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Maroc : La Chine confirme sa présence

Forts de ses atouts politiques, humains et géographiques, le Maroc devient un partenaire incontournable de la Chine en Afrique, lui réservant une place stratégique dans sa politique de diversification de ses partenaires commerciaux.

Rabat, Nizar Idrissi Zouggari

Mars 2017, Palais royal de Marchane, à Tanger. Le roi Mohammed VI préside la signa­ture du protocole entérinant offi­ciellement la création de la « Cité Moham­med-VI Tanger Tech », ville industrielle aux portes de Tanger, livrée clé en main.

C’est le souverain qui avait rapporté le projet dans ses valises, au retour de sa visite à Pékin, en mai 2016, parmi près de quinze conventions et accords d’investissements signés lors de sa seconde visite en Chine.

Avec un milliard de dollars d’investis­sement initial porté par le groupe chinois d’aéronautique Haite, la ville industrielle représente à elle seule trois fois le montant de l’investissement chinois au Maroc en 2016. On promet un investissement de 10 milliards $ et la création de 300 000 emplois sur les dix prochaines années, ainsi que l’installation de près de 200 entreprises.

La Chine voit à long terme et tolère des rendements faibles les premières années. Les Marocains sont très forts pour négocier avec les Européens ou les Américains. Il leur reste à apprendre à négocier avec les Chinois.

Ce projet marque un tournant dans les rela­tions économiques sino-marocaines, tant le Maroc était resté, ces dernières années, en retrait des appétits de la Chine en Afrique.

« On a commencé à développer des outils, notamment le guide de l’investisseur, en mandarin, les partenaires chinois appré­cient cela », explique-t-on du côté de Maroc Invest, l’agence gouvernementale chargée de promouvoir le pays à l’international. Sachant que la gestion du « dossier chinois » est du ressort du ministre de l’Industrie, Moulay

Hafid Elalamy. Depuis plusieurs années, il a fait de la Chine un partenaire économique d’envergure en tentant de capter une partie des 85 millions d’emplois que délocalisera le géant asiatique au cours des prochaines années.

Le grand avantage du royaume tient dans « la clarté des besoins du pays », explique Nasser Bouchiba. L’universitaire et entre­preneur précise : « Entre le Plan d’émergence industrielle, le Plan Maroc vert, les différents plans sectoriels, les besoins sont définis, ce qui facilite la communication. C’est une méthodo­logie appréciée des Chinois qui veulent que le pays récepteur présente ses besoins de manière claire et précise».

Ces dernières années, le Maroc a multiplié les appels en direction de la Chine. Au forum Afrique-Chine de Johannesbourg, en 2015, le Roi avait déjà fait parvenir un message où il indiquait la volonté du Maroc de s’inscrire dans l’initiative de la « Route de la soie ».

Le Maroc, hub vers le monde

Et dès juin 2016, les autorités marocaines avaient annulé l’obligation de visas pour les ressortissants chinois, espérant ainsi atti­rer 100 000 touristes en 2017, ainsi que les hommes d’affaires à la recherche d’opportu­nités. L’objectif du Maroc est clair : devenir un partenaire stratégique et une porte d’en­trée de la Chine en Afrique.

Contrairement à d’autres pays afri­cains, le Maroc n’offre pas les ressources minérales ou en hydrocarbures nécessaires pour assurer la sécurité des approvisionne­ments chinois. L’attrait du royaume tient à sa position géographique stratégique et aux infrastructures modernes.

C’est d’ail­leurs dans ce domaine que résident des investissements d’envergure, notamment l’autoroute Berrechid-Beni-Mellal et le pont Mohammed-VI à Rabat, ou encore la centrale thermique de Jerada, confiée au chinois Sepco III. « Le Maroc a une demande en infrastructures, tandis que les Chinois ont une expertise. Cette configuration leur ouvre des débouchés », explique l’économiste Rachid Achachi.

