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African Business

L’or africain se porte mal

La forte demande asiatique ne suffit plus à maintenir les cours de l’or à un niveau garantissant la rentabilité des mines africaines. Celles dont la production est inférieure à la taille critique doivent se mettre en sommeil.

Par Christian d’Alayer

 Ouverte en 2000, la mine d’or de Morila, située à 280 km au sud-est de Bamako et détenue par Rangold Resources, AngloGold Ashanti et le gouvernement malien, fermerait ses portes courant 2017.»

L’information est d’autant plus surprenante qu’en 2014, les responsables maliens tablaient sur une nouvelle augmentation de la production de la mine phare qui a fait du pays le troisième producteur d’or d’Afrique derrière l’Afrique du Sud et le Ghana.

Et ce, alors que les données mondiales sur l’or font apparaître un net et durable surplus de la demande sur l’offre : selon le site spécialisé Planétoscope, la demande mondiale annuelle est constamment égale ou supérieure à 4 500 tonnes. Tandis que la production n’est que de l’ordre de 2 300 à 2 800 tonnes, selon les années.

Le marché étant donc structurellement déficitaire, tant les prix que les projets d’extraction devraient être tirés vers le haut… Dans les années 1980, le prix de l’or, bien que déconnecté du dollar, n’arrivait pas à décoller de 150$ l’once (environ 30 grammes).

De nouvelles techniques d’extraction permirent de descendre le prix de revient à 100 $ l’once, relançant ainsi l’extraction dans bon nombre de mines.

Aujourd’hui, le coût d’extraction est en moyenne proche de 1 200 $ l’once ! «La baisse des coûts de production des mines d’or signe une reprise possible. Les coûts de production de l’or ont été multipliés par quatre en 14 ans.

Cette mauvaise gestion des mines aurifères a fait valser leurs PDG. La nouvelle rigueur qui est de mise pourra-t-elle redorer le blason de ce secteur?» Cette interrogation de la revue Or & Matières premières explique ce qui s’est passé : avec la hausse générale des prix des matières premières ayant suivi l’envolée de ceux de l’or noir, les prix du métal jaune ont grimpé. Jusqu’à 1 900 $ l’once en 2011, plus de 10 fois son prix des années 1980.

Et les producteurs ne se sont plus retenus. On parle de chauffeurs de camions payés 70 000 $ par an, de PDG payés plus cher que les patrons de multinationales américaines. Et tout est allé à vau-l’eau, de la moindre fourniture de bureau au plus sophistiqué des matériels de laboratoire. Si bien que lorsque le coût d’extraction de l’once est retombé à 1 200 $, les compagnies ont perdu de l’argent.

D’autant que plusieurs d’entre elles ne tenaient même pas compte, dans leurs prévisions, des coûts indirects tels que les redevances aux États ! En 2014 et sur la lancée de 2011, les mines du monde entier ont encore fait des merveilles : pour la première fois, le plafond de production a été pulvérisé avec un total mondial de 3 300 tonnes. D’où les prévisions euphoriques des responsables nationaux.

Climat d’incertitudes

La mine de Morila est donc victime du resserrement des coûts de production et sera condamnée si les cours ne remontent pas très au-dessus de l’actuelle moyenne de 1 100/1 200 $ l’once. Bien sûr, les exploitants promettent des compensations aux populations locales, un grand projet agro-industriel notamment.

Mais si des professionnels aussi compétents que ceux de l’Anglo-American ou de Randgold lancent de tels projets de substitution, c’est qu’ils n’envisagent pas une remontée de l’or à court ou moyen terme. L’avenir est de fait imprévisible.

D’un côté, il faut tenir compte de ce déficit structurel de l’offre qui sera accru par la baisse des investissements dans le secteur : le monde extraira moins d’or en 2016 qu’en 2015, c’est sûr, tandis qu’il y aura encore moins de découvertes de site dans les années à venir.

On évoque un recul de 3 % en 2016 en matière de production et d’une stagnation des réserves prouvées autour de dix années de consommation (environ 40 000 tonnes).

D’un autre côté, il faut tenir compte de la demande qui, pour l’or, n’est pas occidentale mais essentiellement asiatique : depuis 2014, la Chine a redépassé l’Inde avec une consommation globale de 1 100 tonnes. Ajoutés aux achats indiens, notamment de joaillerie (dans les 800 tonnes annuelles), on voit que ces deux seuls pays génèrent près de la moitié des achats d’or mondiaux.

