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Art et Culture

Mariame Dembele, A la carte

Mariame Dembele, auteure du livre A la carte souhaite « mettre en avant la femme noire et sexy »..

Par Serges David

La jeune auteure Mariame Dembele (la trentaine à peine entamée) a publié aux éditions Michalon, son livre A la carte. Un impressionnant ouvrage et étrange fait d’un mélange de textes et d’illustrations et qui a surtout le mérite de bousculer la bien-pensance dans les brasseries de luxe.

Quel message avez-vous voulu faire passer dans votre livre, au-delà du quotidien d’une serveuse dans les brasseries de luxe ?

Le message qu’on peut retenir avec le livre A la carte est à l’évidence une tentative de montrer que peu de choses m’effraient et que je dis et fais souvent uniquement ce qui me plaît. Lorsque je refuse l’accès à un client tombé amoureux et qui insiste, lorsque je dis à une cliente les mots déplacés que son époux à eu envers moi, lorsque je remets une lettre d’amour à un inconnu ; je vis mon existence librement sans vraiment me soucier des conséquences. Je ne fais pas l’apologie du comportement de la « Parisienne de base », mais de la vie qu’il faut prendre avec humour et légèreté !

Comment avez-vous sélectionné les anecdotes que vous vouliez voir éditées ?

A vrai dire le choix s’est fait assez naturellement. Nous avons été à trois sur la sélection, Anne Leclercq l’éditrice de chez Michalon, notre éditeur ; MaY l’illustratrice et moi. Elles ont apporté un regard extérieur sur les anecdotes, car certaines ne pouvaient être comprises que par les gens du « milieu ». Nous ne voulions pas proposer le livre d’une employée de restaurant pour les gens de la restauration. Le but du livre est surtout de faire découvrir au plus grand nombre l’univers des brasseries de luxe.

Bio express de Dembele Mariame

A 34 ans, Mariame Dembele a les idées plein la tête. Son dernier coup de semonce est la publication de son livre A la carte (éd. Michalon). Une œuvre qui décrit avec dérision et auto-dérision le monde feutré des brasseries de luxe de Paris. De petites anecdotes aux grosses déclarations d’amour tout est bien mené dans A la carte. Une conséquence logique d’autant plus que Mariame Dembele a « depuis toujours » été une passionnée de l’écriture. De son propre aveu, elle a écrit « des nouvelles sur l’esclavage » entre autres.  Côté jardin, la jeune dame préfère jouer la carte de la discrétion  autrement « ce serait dévoiler la suite de mon aventure avec Diego. Joker pour cette question ». Dont acte. En 2008, Mariame Dembele débute dans les brasseries de luxe, quelques années plus tard, elle livre A la carte. Un ouvrage qui se retrouve dans les rayons littérature des magasins FNAC, chez votre libraire, sur Amazon, Fnac.com et les autres librairies en ligne. 

Certains de vos clients vous ont-ils parlé du livre ? Se sont-ils reconnus ?

Oui, à mon grand étonnement d’ailleurs ! Peu de temps après la sortie du livre quelques clients sont venus me voir pour m’en parler. Grande stupéfaction de ma part ! Les protagonistes du livre ne se sont pas reconnus pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont pas eu le livre. Même Diego, le personnage clé du livre ne sait même pas que je le cite. Mais qui est Diego diront vos lecteurs ? Rendez-vous en page 46 pour le découvrir !

Votre famille a-t-elle lu ce livre, qu’en a-t-elle pensé ? Et vos amis ?

Ma famille presque entière a lu le livre. Je dis presque entière, car je n’ai toujours pas osé l’apporter à mon père, vous connaissez les rapports entre les papas africains et leurs filles ? Je ne veux pas qu’il sache, je n’ai pas honte, c’est simplement que je ne veux pas que papa s’inquiète pour sa dernière fille. Mon père fut militaire, imaginez donc sa réaction si je lui raconte ce qu’osent me dire certains hommes. « Mademoiselle quand je vous vois j’ai chaud ! ». Quant à mes amis, je vais vous étonner, mais je n’en ai pas ! Je suis une grande solitaire. « Seule sur le sable, les yeux dans l’eau… ».

Qu’est-ce que la sortie de ce livre a changé dans votre vie ?

Pas grand chose à vrai dire, j’ai toujours la même vie, simple. Certaines personnes ont l’air d’être impressionnées, car je fais des interviews, mais je suis toujours la même ! Rêveuse, passionnée, idéaliste voire utopiste quand l’envie me prend.

Avez-vous été menacée ?

Non, c’est plutôt moi qui menace en général.

