Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Politique

Maroc : le départ de Benkirane

Reconduit en octobre pour un nouveau mandat, le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, a peiné à former une majorité et à constituer son gouvernement. Avant d’être débarqué. Retour sur ce parcours.

Rabat, Aboubacar Yacouba Barma

Le Maroc ne disposait toujours pas de gouvernement. Abdelilah Benkirane, en poste depuis 2011, avait été reconduit dans ses fonctions par le roi Mohammed VI, avec comme première mission : la formation d’une majorité qui sera suivie, logique­ment par la composition d’un nouveau gouvernement.

Le secrétaire général du Parti pour la justice et le développement (PJD) – qui a remporté les législatives du 7 octobre avec 125 députés sur les 395 sièges de la Chambre basse du Parlement – peine encore à constituer une majorité parlementaire.

Les raisons du blocage

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé, au vu des multiples rounds de négociations engagés par le chef du gouvernement avec plusieurs forma­tions politiques, pour parvenir à une majorité de 198 sièges qui devrait lui permettre de disposer de la confiance du parlement.

Le chemin semblait balisé : dès le départ, le Premier ministre a misé sur la reconduction de la coalition qui l’a soutenu durant son premier mandat. Autour du PJD, elle est constituée du RNI (Rassemblement national des indépendants), 37 sièges à la Chambre, du Mouvement popu­laire (27 élus) et du Parti pour le pro­grès et le socialisme (PPS), 12 députés.

De quoi constituer une majorité assez solide, d’autant que les autres partis de l’ancienne coalition ont fait part de leur prédisposition à rempiler pour une nouvelle expérience menée par le parti islamiste.

C’était compter sans les préten­tions et les petits calculs des uns et des autres, avec, en toile de fond, une guerre d’ego et de positionnement politique. Officiellement, les concertations se pour­suivent toujours avec des rencontres régulières entre les différents leaders politiques engagés dans les négociations.

Dans ce mélodrame politique, deux acteurs concentrent toutes les attentions et semblent mener le jeu. Abdelilah Benkirane, bien sûr, et le nouveau secré­taire général du RNI, le milliardaire Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et de la pêche maritime depuis dix ans et très proche du Palais.

Plébiscité en octobre à la tête de la formation qui elle-même est réputée proche du Makhzen, Aziz Akhannouch a tôt fait de monter les enchères pour assurer un meilleur posi­tionnement au RNI, le parti qui n’est pourtant arrivé que quatrième aux der­nières législatives.

Il est vrai que le mariage du PJD et du RNI semble imposé par les circonstances, le parti n’ayant rejoint la coalition gouvernementale qu’en 2013, à la suite du départ de l’Istiqlal.

D’ailleurs, les trois années de « compa­gnonnage » entre les deux formations ont été marquées par plusieurs prises de bec entre leurs ministres respectifs, le RNI n’a jamais fait mystère de sa préférence pour le PAM (Parti authenticité et modernité), le parti initialement créé en 2008 par l’ami et conseiller du roi, Fouad Ali El Himma.

Alors que le chef du gouvernement tente de faire revenir l’Istiqlal, l’ancien parti indé­pendantiste, le RNI a opposé son « niet catégorique ». Conscient du fait que l’arrivée de cette formation conservatrice aura pour effet d’atténuer l’importance de son parti au sein de la coalition gouvernementale, Aziz Akhannouch propose plutôt d’élargir la coalition à d’autres partis ; notamment l’Union socialiste des forces populaires (USFP) avec ses 20 députés et l’Union constitutionnelle (UC) qui dispose de 19 sièges.

Une proposition qui a été vue d’un mauvais œil par le chef du gouvernement qui a anticipé cette volonté du RNI de le mettre en position délicate au sein de sa propre coalition. Benkirane s’est donc opposé à l’ouverture de la coalition à de nouvelles formations en particulier des socialistes de l’USFP.

Related Posts

Recevez nos Newsletter

Si vous souhaitez recevoir par mail une information pertinente, crédible et incontournable, inscrivez-vous à notre newsletter.

Aidez-nous à améliorer notre contenu