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African Business

Dossier réalisé par Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Bamako

DOSSIER — Le Mali veut s’appuyer sur son secteur privé pour relever le défi de l’émergence. En accueillant le sommet Afrique — France à Bamako, il entend prouver qu’il maîtrise désormais ses problèmes de sécurité et, aussi, redonner espoir aux entrepreneurs.

Dossier réalisé par Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Bamako

 Doté d’un vaste territoire et de nombreuses ressources naturelles, le Mali est le troisième producteur d’or en Afrique derrière l’Afrique du Sud et le Ghana. À l’or jaune des mines de Sadiola ou de Morilla – les plus connues – s’ajoute l’or blanc du coton produit dans ses champs de Sikasso ou de Koutiala.

Ainsi que l’or bleu des immenses ressources en eau de ses deux fleuves, le Sénégal et le Niger (ou Djoliba en langue mandingue), le troisième plus long fleuve d’Afrique, dotés de barrages hydroélectriques pouvant satisfaire une demande industrielle grandissante. Enfin, l’Office du Niger représente un réservoir inépuisable de terres arables dans un pays où l’agriculture continue d’occuper 80 % de la population active.

Pourtant, le pays affiche des indices de développement humain qui ne sont pas bons. Comment expliquer ce paradoxe ? La crise sécuritaire et humanitaire, au Nord, a ruiné son tourisme, jadis très florissant, privant d’emplois des milliers d’artisans et de jeunes Maliens qui vivaient de ce commerce saisonnier.

Sortie de crise

Tandis que sa démographie, galopante (3,6 %), ne lui permet pas de capitaliser sur le « dividende démographique » censé créer les condi- tions d’une classe moyennes émergente, mais qui se traduit, chaque année, par une foule de jeunes arrivant sur le marché du travail. Et, pourtant, tous les ingrédients pour une croissance inclu- sive sont là. D’autant que l’économie malienne fait preuve d’une extraordinaire résilience.

Bien que ralentie en 2015, avec un taux de croissance estimé à 5,2 % contre 5,8 % en 2014, la reprise économique amorcée après la crise de 2012 a permis un léger recul du taux de pauvreté. Selon les prévisions du FMI, la croissance s’est maintenue au même rythme en 2016 (+5,3 %) « malgré certains risques, provenant principalement de la fragile situation sécuritaire du Mali ».

Ce qui n’a pas empêché les équipes de l’institution internationale de décerner un satisfecit au gouvernement malien à l’issue des rencontres organisées à Washington du 4 au 19 avril 2016, saluant notamment ses efforts en matière de disci- pline budgétaire. Conduite par le ministre de l’Économie et des finances, Boubou Cissé, la visite de la délégation malienne est intervenue à l’occasion de la cinquième revue du programme économique et financier du gouvernement appuyé par le FMI dans le cadre de la Facilité élargie de crédit (FEC).

En décembre 2013, le FMI et le Mali avaient signé une FEC de trois ans pour un montant équivalant à 46 millions de dollars. Le Fonds avait suspendu les décaissements de cette aide mi-2014, inquiet des conditions de l’acquisition d’un avion présidentiel et d’un contrat de fournitures militaires.

Mais, en décembre 2015, le conseil d’administration du Fonds avait approuvé le déboursement d’environ 5,5 millions de dollars, portant à 30 millions $ le total des décaissements accordés dans le cadre de la FEC. Ce retour du Mali dans les bonnes grâces des bailleurs de fonds s’est amorcé à la suite d’une réforme du Code des marchés publics et de la publication de deux audits indépendants sur les manquements aux règlements dans la conclusion de ces contrats. Les équipes du FMI ont estimé en avril que « la mise en oeuvre du programme économique du gouvernement, appuyé par la FEC, est restée bonne et [que] le Mali a atteint tous les objectifs quantitatifs, souvent avec de grandes marges ».

Elles ont notamment mis en exergue la hausse des recettes fiscales qui ont augmenté de 1,75 point de PIB, ce qui a permis « une réduction du déficit public global à 1,8 % du PIB » ainsi que les « progrès réalisés dans la mise en oeuvre des réformes structurelles, dans la gestion des finances publiques, l’amélioration de l’administration fiscale et la réforme du secteur financier ». L’Accord pour la paix et la réconciliation, signé les 15 mai et 20 juin 2015, a permis de stabiliser la situation politique, mais la situation sécuritaire reste encore fragile.

Pour le directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements (API), Moussa Ismaïla Touré, le Mali se trouve dans la situation d’un pays en sortie de crise. « Nous avons connu une crise multiforme et multidimensionnelle. La première conséquence, c’est que l’image du Mali en a beaucoup souffert », commente-t-il. Il suffit d’ailleurs de taper « Mali » sur Internet pour voir des images de guerre. « Dans ce contexte, il n’est pas facile de faire la promotion d’une destination qui souffre de tels préjugés, argue-t-il, alors que la réalité sur le terrain est très différente. De grosses difficultés ont pu être surmontées grâce, notamment, à la signature de l’accord de paix dont la mise en oeuvre est en train de se faire. Même, s’il ne faut pas se le cacher, il y a encore de nombreux freins… ».

Pour le directeur général de l’API, qui affirme « crouler sous les invitations » pour venir parler des nouvelles opportunités d’investissement au Mali, la crise n’a pas fait disparaître les atouts naturels du pays. Au contraire : « Je n’invente rien en disant qu’un pays qui a connu une crise offre de nouvelles opportunités en plus de celles qui existaient déjà. En conséquence, le Mali est encore plus riche au sortir de cette crise du fait de nouveaux besoins à satisfaire. » Posés il y a une dizaine d’années, les fondamentaux de l’économie malienne « sont bons », selon lui, ce qui explique une croissance supérieure à 5 % malgré le contexte.

