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Libye : Sadiq al-Kabir, un gouverneur fragile ?

Le gouverneur de la Banque centrale de Libye, Sadiq al-Kabir, est annoncé sur le départ depuis des années. Avec la reprise en main politique qui se dessine et la crise financière, la fin de son règne approche mais, jusqu’ici, il se maintient et s’accroche à sa place.

Tripoli, Mathieu Galtier

On le dit quasi en exil à Malte, alors qu’il passe le plus clair de son temps au siège de la Banque centrale, située entre la médina et le port de Tripoli.

Sadiq al-Kabir,  gouverneur, en équilibre précaire, de la Banque centrale de Libye  

On l’annonce démissionnaire ou renvoyé trois fois par semaine, il n’a pas bougé de son poste de gouverneur de la Banque centrale de Libye (BCL) depuis le 12 octobre 2011, alors que Kadhafi était à Syrte. Sadiq al-Kabir est à l’image du pays : toujours sur un fil.

Sous pression internationale et pour s’affranchir de l’influence misratie, Faez Serraj a donné des gages aux leaders de l’Est. Sadiq al- Kabir, originaire de l’Ouest mais mal vue par Misrata, pourrait faire les frais de ces querelles politiques.

Cet art de l’évitement lui a permis de rester en place bien qu’il ait dû quitter son poste en septembre 2017, après six ans en fonction. En 2014, la guerre de Tripoli a provoqué la division politique du pays avec un parle­ment à l’Ouest et un à l’Est. Il en a été de même avec la Banque centrale de Libye (BCL).

La communauté internationale, qui reconnaît la Chambre des Représentants (CdR), le Parlement de Tobrouk à l’Est, aurait logiquement dû prendre langue avec Ali al-Hibri puis Mohamed al-Choukri, les deux gouverneurs successifs de la BCL à l’Est. Or, c’est toujours vers Sadiq al-Kabir qu’elle se tourne. « Les diplomates ont compris que pour les questions financières, l’important n’est pas qui a le pouvoir politique mais qui a l’identifiant SWIFT et c’est al-Kabir qui l’a », précise un observateur international.

La Banque centrale de l’Est en est réduite, elle, à quémander des prêts auprès de banques commerciales. Pour asseoir son pouvoir et éviter une nouvelle trahison – Ali al-Hibri était son vice-gouverneur avant qu’il ne se fasse élire par le Parlement de Tobrouk à la tête de la branche orientale de la Banque centrale en septembre 2014 – le banquier s’est entouré d’une garde rapprochée au sein du conseil d’administration dont Tarek Magariaf, l’une de ses éminences grises. Il exige que la moindre décision passe par lui.

Une paranoïa justifiée : la tête de Sadiq el-Kabir a été mise à prix, on évoque la somme de 2,5 millions d’euros. Pour se protéger, le gouverneur a obtenu la protection rappro­chée de la puissante force Rada, dirigée par le salafiste Abderraouf Kara. Il demeure ainsi le gardien du trésor, mais un trésor qui s’amenuise : les réserves en devises sont passées de 71,8 milliards d’euros en 2014 à 39,6 milliards en 2017.

Surtout, le tout-puissant argentier libyen est accusé de corruption. Abdellah Fellah, président du conseil des businessmen libyens, s’est interrogé au printemps dernier sur la rapidité et la facilité à laquelle la Banque centrale a accordé pour près de 9 milliards d’euros de lettres de crédit à des entrepre­neurs « proches de la direction de la BCL ».

Mais, pour l’instant, aucune preuve concrète n’a pu être présentée. « Il vaut mieux un équilibre précaire avec al-Kabir que plonger dans l’inconnu », estime un haut-responsable d’une institution financière internationale.

Mais, aujourd’hui, la crise financière l’oblige à se découvrir et il n’est pas sûr qu’il s’en sorte. « Il a souvent invoqué l’argument sécuritaire quand on l’a accusé de n’avoir pas trouvé de remède à la crise monétaire. Ce prétexte (infondé) sera plus difficile à avancer si Tripoli devient une capitale où la sécurité est acceptable », prévient Jalel Harchaoui, doctorant spécialiste de la Libye à l’université Paris-VIII.

Mohamed Raied, PDG d’Al-Naseem, principal fabricant de produits laitiers, menaçait au printemps d’arrêter sa production si la Banque centrale ne lui fournissait pas de nouvelles lettres de crédit pour importer.

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Written by Mathieu Galtier

Mathieu Galtier est un journaliste indépendant basé en Tunisie depuis juin 2015. Auparavant, il a vécu et travaillé au Soudan et Soudan du Sud (novembre 2010-janvier 2012) où il a couvert la séparation du pays, puis en Libye (juin 2012 – juin 2015) pour suivre la période post-révolution. Il est diplômé de l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ, promotion 2009) et de l'Institut d'Etude politique de Lyon (promotion 2005).

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