais. Et surtout en explorant les possibilités de financement ou d’accom­pagnement non seulement des PME locales, mais également des entreprises étrangères en quête de positionnement au Cameroun.

En effet, il y a un an, le PDG du Groupe Attijariwafa bank, Mohamed el-Kettani, alors en visite dans le cadre du forum Investir au Cameroun, déclarait que « le Cameroun a la possibilité de multiplier par cinq le montant des investissements étrangers. Ils sont de l’ordre de 500 millions de dollars par an en moyenne, depuis cinq ans. Alors que le Cameroun est un pays qui a la possibilité d’aller largement au-delà ». Pour le patron marocain, la confiance est totale envers le Cameroun.

« Le Cameroun est un bon risque. La preuve, nous sommes implantés au Cameroun et nous continuons d’investir. Nous avons confiance dans les populations et dans la gouvernance du Cameroun. Nous avons confiance dans le potentiel du pays. C’est ce qui nous a permis d’injecter plus de 120 millions $ d’investisse­ments ces dernières années pour étendre le réseau de SCB Cameroun, pour recruter des compétences, pour acquérir les technologies d’information modernes et pour digitaliser nos services », expliquait alors le patron du groupe Attijariwafa. Un indicateur qui laisse croire que Mohammed Mejbar, détenteur d’un MBA en Finances d’entreprise obtenu au groupe ISCAE (Maroc), devra oeuvrer pour libérer le potentiel du Cameroun en répondant davantage aux attentes des acteurs de l’économie camerounaise.

 ENCADRE

La place d’Attijariwafa bank au Cameroun

SCB Cameroun exploite un réseau de 56 agences. Au 31 décembre 2016, l’entreprise a octroyé des crédits d’un montant de 71 milliards de F.C.FA (108,24 millions d’euros) au secteur agro-industriel dont 20 % de ce montant aux PME locales.

Côté Assurances, la filiale Vie de Wafa Assurance au Cameroun a démarré ses activités après avoir finalisé le recrutement des équipes et le déploiement des systèmes d’information et du dispositif commercial. La filiale affichait au 31 décembre 2016 un chiffre d’affaires, encore modeste. Compte tenu du niveau de son développement, le résultat net reste déficitaire à ce stade.

La filiale Wafacash Central Africa pour sa part a obtenu son agrément au Cameroun le 21 novembre 2016. Autre entité du groupe au Cameroun, Attijari Securities Central Africa, en abrégé ASCA. Créée le 10 février 2016, elle est dotée d’un capital initial de 1,3 milliard de F.CFA (2 millions d’euros). ASCA sera spécialisée dans « la fourniture de services financiers, notamment la réception et la transmission des ordres ; le placement, la négociation, la souscription, l’achat, la gestion, la conservation, l’administration et la vente de valeurs mobilières et de tout produit financier ; le conseil et l’assistance en matière de gestion de patrimoine ou financière, l’ingénierie financière ; la prise de participation par voie d’apport, de souscription, d’achat de titres ou par toutes autres voies dans toutes sociétés ».

En principe, Mohammed Mejbar devrait rejoindre le conseil d’administration d’ASCA, qui a une compétence sur l’ensemble des pays de l’Afrique centrale. D’ailleurs, dirigée par Bensalah Naoufal, ASCA, dont le conseil d’administration est présidé par Rouissi Youssef, réunit dans son conseil d’administration les représentants des trois filiales bancaires d’Attijariwafa bank en Afrique centrale : Société commerciale de banque au Cameroun (SCB Cameroun), Union gabonaise de banque (UGB) et Crédit du Congo (CDC).

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Written by Beaugas-Orain Djoyum

Beaugas-Orain Djoyum est correspondant Senior à IC Publications. Il s’intéresse particulièrement aux questions économiques et financières. Beaugas est aussi directeur Afrique centrale de l’Agence Ecofin. Les TIC et Télécommunications sont également des domaines où l’on retrouve ses écrits. Il est directeur de publication de www.ticmag.net, la plateforme web d’actualités sur les TIC et Télécommunications en Afrique centrale. Il est par ailleurs Rédacteur en chef du magazine panafricain spécialisé Réseau Telecom Network. Beaugas-Orain Djoyum a également créé ICT Media Agency, un cabinet de veille stratégique et de fourniture de contenus médiatiques.

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