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Politique

Maroc : Jusqu’où ira Aziz Akhannouch ?

Jusqu’à son arrivée surprise à la tête du RNI, Aziz Akhannouch n’était pas parti pour une carrière politique. Il faisait office de « ministre-technocrate » comme en témoigne son retrait du parti, par deux fois, pour rester au gouvernement, durant les cours intermèdes où le RNI est entré dans l’opposition, entre 2011 et 2013. Depuis fin 2016, Akhannouch a pourtant montré qu’il est venu pour faire tout sauf de la figuration et cela, dès ses premiers pas de leader politique.

Son premier fait d’armes est d’avoir su avancer ses pions, dans un imbroglio dont seule la politique marocaine a le secret. Au lendemain des législatives de 2016 et malgré les maigres résultats de son parti, Aziz Akhannouch a tenu tête à Abdelillah Benkirane, qui avait pourtant été reconduit par Mohammed VI après le second sacre des islamistes.

Contre toute attente, il a réussi à faire écarter l’ancien chef du gouvernement avec qui le RNI n’arrivait pas à s’entendre sur l’entrée de certains alliés, principalement les socialistes de l’USFP. « Cet épisode a constitué un premier message d’Aziz Akhannouch à l’ensemble de la classe politique qui a désormais compris qu’il va falloir compter avec lui », analyse un politologue. Et il ne s’est pas arrêté-là. Aziz Akhannouch a entrepris une profonde restructuration accompagnée d’un repositionnement idéologique de la formation qui se qualifiait jusque-là de « centriste ».

De janvier 2017 à janvier 2018, le patron du RNI a effectué une tournée nationale qui l’a conduit dans les douze régions du pays où il a tenu de gigantesques meetings.

Un parti de pouvoir et non du pouvoir

Avant de s’atteler à la refondation de sa formation, dotée de nouvelles structures, notamment pour les Marocains de la diaspora, mais aussi pour les jeunes, les femmes et les professions libérales. Enfin, le RNI s’est désormais doté d’une nouvelle offre politique traduite dans La voie de la confiance, un livre en forme de programme de campagne, en matière de justice sociale, de responsabilité et de développement. Et aussi un programme de mandat si on tient compte de ses objectifs chiffrés, notamment la création de 2 millions d’emplois à l’horizon 2025.

« Notre offre politique est une réponse à la fois aux revendications légitimes de nos concitoyens et à ceux qui se nourrissent de leurs malheurs », martèle à chacun de ses meetings celui qui entend désormais positionner le RNI comme un parti de pouvoir et non du pouvoir. Alors Aziz Akhannouch est-il déjà en campagne et prêt à endosser l’étoffe de chef du gouvernement ? Il s’en défend et relais l’appel lancé par le Roi pour un renouvellement de l’offre politique : « Notre choix émane d’une conscience des préoccupations du citoyen et prône l’innovation dans la proposition de solutions viables et concrètes, inspirées de la réalité sociale du pays. »

À la question de savoir s’il n’est pas déjà en campagne alors que son parti est dans la majorité, Akhannouch rétorque qu’au RNI, « nous avons des ambitions, nous avons dynamisé le parti, nous sommes aux côtés des aspirations des citoyens, nous voulons être parmi les vainqueurs ».

Quoi qu’il en soit, une nouvelle dynamique est enclenchée : lors des récentes législatives partielles, le RNI a glané quelques sièges, faisant dire à Hassan Ben Omar, membre du bureau politique national que « les choses bougent dans la bonne direction ». Assez pour conforter les ambitions de Si Akhannouch ? Pas complètement, le parti souffrat encore de l’image de « parti de l’administration », « de notables » ou de « part d’appoint au gouvernement » .

Manoeuvres du Palais

« L’intense activité politique que déploie Aziz Akhannouch depuis quelques mois et alors que les prochaines élections sont encore loin, peut lui permettre de légitimer une éventuelle victoire », avertit toutefois un politologue.

Certains voient une nouvelle tentative du Palais de mettre fin à l’expérience islamiste, comme en 2011 avec la création du « G8 », un regroupement de huit formations politiques qui ambitionnaient de barrer la route aux islamistes. Tel était l’intention royale après la création du Parti authenticité et modernité (PAM) en 2008 ; la manoeuvre a de toute évidence échoué, en dépit de l’éphémère montée en puissance, à la veille des législatives de 2016, d’Ilyas El Omari. De son côté, AbdelIlah Benkirane, début février 2018, lors du congrès de la jeunesse du PJD, a interpellé directement Akhannouch, souhaitant l’avertir des risques que peut engendrer le mélange des genres entre business et politique. 

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