L’Occident mène d’autant moins le jeu dans ce domaine que la Chine s’est retirée du système occidental de cotation et a créé son propre système.

Comme l’Asie est aussi la première région productrice du monde devant l’Afrique, on voit que ce marché a aujourd’hui totalement échappé à ceux qui, naguère, se ruaient sur le métal jaune.

Les prévisions des courtiers occidentaux sont donc fatalement absentes de ce court tableau. Il y a bien ceux qui prévoient un éclatement de la bulle des actions, autrement dit de la surfinanciarisation des économies occidentales, et qui escomptent fatalement une ruée des investisseurs sur l’or.

Mais l’achat d’or est devenu plus que difficile pour les particuliers de l’Union européenne : les lingots sont interdits, et les pièces terriblement réglementées. La décote des bijoux par rapport au prix du carat net décourage par ailleurs ceux qui voudraient reporter leur frénésie sur l’or travaillé…

Des mines loin de la taille critique

C’est donc dans les travées des banques chinoises qu’on peut éventuellement chercher des prévisions. Pour s’apercevoir que le marché est surveillé comme le lait sur le feu par un gouvernement chinois qui veut aujourd’hui imposer le yuan comme monnaie mondiale de réserve et, de ce fait, achète de l’or à foison avec les dollars qui lui brûlent de plus en plus les doigts.

Et qui dit acheteur dit pression à la baisse sur les prix de la part d’un État lui-même gros producteur : le marché n’est pas libre et non faussé, c’est le moins qu’on puisse dire, sachant en outre que les Chinois, eux, réfléchissent toujours à long terme.

On comprend que, dans ces conditions, les compagnies minières cherchent avant tout à retrouver le chemin des bénéfices en taillant, certes, dans les coûts, mais en fermant aussi celles de leurs mines les moins rentables.

Le tableau 3 montre bien l’effet de seuil en matière d’extraction d’or. Et si l’Afrique du Sud, aujourd’hui le Mali, ont vu décroître le nombre de leurs sites en activité, c’est aussi parce que les sites fermés ne produisaient pas assez de métal pur pour dégager des économies d’échelle suffisantes. Morila, dans sa meilleure année, ne dépassa pas les 16 tonnes, tandis que la meilleure mine d’Afrique du Sud ne dépasse pas les 18 tonnes par an.

ENCADRE

Le mystère de l’or allemand

À l’époque de la guerre froide, l’Allemagne confia jusqu’à 60 % de ses réserves d’or aux Banques centrales américaines et françaises. Lingots que, sous la pression de l’opinion publique, elle veut rapatrier le plus vite possible : 3 384 tonnes en tout, la deuxième réserve d’or du monde derrière celle des États-Unis.

Ce qui engendra une certaine panique du côté des débiteurs qui, de leur côté, avaient plutôt vendu de l’or, pour faire tomber les cours d’une part et relancer l’intérêt des investissements en actions, d’autre part. Et pour avoir des liquidités au moment de la crise de 2008 afin de pouvoir renflouer les banques et le secteur automobile de leurs pays respectifs.

Toujours est-il que le rapatriement ne peut se faire qu’au compte-gouttes, 120 tonnes par-ci, 120 tonnes par-là, et que l’Allemagne n’est pas près de récupérer rapidement tout son or.

ENCADRE

À quoi sert l’or ?

 Comme réserve de change (12 % du total), bien sûr et on vient de voir que les Allemands en étaient abondamment pourvus… sur le papier. Ces lourds lingots de réserve (plus de 10 kg) ne se retrouvent pas sur le marché consacré d’abord et surtout à la joaillerie (43 %).

Les lingots d’un kilo ne sont plus vendus aux particuliers que dans certains pays, au contraire des pièces et médailles que l’on trouve partout. Cet or qu’on peut appeler d’investissement représente tout de même le second poste des achats d’or dans le monde avec 36 % du total.

L’industrie ferme le cortège des utilisateurs avec un petit 10 %. À noter que la joaillerie a commencé à produire des bijoux en or moins pur, 18 carats au lieu de 24 carats, afin

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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