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Art et Culture

Marie-Ann Yemsi (Commissaire d’exposition) Un regard étendu sur l’Afrique

La curatrice de la partie Afrique de l’exposition Art Paris Art Fair défend passionnément les artistes africains, leur foisonnement créatif. L’art reflète les profondes mutations sociales et économiques du continent.

Propos recueillis par Yasmina Lahlou

Quel était votre objectif pour l’exposition Art Paris ?

L’idée n’était pas de faire la cartographie de la production artistique des Afriques — je n’emploie pas le singulier, car l’Afrique, c’est un vaste continent composé de 54 pays. Il est donc impossible d’en montrer toute la variété et la richesse.

Ce qui m’intéressait et qui intéressait Guillaume Piens, le directeur artistique de Art Paris, c’était de présenter d’autres perspectives, d’autres voix, d’autres artistes que ceux qui sont traditionnellement montrés en France.

Nous nous sommes concentrés sur ces nouveaux talents. De façon à rendre visible des artistes qui ne le sont pas, qui sont peu regardés et particulièrement en France. Nous voulons les rendre visibles par l’intermédiaire des galeries africaines ou européennes, que ces artistes vivent sur le continent africain ou qu’ils soient de la Diaspora.

Quel est le bilan de cette édition ?

Nous avons atteint, voire dépassé nos objectifs. Ce lieu parisien prestigieux qu’est le Grand Palais a accueilli plus d’une vingtaine de galeries qui ont produit un travail de grande qualité ; leurs équipes ont montré à la fois leur professionnalisme et une grande diversité de propositions artistiques. 

En cela le pari est réussi, car l’exposition contribue à l’élargissement du regard, à montrer la grande diversité de la production des artistes africains. Rendre compte de cette fertilité est important… je parle aussi d’un continent fier de ce qu’il est.

Il n’y a rien d’exotique ici ! Nous montrons une Afrique contemporaine. Nous vivons aujourd’hui dans un monde de circulation des hommes et des objets. Il est important que l’art renvoie la réalité et la diversité de ce monde.

Comment le marché de l’art contemporain africain se développe-t-il ?

La situation sur le continent est complexe. Il est nécessaire de créer un écosystème favorable pour que l’art puisse se développer, avec des galeries, des structures culturelles, des musées, etc.

Dans les régions en forte croissance économique, il est déjà favorisé, par exemple en Afrique du Sud et au Nigeria. Sans oublier l’effort considérable du Maroc et des pays qui émergent.

Il est important de rendre compte des profondes et très rapides mutations de l’Afrique. Je vais très régulièrement en Afrique, et à chaque fois je suis saisie par les changements et des changements plutôt positifs.

Comment expliquer cette effervescence en France autour de l’art africain ?

Une telle concomitance d’événements autour de l’Afrique est en effet inédite en France, qui n’avait rien connu de majeur depuis « Africa Remix », à Beaubourg, en 2005.

À l’exception de l’exposition «Beauté Congo» à la Fondation Cartier, en 2015. Ces événements étaient souvent liés à la Francophonie, ancienne zone d’influence de la France, sans regarder ce qui se passait ailleurs sur le continent. Nous avons tenté de créer une dynamique pour rendre visibles ces artistes invisibles.

ENCADRE

Agenda de la saison africaine

Fondation Louis-Vuitton, La Villette, Institut du monde arabe, Musée de l’homme… En ce printemps 2017, les expositions autour de l’Afrique foisonnent à Paris.

  • L’Institut du monde arabe présente jusqu’au 30 juillet « Trésors de l’islam en Afrique », mettant l’accent sur les échanges culturels entre le Maghreb, le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne sur une période de 13 siècles.
  • La Fondation Louis-Vuitton programme jusqu’au 28 août « Art/ Afrique, le nouvel atelier », une exposition en trois volets : des oeuvres de la collection Jean Pigozzi, une sélection d’artistes sud-africains et une présentation des pièces africaines de la collection Louis-Vuitton.
  • Les Galeries Lafayette organisent jusqu’au 25 juin « Africa Now » une série d’événements – performances, collections de mode, conférences – liés au continent, dont l’exposition « Le jour qui vient », sous le commissariat de Marie-Ann Yemsi.
  • Au Musée du quai Branly, c’est « L’Afrique des routes », jusqu’au 12 novembre, et Picasso primitif, jusqu’au 23 juillet 2017, qui explore les liens de l’artiste espagnol avec la création africaine.
  • La question du racisme est abordée au Musée de l’homme dans le cadre de « Nous et les autres, des préjugés au racisme », jusqu’au 8 janvier 2018.

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