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African Banker

Mamadou Dian Diallo, créateur de champagnes

Il faudra désormais compter avec la marque de champagne haut de gamme Dian Diallo. Son créateur veut apporter à partir de la France une aide précieuse à l’Afrique et transformer l’afro-optimisme en actes concrets.

Par Serges David

Votre activité professionnelle tourne autour de la création de champagne. En quoi consiste-t-elle ?

J’ai créé ma marque de champagne cette année mais après un long travail cinq ans en amont. Je travaille depuis plus de dix ans pour des grandes marques de champagne ; mon expérience m’a ouvert des portes. Aujourd’hui, je suis consultant et ambassadeur de Moët Hennessy (LVMH).

Le créateur Mamadou Dian Diallo et sa création : Champagnes made in Dian Diallo

J’accompagne le développement commercial de toutes les marques Moët et Chandon, Ruinart, Veuve Clicquot, Hennessy, Belvédère Glenmorangie et Ardberg dans les Duty Free Aéroports de Paris.

J’avais déjà été formé par des chefs de caves qui m’ont appris les techniques. Aussi je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? » J’ai voulu transformer ma passion par quelque chose de concret, c’est-à-dire créer une marque de champagne.

Voilà pourquoi je suis le premier Africain à entrer dans ce métier ! Non sans difficultés, j’ai dû faire la démonstration de mes connaissances et de mes compétences ; j’ai été accepté dans le cercle très fermé des créateurs de champagne. Ils ont compris que je ne pouvais qu’apporter une plus-value au produit.

Avec ce champagne de luxe, vous, un membre de la diaspora africaine, quel message comptez-vous faire passer ?

Ce projet est celui de la passion. J’ai voulu aller jusqu’au bout, parce que je souhaitais passer un message aux talents africains, à la diaspora africaine pour leur dire que tout est possible aujourd’hui. Quand on a un rêve, tout est possible à condition d’y travailler.

Je veux prouver que les Africains peuvent avoir de bonnes et généreuses idées qu’ils transforment en actes.

Il y aura toujours des obstacles, il faut les affronter, les surmonter et avec toujours en ligne de mire, le but qu’on veut atteindre. Il faut croire en ce qu’on est et en l’avenir. Mon but ce n’est pas seulement de gagner de l’argent, mais de prouver que l’Africain est capable et a du talent. Depuis des semaines, je suis invité pour des interviews par les médias et invité pour sponsoriser des entreprises, des spectacles…

Quels sont les différents types de produits que vous utilisez dans vos champagnes ?

Le champagne que je produis est élaboré dans le village de Baye, entre Sézanne et Épernay. Il provient essentiellement de dix terroirs. J’utilise les trois cépages qui entrent dans la conception du champagne : le cépage de Chardonnay donne plus de finesse, plus de fraîcheur au champagne, le Pinot noir donne plus de souplesse, plus d’intensité et plus de caractère, enfin le Pinot meunier donne un peu plus de rondeur, plus de structure au champagne. Le mélange des trois donne un produit équilibré. J’utilise du sucre de canne pour la fermentation et le dégorgement, ce qui participe à un champagne de qualité.

J’ai voulu aussi « marquer le coup » en produisant une Cuvée réserve. Au cours d’une étude de marché, en 2013, je me suis aperçu que les Africains, les Antillais et les Canadiens notamment, sont très friands de champagne doux et fruité, d’où l’idée de créer une cuvée qui s’adapte à cette tendance de consommation.

La Cuvée réserve est un excellent intermédiaire entre un brut, un peu plus sec et un demi-sec, plus doux. D’où mon souhait de créer un équilibre. Et c’est vrai que cette cuvée a été accueillie avec énormément de succès par la communauté africaine et antillaise lors de deux pré-lancements : à l’Achronique Galerie et Atelier d’Artistes Paris. Et lors du partenariat avec Trace TV durant le concert de Wyclef (ex-membre des Fugees) à Paris en présence de plus de 300 VIP comme les Nèg’ Marrons, Singuila, Jacob Desvarieux, Tal, Nelson Freitas, Fuse ODG, Fababy, PIX’L, Nix…, des acteurs de films, qui ont tous aimé et adopté le champagne Dian Diallo.

