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Politique

Mauritanie: Les combats de Biram Dah Abeid

Le leader de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) en Mauritanie est déterminé à présenter sa candidature à l’élection présidentielle de 2019.

Par Christine Holzbauer

Militant tant des droits de l’homme de la première heure, Biram Dah Abeid, 52 ans, a fait de la lutte contre l’esclavage en Mauritanie sa rai­son d’être. « C’est une promesse que j’ai faite à mon père qui a épousé une esclave et a vu sa famille déchirée par l’esclavage », écrivait-il dans une lettre ouverte depuis sa prison civile d’Aleg, en août 2015.

Son père a été affranchi par le maître de sa grand-mère. Mais il est le seul de sa fratrie de onze enfants à avoir fréquenté l’école primaire et secondaire, puis l’uni­versité à Nouakchott et à Dakar où il a étudié le droit et l’histoire. Sa thèse, bien sûr, était consacrée à l’esclavage…

Dès la fin de ses études, il intègre la célèbre ONG antiesclavagiste SOS Esclaves avant de créer, en 2008, l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolition­niste (IRA).

Il entame alors un « combat pacifique et non violent » pour faire cesser l’esclavage dans son pays, dénonçant les abus d’une classe arabo-berbère prête à tout, selon lui, pour garder ses privilèges et se maintenir au pouvoir.

Très vite, il devient l’homme à abattre. Ce qui lui a valu le surnom de « Spartacus mauritanien », en référence à la révolte menée par le gladiateur thrace. La voix posée et le regard perçant, ce natif de Rosso, une ville frontière avec le Sénégal, n’a pourtant rien d’un va-t-en-guerre.

Plutôt citadin, il porte le boubou mauritanien aussi facilement que le costume occidental et s’exprime indifféremment en hassania (la langue des Maures), wolof, pulaar, français, arabe, et un peu d’anglais.

Lors de réu­nions – toujours bondées – qu’il organise à chacun de ses déplacements hors du pays pour permettre à la diaspora de venir à sa rencontre, il écoute avec attention ses compatriotes, ne refuse jamais une ques­tion – même la plus embarrassante – et y répond avec circonspection et humour quand il relate ses démêlées avec les auto­rités mauritaniennes.

Autant dire qu’il captive son auditoire et ne laisse pas indif­férent ses contradicteurs. « Je retrouve des accents de Mandela dans cet homme ! », s’est exclamé l’un de ses partisans à Dakar où il se rend souvent, du moins quand on le laisse libre de ses mouvements.

 Une lutte sans relâche

Invité d’honneur le 4 février 2017 à Bordeaux à l’occasion de la commé­moration du 223e anniversaire de l’abo­lition de l’esclavage en France, Biram Dah Abeid a reçu le prix de la fondation Mémoires et partages. Karfa Sira Diallo, le fondateur de cette ONG œuvrant entre Bordeaux et Dakar afin que s’ac­complisse un travail de mémoire autour des héritages de l’esclavage occidental, souligne « sa posture sereine et, comme pour Mandela, sa vision libératrice pour son peuple » qui frappent quand on le rencontre pour la première fois.  

Certes, la Mauritanie d’aujourd’hui n’est pas l’Afrique du Sud de l’apartheid. Mais la reconnaissance à l’internatio­nal de la lutte sans relâche que mènent le Mauritanien et les membres d’IRA – récipiendaire en 2013 du prestigieux prix des Nations unies pour la cause des droits de l’homme avec cinq autres lau­réats – est salutaire face à la répression à laquelle ils doivent faire face. « Ce prix est ma plus grande fierté », clame Biram Dah Abeid.

Qui reste conscient que la bataille se gagne, d’abord, sur le terrain. Bien sûr, les récompenses n’ont cessé de pleuvoir au cours des cinq dernières années : prix des droits humains de la ville de Weimar en 2011, prix Front Line Defenders en 2013, prix Echoes of Africa de la ville de Philadelphie en 2014, « Tulipe » des droits de l’homme aux Pays-Bas en 2015, prix Lawson James et prix des héros contre l’esclavage et la traite des personnes en 2016 aux États-Unis, etc.

Hélas, ces récompenses sont à mettre en parallèle avec les arrestations et les incar­cérations, puisque l’ONG n’est toujours pas reconnue par le pouvoir. Sur les 13 militants de l’IRA transférés en sep­tembre 2016 à Zouerate, malgré l’appel de leur condamnation à Nouakchott après avoir écopé de peines allant de trois à quinze ans de prison, 11 ont finalement été libérés. « Ce qui n’est pas étranger aux soutiens récents qu’il a obtenus de la part de certains chefs d’État après sa sortie de prison y compris en Afrique », confie un proche.

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