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African Business

Focus : Mines et industries extractives

Après avoir vécu une année 2015 difficile, l’Afrique pourrait profiter de ce vent léger d’optimisme, profitable à ses économies qui ont pris de plein fouet la fin du cycle haussier des matières premières, amorcé en 2011.

La prudence domine malgré la hausse des cours – Le pire est passé. Après leur effondrement en 2015, les cours des matières premières repartent à la hausse, mais timidement et les marchés font face à une forte volatilité. Ce léger mieux annonce le retour des investissements en Afrique.

Par Jean-Michel Meyer

« Le plus dur est derrière nous, c’est une évidence », assure Yves Jégourel, maître de conférences à l’université de Bordeaux et qui collabore au rapport CyclOpe, sur l’état des matières premières dans le monde. Pour autant, on connaît la règle d’or des marchés financiers : l’incertitude est baissière.

 Il est à craindre que cette maxime n’accompagne la communauté financière tout au long de 2017 et ne l’incite à la plus grande prudence. Dans un contexte qui redevient favorable, ou plutôt moins alarmant, le suisse Glencore est l’un des premiers groupes miniers à renouer avec une stratégie d’expansion.

Le 5 janvier 2017, il a annoncé son intention de renforcer sa participation – de 69 % actuellement – dans la mine de cuivre et de cobalt de Mutanda, en RD Congo.

En rachetant tout ou partie des 31 % détenus par le groupe Fleurette du milliardaire Dan Gertler, Glencore contrôlerait totalement le gisement de Mutanda, évalué à 1,8 milliard de dollars. Située au Katanga, la mine a produit 162 300 tonnes de cuivre et 18 000 tonnes de cobalt au cours des neuf premiers mois de 2016.

Pour l’instant, toutefois, l’activisme du géant suisse demeure une exception. Ses concurrents sont plutôt dans l’attente de signaux plus encourageants et compréhensibles des marchés, pour l’heure marqués par une très forte volatilité.

« Globalement, on a touché un point bas pour la quasi-totalité des matières non renouvelables à partir de novembre 2015 et jusqu’en février 2016, souligne Yves Jégourel. Mais si nous avons le sentiment d’être sur un léger retournement de tendance, on ne s’oriente pas, malgré tout, vers un schéma flamboyant pour les années à venir. Car si l’on se trouve sur une dynamique globalement positive pour 2016, et a priori pour 2017, on relève beaucoup d’instabilité. Et 2017 sera comme 2016, une année à forte volatilité».

Les prix des métaux de base échangés sur le London Metal Exchange se sont ainsi envolés de manière inattendue, fin 2016, pour atteindre des sommets en novembre.

Les raisons ? Notamment les promesses d’investissements massifs dans les infrastructures en Chine et aux États-Unis, où les prix des métaux de base ont été particulièrement stimulés, après l’élection de Donald Trump.

Après un début d’année très moyen, les cours des matières premières ont finalement affiché de solides progressions sur l’année : 10 % pour l’aluminium et le plomb, 15 % pour le nickel, 16 % pour le cuivre et, surtout, 45 % pour l’étain et même 55 % pour le zinc.

À 2 576,50 $ la tonne mi-novembre 2016, le plomb atteignait son cours le plus élevé depuis août 2011 ! Tandis que le nickel grimpait à la même période jusqu’à 12 145 $ la tonne, son plus haut depuis juillet 2015. Même euphorie pour le zinc, qui caracolait à 2 985 $ la tonne, un cours inconnu depuis novembre 2007.

Des experts partagés

Le cuivre a illustré cette très forte volatilité des cours. Jusqu’en octobre 2016, le prix du métal rouge stagnait. Sur le seul mois de novembre, il s’est envolé de 28 % pour perdre 7 % en décembre, en repli comme presque tous les cours des matières premières aux derniers jours de 2016.

Les cours des matières premières continueront-ils à se redresser? S’enfonceront-ils à nouveau ? L’effet Trump animera-t-il toute l’année 2017 ? Sera-t-il un feu de paille ?

Les avis des analystes divergent et alimentent l’incertitude actuelle ! « Nous étions confiants pour 2016, mais nous avons été surpris par l’ampleur de la hausse des métaux de base. Au point que nous sommes désormais inquiets, l’optimisme qui règne sur la demande pourrait ne pas être justifié », écrivent, dans le camp des pessimistes, les analystes de Capital Economics, qui notent, toutefois, que la production insuffisante de métaux, dont le zinc et le plomb, pourrait empêcher les prix de retomber trop fortement.

Les experts de Macquarie se rangent dans le camp des optimistes. « L’activité manufactu­rière mondiale continue de grimper, tandis que le gouvernement chinois a réitéré sa volonté d’at­teindre une stabilité du marché, ce qui nécessite un investissement solide dans les infrastructures pour atteindre une croissance de 6,5 % du PIB », ont-ils estimé, relevant leurs estimations de prix pour la plupart des métaux de base en 2017.

«Peu de spécialistes ont anticipé ce qui allait se passer en 2016. Je pense que les marchés sont assez déboussolés», relève Yves Jégourel. Plus que jamais, le marché des matières premières est une équation à plusieurs inconnues qui dépasse largement la particularité de chacune des filières de minerais ou des métaux.