Pourquoi ressentez-vous la nécessité de diversifier vos créations ?

J’ai diversifié mon offre pour que mon champagne ne soit pas réservé à une communauté et surtout pour éviter d’être taxé de communautariste. Pourtant, aujourd’hui, l’engouement des Africains et des Antillais pour ce champagne dépasse mes espérances. Ils sont très touchés par la démarche qui, pour eux, est inédite et historique. Quand je présente mon projet aux Africains et Antillais, j’ai le net sentiment qu’ils se l’approprient ; comme si c’était leur projet à eux.

On vous retrouve en partenariat avec un viticulteur champenois doté d’un savoir-faire de quatre générations, et formé aux méthodes traditionnelles champenoises. Pourquoi un tel choix ?

Pour commercialiser l’appellation d’origine contrôlée « Champagne », on est obligé d’avoir ses vignes dans la région Champagne. Ne produit pas le champagne qui veut. D’où le choix d’un viticulteur champenois. Peut-être qu’un jour, je travaillerai avec des viticulteurs africains, mais le produit ne s’appellera pas « Champagne ». Ce sera du vin mousseux.

Pour le reste, je donne des indications au viticulteur, à lui de procéder aux assemblages que je vous ai décrits. Je lui donne aussi des indications sur le vieillissement, au lieu de 18 mois de vieillissement minimum pour l’appellation « Champagne », je vieillis mon champagne de 36 mois. C’est beaucoup pour un Brut, parce que les grandes marques, généralement au bout de 18 mois, elles mettent en bouteilles…

Quels sont les marchés que vous entendez conquérir avec des produits haut de gamme ?

Mon but dans un premier temps est de distribuer le champagne en France à travers les restaurants, les hôtels et des boutiques haut de gamme. Je compte le valoriser ici, le faire connaître en France et dans une seconde approche, je me tournerai vers les Antilles et l’Afrique. J’envisage de m’installer à Abidjan pour cela.

Tout dépendra du succès du produit. Je veux aussi prouver que les Africains peuvent avoir de bonnes et généreuses idées qu’ils transforment en actes. Si ce projet séduit, il ne me restera qu’à convaincre la diaspora de rentrer avec nous, pour songer au développement du continent. Nous sommes qualifiés et nous avons des compétences, et pourtant l’Afrique a besoin d’experts, cette situation n’est pas normale. Je veux faire le maximum possible pour l’Afrique et je ne tournerai pas le dos au continent.

Les champagnes Dian Diallo résonnent avec les mots « plaisir », « différence » et « saveur » ? Quelle est la valeur de ces mots dans votre initiative professionnelle ?

Le champagne est avant tout une boisson de plaisir. On est entre amis, on déguste un verre. C’est pour la convivialité, le plaisir partagé avec sa famille et ses proches. La saveur, c’est l’art d’assembler des cépages pour arriver à un goût particulier et la différence, c’est évidemment notre expérience et notre rigueur.

Je voudrais quand même dire, encore une fois, à la diaspora africaine à travers le monde, de croire en son rêve, en ses idées et en son idéal. Et surtout de mettre le travail au coeur de ses priorités. Tout ce qu’on fait par un travail acharné finit par donner des résultats. De plus, il faut aussi se former de sorte à être toujours le meilleur. Nous devons être proactifs, nous membres de la diaspora. En un mot : Afrique lève-toi !

ENCADRE

Parcours

Mamadou Dian Diallo suit un cursus qui lui permet d’obtenir un Master Management et gestion d’entreprise à l’université de Lille, un Master en Économie et gestion à l’IAE de Poitiers et un MBA en Stratégie marketing à l’École supérieure du commerce extérieur de Paris. Fort de plus de dix ans d’expérience en développement commercial et marketing, pour les plus prestigieuses maisons de champagne, Mamadou Dian Diallo travaille sur de nombreux lancements. Aujourd’hui, il mène de front plusieurs postes à responsabilité, comme consultant pour le groupe LVMH et manager chez Partema, une agence d’animations commerciales et événementielles.

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