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Politique

Libye : L’ONU prise à son propre piège

Devant cet impossible choix, la mouvance monarchiste, active quoique minoritaire, tente d’émerger comme une solution alternative auprès de la communauté internationale. « L’ONU n’a pas été capable de contribuer positivement au processus politique, ce qui a mené à la violence et conduit le pays à la guerre civile, critique Alamine Ashtiwi, qui milite pour l’installation du Prince héritier, Mohamed Senoussi, à la tête de l’État. Il est enfin temps que les Nations unies admettent leur échec et donnent une chance à la monarchie constitutionnelle».

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L’impasse du plan d’action des Nations unies

En prenant la tête de la mission de l’ONU en Libye (Unsmil) en août 2017, Ghassan Salamé avait trois objectifs sur sa feuille de route : amender l’accord de Skhirat qui a créé le gouvernement d’Union nationale (GUN), relancer le dialogue entre les acteurs libyens pour parvenir à une réconciliation nationale et organiser des élections dans les douze mois.

Le premier est au point mort. Le GUN est perçu comme une coquille vide, au point que personne n’a envie de lui donner une seconde chance. La deuxième mission débute à peine. La conférence nationale, sous l’égide de l’ONU, doit permettre à tous les acteurs politiques, tribaux, locaux de se retrouver et de discuter.

La première série de rencontres a eu lieu le 5 avril. Si les accords entre villes ont été les seuls succès tangibles de ces dernières années, comme en témoignent les réconciliations entre Zintan et Tripoli, Zawya et Zaouara, Zintan et Kikla, les oppositions locales sont loin d’avoir disparu. La situation actuelle entre Tawargha et Misrata en est la parfaite illustration.

La tenue d’élections n’est pas assurée également. La loi électorale n’a pas encore été promulguée. Les scrutins locaux font consensus, mais elles ne pourront avoir lieu partout. Aucun observateur n’imagine que les villes en proie à la violence armée, comme Derna ou Sebha, peuvent organiser des élections.

Emad Assayah, le président de la Commission en charge de l’organisation des élections, craint une guerre civile si le référendum constitutionnel se tient et a mis sa démission dans la balance. Quant au scrutin législatif, c’est Younès et sa bande d’amis, assis à un café de Tripoli qui résument le mieux l’enjeu :

« En 2012, personne n’a rien compris au scrutin. On a voté pour l’Alliance des forces démocratiques [parti modéré mené par Mahmoud Jibril], ce sont les Frères musulmans qui ont dominé le parlement. En 2014, on a voté contre les islamistes, on s’est retrouvés avec une division du pays et deux assemblées. Alors, en 2018, on est capable de tout, sauf d’avoir une seule assemblée reconnue par tous. »

ENCADRE

Le mystère autour de l’état de santé de Haftar

Le maréchal Khalifa Haftar a été admis dans un hôpital à Paris, le 5 avril, pour une congestion cérébrale. Depuis, l’annonce de sa mort est régulièrement avancée dans les médias qui lui sont hostiles. Le 13 avril, la mission d’appui de l’ONU en Libye (Unsmil) s’est fendue d’un tweet assurant que Ghassan Salamé, le chef de l’Unsmil, s’était entretenu avec l’homme fort de l’est du pays.

Les Nations unies voulaient ainsi indiquer que Khalifa Haftar avait toute sa tête et n’était pas dans le coma. Cependant, l’annonce sibylline quant à la durée et l’heure de cet échange n’a fait que renforcer les rumeurs les plus alarmistes. Du côté de l’armée nationale arabe libyenne, les informations ne sont guère plus précises.

Le 10 avril, le porte-parole, Ahmed al-Mismari avait annoncé que le maréchal était en Libye et qu’il supervisait le siège de Derna pour une offensive prochaine. Quatre jours après, il a révélé que Haftar était bien à Paris pour un problème de santé mineur et qu’il serait rentré dans les 48 heures.

Depuis, aucune nouvelle. Les analystes planchent sur un scénario sans Khalifa Haftar, mais pas sans son héritage. Les fils de Haftar, dont Saddam qui a rang de colonel, constituent le premier cercle du « libérateur » de Benghazi. Ils pourraient reprendre le flambeau. Si personne n’a l’aura de Khalifa Haftar et ne semble en mesure de se présenter à une possible élection présidentielle, son groupe armé et son organisation en Cyrénaïque devraient lui survivre.

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Written by Mathieu Galtier

Mathieu Galtier est un journaliste indépendant basé en Tunisie depuis juin 2015. Auparavant, il a vécu et travaillé au Soudan et Soudan du Sud (novembre 2010-janvier 2012) où il a couvert la séparation du pays, puis en Libye (juin 2012 – juin 2015) pour suivre la période post-révolution. Il est diplômé de l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ, promotion 2009) et de l'Institut d'Etude politique de Lyon (promotion 2005).

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