Le choix de Tanger pour la création d’une nouvelle ville industrielle n’est d’ail­leurs pas anodin. Le port de Tanger-Med offre une base logistique de premier plan pour l’accès au marché européen et africain. Pour Nasser Bouchiba, « le Maroc peut être une plateforme. Une entreprise chinoise qui s’installe à Tanger peut recevoir une étude, monter une commande, et démarrer la livrai­son le jour même ».

Avec les accords de libre-échange signés par le Maroc, un marché d’un milliard de consommateurs potentiels s’ouvre pour le pays, en Europe, aux États-Unis, mais surtout en Afrique. Les Chinois l’ont d’ailleurs bien compris, puisque c’est à Casablanca que se trouve le hub régional de Bank of China.

La stabilité d’un partenaire

L’ambassadeur de Chine au Maroc, Sun Shuzhong, s’attend à « un partenariat plus étroit entre la Chine et le Maroc dans le cadre de la construction conjointe de l’initia­tive Ceinture et Route » ; à son sens, tel est le rôle amené à jouer par le Maroc qui constitue « une porte d’entrée pour les investisseurs dési­reux d’investir en Afrique de l’Ouest ».

Avec la Chine, le Maroc espère trouver un partenaire stable, alors que sa relation poli­tique avec ses traditionnels alliés européens a connu quelques tensions ces dernières années, exacerbées par l’arrêt de la Cour de Justice de l’Union européenne sur les accords agricoles.

Un besoin de multiplier les partenaires d’au­tant plus pressant que le pays fait face depuis quelques semaines à une « guerre des bateaux » par les séparatistes du front Polisario, qui utilisent cet arrêté comme argument juri­dique pour bloquer des navires transportant du phosphate extrait dans le Sahara.

Forcément, la neutralité politique offerte par la Chine sur la situation du Sahara est alléchante pour trouver de nouveaux débou­chés aux produits marocains, d’autant que le Maroc observe un strict respect de la One China Policy de son côté et s’est toujours abstenu de commenter la situation des Ouighours. Pour le Maroc, cette neutralité offre l’avantage, par exemple, d’évacuer la question de la légalité des produits issus du Sahara.

Pour Nasser Bouchiba, la nature même des investissements chinois est différente de celle des partenaires commerciaux tradition­nels du Maroc : « La Chine est un pays qui voit à longue échéance, il tolère les marges faibles sur une longue durée. Ce qui compte, c’est le profit à long terme, ce que ne pourra jamais imiter une entreprise anglaise ou américaine, qui présente un capital financier nomade. »

L’une des questions qui restent en suspens, selon Rachid Achachi, est celle « des ressources humaines, et notamment la capacité de la partie marocaine, à avoir des gens formés pour travailler avec la Chine. Les Marocains sont très forts pour négo­cier avec les Européens ou les Américains, maintenant, il faut apprendre à connaître la Chine».

Ce défi attend les autorités marocaines, si elles souhaitent véritablement passer, selon l’expression de la patronne des patrons marocains, Meriem Bensalah-Chaqroun « du Made in China au Made by China in Morocco ».

ENCADRE

Les énergies renouvelables, un axe essentiel

Les énergies renouvelables représentent l’un des axes de coopération où les expertises et intérêts chinois et marocains se rencontrent le mieux. Les deux pays sont lancés dans une course à vive allure dans les énergies vertes et renouvelables.

La visite du roi à Pékin avait d’ailleurs été l’occasion de signer plusieurs accords en ce sens entre la Société d’investissements énergétiques et des industriels chinois. Ceux-ci prévoient notamment la construction d’une usine de bus électriques à Tanger et une usine de production de panneaux photovoltaïques et une autre de chauffe-eau solaires.

La Chine, premier investisseur mondial dans le renouvelable, est déjà présente au Maroc dans le domaine. Des groupes chinois sont impliqués dans la mise en service de certaines tranches de la station Noor de Ouarzazate.

Le Maroc, leader africain dans le domaine, y investit tous azimuts, et pourrait bien trouver dans la Chine un partenaire tout aussi enthousiasmé que lui, et doté de l’expertise et la solidité financière nécessaires.

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Written by African Business

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