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Art et Culture

L’interview de l’auteure Clothilde Jean-Baptiste

Vous avez mis sur le marché votre quatrième livre « Et ils rêvent d’un conte exotique». Le moins qu’on puisse écrire, c’est que l’intrigue est grandement intrigante…

Oui, en effet « Et ils rêvent d’un conte exotique » est mon quatrième roman. Il est vrai que l’intrigue est différente des trois premiers, certes il y a toujours des secrets, mais j’ai surtout voulu amener le choix de femmes et leur épanouissement personnel qui est différent de celui que l’on veut tracer pour elles.

Comment avez-vous tracé une trajectoire et un destin qui s’imbriquent pour Zineb, Meïlin et Kendall ?

Mes personnages devaient se connaître assez et avoir les mêmes perspectives d’avenir, d’où le fait qu’elles ont grandi ensemble et qu’elles travaillent toutes les trois au parc Disney land Paris. Ensuite, il a fallu jouer sur le hasard de la vie, en particulier pour le rôle de Capucine qui travaille avec elles, qui relie à elle seule, les trois jeunes femmes dans leur vie privée.

J’ai voulu mettre en scène la difficulté à faire un choix personnel, une décision que les personnes qui nous entourent ne comprendront sans doute jamais, mais qui rend heureux.

Zineb ne veut pas avoir d’enfants, ne mettez-vous pas ainsi en scène le monde de la liberté face au monde du libertinage qu’incarne ce personnage ?

Zineb est le personnage qui doute le moins, elle sait ce qu’elle veut : une grande carrière, et elle sait ce qu’elle ne veut pas : des enfants. C’est un personnage qui se veut libre, qui ne veut pas renoncer à sa liberté. J’ai voulu mettre en avant avec Zineb, le choix encore mal perçu des femmes qui ne veulent pas d’enfants. Oui, elle a peu de limites concernant sa vie privée, il y a bien ce côté libertin dans son choix amoureux.

 D’un autre côté, Meïlin ne peut pas avoir d’enfants. Vous touchez ici un problème qui sévit dans les sociétés modernes, la question de l’impossible procréation associée à celle de l’adoption et plus globalement à la Gestation pour autrui (GPA)…

Meïlin, c’est le personnage qui affirme son côté romantique. Elle veut une belle vie de couple et voulait une belle vie de famille. Sa stérilité remet, à ses yeux, tout en cause et elle craint de ne jamais pouvoir aspirer au bonheur. Il est vrai qu’aujourd’hui, en plus de l’adoption, de nombreux moyens sont mis en avant pour permettre aux femmes, qui ne peuvent donner la vie, d’avoir un enfant. Meïlin a peur de perdre l’homme qu’elle l’aime et le mariage devint alors une obsession, elle veut son histoire d’amour avec Abel. Je voulais mettre en scène la force de l’amour, face à la stérilité. C’est une épreuve difficile et vouloir des enfants malgré cela est un sacré combat.

La GPA justement n’est-ce pas là un sujet très clivant ? Où voulez-vous porter le sujet dans l’opinion pour engager un vrai débat de fond ?

La GPA, est un sujet clivant en effet, d’ailleurs toujours illégal en France. Un débat autour d’une thématique aussi complexe serait intéressant. Selon moi, la question qu’on devrait se poser si on était à la place du couple Meïlin et Abel c’est : que ferions-nous si on souhaite absolument avoir des enfants ? Donnerions-nous notre amour à un enfant qui a perdu ses parents ? Où irions-nous à la rencontre d’une mère porteuse pour avoir le nôtre ?

Sous votre plume, la question de l’homosexualité, sous sa forme féminine le lesbianisme, est présente à travers Kendall qui tombe sous le charme d’une femme !

Oui, deux personnes du même sexe peuvent être heureuses ensemble. Kendall est le personnage hésitant, parce qu’elle croit qu’elle s’est égarée en chemin. Elle est entourée de personnes ne portant pas les homosexuels dans leur coeur ; de ce fait, elle veut se persuader qu’elle est heureuse avec un homme. Là, j’ai voulu mettre en scène la difficulté à faire un choix personnel, une décision que les personnes qui nous entourent ne comprendront sans doute jamais, mais qui rend heureux.