Seriez-vous prête à jouer votre propre rôle dans un film adapté du livre comme cela se murmure ?

Merci aux murmures (rires). Je serai plutôt prête à laisser ma place à Aïssa Maiga pour ne citer qu’elle. Je veux bien jouer le jeu du brushing parfait au travail, mais pas sur scène. Ceci dit, je verrai bien une petite série télé du livre A la carte, mais poursuivons d’abord par un second numéro si le premier reçoit un bon accueil ! Priez pour nous.

Envisagez-vous une traduction de votre œuvre en d’autres langues ?

Oui, pourquoi pas ! J’ai l’impression qu’un homme riche reste le même peu importe le pays dans lequel il se trouve. Les exigences de riches sont les mêmes partout donc pourquoi pas « A la carte aux USA » ? Je rajouterai quelques chapitres au sommaire : Les procès absurdes ;  Les « call me the boss » ; Les zones pour chiwawas, etc.

Pourquoi avoir voulu faire illustrer votre livre ?

Je voulais proposer un livre léger et facile à découvrir. Les illustrations de MaY ont apporté quelque chose de très aérien au livre. Les dessins accrochent avant que le lecteur ne soit « transporté » par les textes. Auriez-vous lu entièrement l’histoire entre Diego et moi si elle n’avait été précédée d’illustrations ? Je voulais également avoir la fierté de dire : « J’ai bossé avec la meilleure illustratrice de France ! » (Rires). D’ailleurs vous pouvez la découvrir sur son blog : www.mayfaitdesgribouillis.com

Au niveau de votre collaboration avec MaY, avez-vous choisi les anecdotes à illustrer, où lui avez-vous laissé carte blanche ?

Le but pour moi était de laisser nos deux personnalités s’exprimer, une collaboration 50 /50. J’ai quand même fait quelques demandes sur certaines anecdotes. Ce que j’ai apprécié dans notre collaboration avec MaY est qu’elle a illustré des brèves que je n’aurais pas du tout imaginé dessinées ! Elle à un super coup de crayon comme le disent les gens ! La partie sur les employés est celle que je préfère, car on sent la créativité de l’artiste. Quel talent !

Avez-vous d’autres projets de livres, sur ce thème ou d’autres, à venir ? 

La logique voudrait que j’écrive et que MaY dessine la suite de A la carte, mais pour cela on va devoir convaincre notre éditeur de nous suivre.

Si c’était à refaire, feriez-vous pareil ?

Pour l’instant, nous n’en sommes qu’au début de notre aventure donc oui, je ferai tout pareil. L’écriture d’un livre est une aventure exceptionnelle, car c’est un combat permanent. Ecrire, porter le projet à une maison d’édition, convaincre, défendre son « bébé » en faisant sa promotion est une belle et grande aventure. Believe in your dreams comme j’aime dire.

Peut-on penser qu’en écrivant ce livre votre agenda était de casser le stéréotype Noire, femme, forcément serveuse ?  

Le personnage me représente moi, une jeune femme noire évoluant dans les brasseries de luxe, mais ne présente en aucun cas un quelconque stéréotype de la femme « noire et serveuse ». C’est un métier pour tous et pour toutes les cultures. Je pourrais plutôt dire que je voulais mettre en avant le stéréotype de la femme noire et sexy.

Vos collègues européennes « subissent » elles aussi les mêmes réflexions dans le cadre de ce type de travail ?

Oui, car ce n’est pas une question d’origine, c’est une question de rapports hommes/jeunes femmes. Le livre recense ce que les clients m’ont dit à moi, mais également à mes collègues que je remercie chaleureusement.

Dans votre livre, vous avez mis le doigt sur un phénomène méconnu, pensez-vous faire bouger les marqueurs sociaux ?

J’essaie surtout de mettre en lumière le personnel de salle. Il y à tout un tas d’émissions sur les cuisiniers, les pâtissiers, les restaurateurs, mais très peu sur nous ; managers, serveurs, hôtesses, commis. Je ne suis pas le porte-parole du personnel de salle, mais je veux témoigner de l’ambiance exceptionnelle qui peut y régner.

Auteure, serveuse, bientôt actrice, quelle autre casquette visez-vous en dehors de celle déjà citées ? Y’a-t-il un moment où vous vous arrêterez ?

Auteure ? Oui même si je ne me considère par comme cela. Serveuse, je ne le suis plus depuis un moment. « Appelez-moi le manager ! », « Oui monsieur, il est devant vous ! ». Pour le cinéma je cède ma place, c’est aussi un métier pour de vrai ! M’arrêter ? Je ne m’arrête pas, je dors quand même entre 00h et 05h du matin! [Réédition]

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