Pour la plupart des acteurs économiques de la place, il ne fait pas de doute que les raisons de la crise sont d’ordre géopolitique et non pas le fait des Maliens. Au final, font-ils valoir, la crise aura eu peu de répercussion sur la nation. Parmi les secteurs porteurs, l’agriculture qui représente 15 % des dépenses du PIB (sur ce total 30 % sont consacrés à l’élevage) donne le ton.

Toute contre-performance dans ce secteur se fait aussitôt ressentir sur l’ensemble de l’activité dans le pays. Et particulièrement en ce qui concerne l’industrie agroalimentaire, dominée par les huileries, où la croissance est passée de 35 % en 2014 à 18 % en 2015 à cause d’une mauvaise récolte de coton.

Les secteurs porteurs

Cette année, toutefois, les prévisions sont largement à la hausse avec une production de coton record qui devrait atteindre… 650 000 tonnes ! Soutenue en partie par une augmentation de l’investissement public et l’aide des bailleurs de fonds, la croissance devrait donc être tirée par les secteurs agricole et tertiaire.

En revanche, les analystes s’attendent à une aggravation du déficit des transactions courantes (dons compris), qui devrait atteindre respectivement 4,1 % et 5,2 % du PIB en 2016 et 2017. En cause, la baisse de la production d’or et la détérioration des termes de l’échange. Le financement du déficit devrait de nouveau être assuré par des investissements étrangers dans les secteurs de l’or et des télé- communications, et par l’aide extérieure sous forme de prêts, précise la BAD.

 Le rôle de la diaspora

 Vu sous le prisme de la sécurité, des droits de l’homme, du développement économique durable et du développement humain – c’est-à-dire au regard des critères de bonne gouvernance – le Mali a encore des progrès à faire. En matière d’éducation, selon l’indice publié par la Fondation Mo Ibrahim le 3 octobre, la perception de la façon dont les gouvernements africains répondent aux besoins a considérablement baissé alors que l’offre éducationnelle, elle, a progressé.

Cette inadéquation des formations avec les besoins du marché de l’emploi et le résultat de politiques visant à développer l’offre éducative sans tenir compte de la demande du secteur privé, est très caractéristique du Mali où nombre de grandes entreprises, comme le groupe Azalaï, ont décidé de développer leur propre formation à l’attention de leurs jeunes recrues.

Enfin, préoccupation majeure des membres de la diaspora malienne, de plus en plus nombreux à revenir investir au pays, les lourdeurs administratives et la corruption constituent, selon eux, les principaux freins au développement durable du pays. Selon l’indice de perception 2015 établi par l’ONG Transparency International qui évalue 167 pays sur une échelle de 0 point (perçus comme très corrompus) à 100 points (perçus comme très intègres), l’Afrique reste à la traîne. Sur les 52 pays africains étudiés, six seulement ont obtenu une note supérieure ou égale à la moyenne (50 points).

Dans ce classement, le Mali se situe à la 20e place (95e sur le plan mondial) ce qui fait apparaître une situation moins grave que ce qui est généralement dénoncé, mais reste quand même préoccupante. Pour le PDG du groupe Kledu, Mamadou Sinsy Coulibaly, qui est devenu en 2015 le président du patronat malien, le combat est à mener à tous les niveaux de la société : « Nous ne progresserons pas tant qu’il existera une corruption rampante dans tous les services de l’État », a-t-il confié au cours des journées du Medef, des 6 et 7 décembre 2016, consacrées à l’entrepreneuriat des jeunes en Afrique.

Un sujet qui devrait être largement débattu lors du Forum qui sera consacré aux jeunes et aux femmes, avant le sommet Afrique-France des 13 et 14 janvier, au vu de la présence massive de la diaspora malienne qui est attendue.

ENCADRE

Des Bozos pour nettoyer le fleuve

Afin de mieux accueillir les hôtes du Sommet Afrique- France, le lit du fleuve Niger à Bamako ainsi que les berges ont été nettoyés par les pêcheurs Bozos. Cette initiative a donné lieu, le 28 novembre 2016, à la remise de pirogues que les pêcheurs pourront conserver ; une première au Mali. Encouragée par le Comité national d’organisation du Sommet Afrique-France (Cnosaf), elle s’inscrit parmi les nombreux chantiers que son président, Abdoullah Coulibaly, a lancés pour davantage impliquer les Maliens dans la préparation de la rencontre.

Militante chevronnée de l’environnement et défenseur de la protection du cadre de vie, la Première dame, Aminata Maïga Keïta, a salué la participation des organisations représentatives des Bozos en leur remettant des pirogues avec moteur et un gros lot de matériels d’assainissement. C’était en présence de l’ambassadrice de France à Bamako Evelyne Decorps, des membres du gouvernement et du maire de la commune V du district de Bamako.

Cette vaste opération de nettoyage des berges du fleuve Niger par 400 jeunes volontaires bozos formés aux techniques d’enlèvement des ordures et d’arrachage des plantes aquatiques nuisibles devrait être pérennisée. Elle est en effet devenue indispensable pour « rempoissonner » le fleuve au vu de son engorgement actuel.

 

Le Mali en chiffres ● PNB : 11 milliards $ ● PNB/habitant : 660 $ ● Taux de croissance : 5,3 % en 2016 (estimation FMI) ● Taux de croissance démographique : 3,6 % ● Population : 15,3 millions d’habitants ● Indice de développement humain (IDH) : avec un indice de 0,419 sur une échelle de 0 à 1, soit la 181e place, en 2016.

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Written by African Business

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