Une bouffée d’oxygène

« Je crois qu’en 2017, la macroéconomie fera sa loi et prévaudra pour la quasi-totalité des matières premières. Pour établir mes prévisions, je regarderai d’abord la politique monétaire améri­caine, la valeur du dollar et sa parité avec le yuan, et si la dépréciation de la monnaie chinoise pourra être stoppée. Sans oublier toute la problématique Trump, après son annonce de 50 milliards $ d’in­vestissement dans les infrastructures, ainsi que la dimension commerciale et politique des États- Unis avec la Chine qui pourrait également peser. Je resterai très prudent sur 2017, même si on peut être raisonnablement optimiste. »

Après avoir vécu une année 2015 difficile, l’Afrique pourrait profiter de ce vent léger d’optimisme, profitable à ses économies qui ont pris de plein fouet la fin du cycle haus­sier des matières premières, amorcé en 2011. Fortement tributaire de l’industrie minière, la Sierra Leone a, par exemple, subi une contraction de son PIB de 21 % en 2015. Sur le continent, de nombreuses petites entreprises minières ont eu les reins brisés par des coûts de production structurellement plus élevés.

Une compétitivité à restaurer

« La remontée des cours a donné une bouffée d’oxygène à l’Afrique », constate Yves Jégourel. Toutefois, les plaies liées à l’effondrement des cours des produits de base sont encore à vif. Sur un marché très largement mondialisé, les actifs africains des groupes miniers ont souvent joué la variable d’ajustement dans les politiques de restructuration des multinationales.

Si Glencore repart à l’offensive à Mutanga, le groupe a d’abord été confronté à un endette­ment de plus de 30 milliards $ le contraignant à céder sa mine de nickel à Sipilou, en Côte d’Ivoire, et à suspendre ses opérations dans les mines de cuivre en Zambie. La plupart des majors poursuivent leur cure d’austé­rité.

Anglo American prévoyait, dès 2015, la suppression de la moitié de ses 55 mines en Afrique du Sud et de supprimer 85 000 emplois. Rio Tinto a pour sa part indiqué qu’il réduirait ses investissements aux « projets de haute qualité » pour préserver ses bénéfices.

Et l’anglo-australien BHP Billiton réduira ses investissements en 2016 et en 2017, qui tombe­ront entre 7 et 9 milliards $ contre 11 milliards en 2015. Malgré tout, les années les plus diffi­ciles sont passées. « Les matières premières ne sont plus considérées comme des actifs démodés, comme c’était le cas en 2014 et en 2015, souligne Yves Jégourel. C’est à nouveau un sujet d’inves­tissement. Cela augure d’une nouvelle phase d’investissement des groupes miniers validée par les actionnaires».

Pour inciter les groupes miniers à exploiter son énorme potentiel, l’Afrique, qui ne repré­sente que 12,6 % de la production minière mondiale en valeur, soit 1 046 milliards $, doit impérativement renforcer sa compétiti­vité pour attirer les investisseurs. « Il y a une réelle prise de conscience politique en Afrique, qui date d’avant 2015, pour intégrer davantage de transformations locales pour arrêter de subir la malédiction des matières premières, et pour renforcer la production d’électricité et d’infras­tructures de transport. On note un réel pragma­tisme, mais la réalité est là. On ne réalise pas ce type d’investissements en quelques mois », reconnaît Yves Jégourel.

ENCADRE

Les producteurs d’or sous pression

Où s’arrêtera la chute du cours de l’or ? C’est la question que se posent les pays producteurs de métal jaune. Et ils sont nombreux à s’interroger en Afrique, dans les pays où se concentrent les groupes aurifères : en Afrique du Sud, bien sûr, mais aussi en Afrique de l’Ouest (Burkina Faso, Ghana, Mali) et à l’est du continent (Kenya, Éthiopie, Érythrée).

Comme toutes les matières premières, l’or a subi l’effondrement des cours en 2015, pour tomber à 1 049 $ l’once. Tout semblait rentrer dans l’ordre en 2016. L’or redevenait la valeur refuge. Son prix grimpait de 25 % au cours des trois premiers trimestres de l’année. C’était même la plus longue hausse depuis 2011, l’année du record, avec une once à 1 920 $.

Mais la machine s’est à nouveau enrayée, à cause de l’anticipation de la hausse des taux directeurs de la FED et de la remontée du dollar qui s’est substitué à l’or comme valeur refuge. La volatilité du métal jaune s’est amplifiée depuis l’élection de Donald Trump. Son prix a grimpé de 5 % au lendemain du scrutin, pour reperdre 9 % au 9 janvier 2017, à 1 180 $ l’once.

Cette volatilité a engendré des mouvements de concentration en Afrique, à l’image de Randgold Resources, qui a racheté plusieurs gisements en Afrique de l’Ouest et en RD Congo. De leur côté, les groupes miniers sud-africains, dont AngloGold Ashanti, Harmony et Gold Fields, ont tenté de résister à ces turbulences grâce à la baisse du cours du rand. Mais ils envisagent sérieusement aujourd’hui d’aller investir en Asie, en Amérique latine ou au Canada !

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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