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Politique

Libye : L’ONU prise à son propre piège

Cela sonnerait comme une revanche teintée d’ironie, les Kadhafi de retour au pouvoir par le truchement d’élections réclamées par ceux-là mêmes qui ont renversé le père. « L’arrivée au pouvoir de Saïf el-Islam est un scénario étudié avec attention, même s’il n’est pas le plus probable », concède un diplomate occidental. Selon une étude du Centre maghrébin d’études sur la Libye, l’arrivée au pouvoir de Saif el- Islam est la troisième solution envisagée par les Libyens interrogés (issus de cinq villes de l’ouest du pays) pour améliorer la situation du pays.

Haftar, l’encombrant favori

Les anciens militaires et la Cyrénaïque (région est du pays) sont deux autres composantes de la société libyenne qui placent beaucoup d’espoir dans les élections pour sortir de leur marginalisation. Ils misent sur une figure tout aussi controversée pour la communauté internationale les gouvernements doivent être soutenus pour pouvoir travailler, mais ils doivent aussi s’ouvrir aux partis, aux personnalités, à la société civile et aux hommes d’affaires : le maréchal Khalifa Haftar. Le bras armé du gouvernement de Tobrouk, non reconnu par l’ONU, a accepté le principe d’élections, notamment présidentielle, sûr de l’emporter face au « candidat naturel », Faez Serraj, à la tête du gouvernement d’union nationale.

Pour la population, Khalifa Haftar est un sauveur. Hatem Saïd ne disait pas autre chose en 2017 en regardant du coin de l’oeil ses deux fils multiplier les descentes sur le toboggan du jardin al- Kish, à Benghazi. « Depuis que Haftar contrôle la ville, on peut à nouveau sortir dans les parcs sans danger, raconte le père de famille. Avant, mes enfants restaient à la maison pour regarder la télévision et jouer sur ordinateur. Pendant un an, ils n’ont même pas pu aller à l’école. » Aujourd’hui, la donne a quelque peu changé.

L’«Armée nationale arabe libyenne » de Haftar est accusée par plusieurs ONG d’exactions et de crimes contre l’humanité en Cyrénaïque. Les nominations dans la région de maires, souvent officiers de l’ancienne armée de Kadhafi, et l’alliance avec des groupes armés madkhalistes, un courant fondamentaliste du salafisme, ne sont pas du goût de la société civile. Mais Khalifa Haftar reste très populaire, à l’Est et aussi à l’Ouest, où ses méthodes s’apparentant à celles de Kadhafi séduisent une population de plus en plus nostalgique et qui a du mal à voir, sept ans après, les bénéfices de la révolution.

Un ancien cadre du ministère des Transports résume : « À l’heure actuelle, aucune figure recommandable, selon les critères des Occidentaux, n’émerge pour diriger le pays ; restent Saif el-Islam et Khalifa Haftar. Et cela est uniquement la faute de l’ONU qui a imposé un GUN faible».

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Written by Mathieu Galtier

Mathieu Galtier est un journaliste indépendant basé en Tunisie depuis juin 2015. Auparavant, il a vécu et travaillé au Soudan et Soudan du Sud (novembre 2010-janvier 2012) où il a couvert la séparation du pays, puis en Libye (juin 2012 – juin 2015) pour suivre la période post-révolution. Il est diplômé de l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ, promotion 2009) et de l'Institut d'Etude politique de Lyon (promotion 2005).

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