Il y a tout de même un aspect assez étrange dans votre livre, cette phrase « Et ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… ». Qui est visé ? Zineb ? Elle ne veut pas d’enfants ! Meïlin ? Elle ne peut pas avoir d’enfants ! Kendall? Elle aime une femme ! Alors quel est le message ? Êtes-vous en désaccord avec vos personnages ?

Avec cette question, vous mettez bien en évidence l’ironie que j’ai voulu amener. Personne n’est visé. Zineb, Meïlin et Kendall incarnent des princesses dans le Parc de Disneyland Paris. Elles sont donc constamment reliées à cette belle phrase « Et ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants…». Pourtant, elles ont une perception de leur vie privée bien différente. C’est justement ce qui m’a poussée à écrire ce roman. La femme s’affirme de plus en plus et on s’éloigne petit à petit du prince charmant qui sauve la princesse. Les contes de fées n’existent pas, mais pendant de nombreuses années le schéma pour la femme fut de se marier, d’être une bonne épouse, d’avoir des enfants, d’être une bonne mère. Certaines femmes sont heureuses dans ce schéma-là, mais pas toutes. Je ne suis pas du tout en désaccord avec mes personnages, au contraire. Chaque femme, chaque couple, chaque personne devrait créer son propre conte de fée.

Quelle est la différence fondamentale entre Et ils rêvent d’un conte exotique et vos précédents livres notamment Magnifiques couleurs ! (1 et 2) et l’Héritage de Monsieur Kaley ?

La différence fondamentale est que je parle moins de la famille, elle est toujours présente, mais n’est pas le sujet principal, la question de l’héritage aussi n’est pas représentée. Dans l’Héritage de monsieur Kaley, il s’agit d’une femme qui suite à la disparition tragique de son mari, découvre qu’il a plusieurs femmes et qu’il laisse sa grande maison pour toutes. Dans Magnifique, couleurs !, les enfants veulent s’émanciper, mais la pression familiale est présente, ils se doivent de suivre une certaine ligne de conduite, de ce fait les complots, les manigances, les secrets de familles resurgissent et prennent le dessus. Et ils rêvent d’un conte exotique, met en avant des femmes qui partent de rien et veulent s’épanouir aussi bien dans leur vie amoureuse que professionnelle.

Est-ce l’affirmation radicale du féminisme qui s’exprime, lorsque le livre pointe « bien que les hommes qui les convoitent les voient comme des princesses, les jeunes femmes ne voient pas cela de la même façon » ?

Je ne pense pas que ce soit l’affirmation radicale du féminisme. Certaines personnes ont encore cette image que la femme doit être protégée, que la femme veut forcément des enfants. Certaines personnes ont du mal avec le fait que la femme gagne plus que l’homme, et d’autres n’imaginent pas qu’un homme puisse être père au foyer. Avec cette phrase, je voulais surtout pointer le fait que les femmes se sont battues et se battent encore pour qu’on respecte leurs choix et qu’elles osent sortir d’un schéma amené par la société.

Comment vos lecteurs ont-ils accueilli votre dernière publication qui tranche avec les trois autres ?

Il est vrai que mon public a changé, il était majoritairement masculin avec Magnifique, couleurs !, pour le moment ce sont des lectrices qui sont le plus attirées par l’histoire, j’ai eu de bons retours. En tout cas, il n’est en aucun cas interdit à la gent masculine (rire).

D’autres projets littéraires en perspective, et culturels comme le théâtre, le cinéma ?

Je travaille sur d’autres projets, en effet littéraires, dans un premier temps. Pour le théâtre et le cinéma, ce serait une superbe aventure, pourquoi pas !

Votre dernier mot

Je vais profiter de ce dernier mot pour dire un grand MERCI ! A Claire Sauvageot, illustratrice et décoratrice d’intérieur chez « Une idée seconde », pour la couverture qui représente mes personnages principaux. Je remercie le magazine Newafrican Woman pour cet article. Je remercie mes lecteurs, mes amis et ma famille pour leur soutien.

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