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African Banker

Louis-Paul Motazé : « Et maintenant, les finances »

À la faveur du réaménagement ministériel du 2 mars 2018, l’ex-ministre de l’Économie (58 ans) a été nommé au sensible ministère des Finances où il imprime déjà sa marque. Ses défis restent importants.

Douala, Beaugas-Orain Djoyum

Il fait déjà parler de lui au ministère des Finances. Louis-Paul Motazé, le nouveau ministre qui a effectué un jeu de chaises musicales avec Alamine Ousmane Mey, désormais en charge du ministère de l’Éco­nomie, a sanctionné 13 collaborateurs, jugés indélicats, au début du mois d’avril 2018.

Soit un mois seulement après sa prise de fonction. La majorité des fonctionnaires sanctionnés à au moins trois mois de suspension, officient à la Direction générale des impôts.

Il leur est reproché, entre autres fautes, les lenteurs dans le traitement des dossiers, l’absentéisme, le non-respect de l’obligation de réserve, la corruption ou encore le détournement de deniers publics.

Une circulaire du ministre des Finances autorise le remboursement automatique de la TVA, sans contrôle préalable des entreprises ; une bouffée d’oxygène pour les PME.

En effet, le ministre Louis-Paul Motazé y arrive dans un contexte assez particulier. La lutte contre le terrorisme, dans plusieurs zones du Cameroun, nécessite une forte mobilisation de l’armée, et donc d’importants financements. Pourtant, les ressources ne sont pas extensibles et la mobilisation des recettes non pétrolières, à elle seule, ne peut pas permettre à Yaoundé de venir à bout de ses défis.

Parlant de ces recettes hors pétrole, sur les 2 813 milliards de F.CFA (4,29 milliards d’euros) attendus, l’administration fiscale doit produire 1 983 milliards. Pas besoin, dans ces conditions, de fonctionnaires indélicats qui pourraient freiner l’élan enclen­ché. L’administration douanière, elle, devra générer 800 milliards de F.CFA (1,22 milliard d’euros). Le budget du Cameroun pour l’année 2018 à 4 513,5 milliards de F.CFA (6,88 milliards d’euros).

Autant il met de l’ordre dans ses rangs, autant le ministre devra combler et responsabiliser ses effectifs dans certaines directions qui n’ont jamais eu de responsables nommés, à l’instar de la division de la Communication et des relations publiques, tandis que l’orga­nigramme le prévoit.

Plus encore, le Cameroun tiendra en 2018 trois élections : sénatoriales, législa­tives et présidentielle (en octobre 2018). Ce qui va nécessiter quelque 50 milliards de F.CFA (76 millions d’euros). En 2011 par exemple, pour la seule élection présidentielle, 21 milliards de F.CFA avaient été déboursés. Certains observateurs soulignent, à ce propos, que la promotion de Motazé se justifie par la volonté du président Biya de voir les élec­tions se tenir sans anicroches, côté financier du moins.

L’homme des grands chantiers

Autre défi : le remboursement de la TVA aux entreprises. Le programme a déjà commencé, 82 milliards de F.CFA ayant été restitués aux entreprises l’an dernier, allé­geant le poids de la dette de l’État due aux entreprises. Le Premier ministre, Philemon Yang, fait de ce remboursement une priorité pour l’année en cours ; aussi le ministre des Finances a-t-il signé une circulaire qui autorise un remboursement automatique de la TVA, sans contrôle préalable des entreprises.

Enfin, le ministre des Finances devra également accorder une oreille attentive à la prise en charge des enseignants dont beau­coup, mécontents, ont manifesté dans les rues pour réclamer le paiement de leurs arriérés de salaire.

Louis-Paul Motazé, le Camerounais de la rue l’a connu en 2007 : le président Paul Biya venait de nommer ministre de l’Éco­nomie celui qui était alors directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) depuis septembre 1999.

Le nouveau promu s’est attelé à un chantier important qui l’exposait régulièrement aux médias : la coordination de l’élaboration du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE). Il fallait harmoniser non seulement les avis des bailleurs de fonds, mais également ceux des populations, de la société civile, des hommes politiques et bien entendu des membres du gouvernement. Ce qu’il réussit à faire et en 2010, le DSCE était lancé.

Toujours au ministère de l’Économie, il est chargé du lancement de grands chantiers. Notamment celui de construction du complexe industrialo-portuaire de Kribi.

Après quatre ans à ce ministère, il est affecté à la Primature aux côtés de Philémon Yang en qualité de secrétaire général. Ce qui ne l’empêcha pas de continuer le pilotage de certains projets comme celui de Kribi. Il a une vue globale sur l’ensemble des grands projets du pays et est la voix du Premier ministre qui lui délègue parfois sa signature.

En 2015, le président Biya le ramène au ministère l’Économie afin de poursuivre des « grandes réalisations ». Ce qui vaut à Motazé le surnom de « Monsieur grands chantiers ».

Puis, en mars 2018, le neveu de Jeanne- Irène Biya, l’ex-Première dame du pays, est nommé ministre des Finances.

De l’ethnie « bulu » du Dja-et-Lobo (département d’ori­gine du chef de l’État), Louis Paul Motazé a été major de sa promotion l’ENAM (École nationale d’admnistration et de magistrature) en 1983. Il est également titulaire d’un DESS en transport international et d’un DEA en droit public.

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Written by Beaugas-Orain Djoyum

Beaugas-Orain Djoyum est correspondant Senior à IC Publications. Il s’intéresse particulièrement aux questions économiques et financières. Beaugas est aussi directeur Afrique centrale de l’Agence Ecofin. Les TIC et Télécommunications sont également des domaines où l’on retrouve ses écrits. Il est directeur de publication de www.ticmag.net, la plateforme web d’actualités sur les TIC et Télécommunications en Afrique centrale. Il est par ailleurs Rédacteur en chef du magazine panafricain spécialisé Réseau Telecom Network. Beaugas-Orain Djoyum a également créé ICT Media Agency, un cabinet de veille stratégique et de fourniture de contenus médiatiques.

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