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L’homme du changement

Pour la première fois en 43 ans, un Africain a de grandes chances d’être élu secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme des Nations unies (OMT). Baffour Ankomah nous raconte le parcours de ce Zimbabwéen qui a tout pour réussir à ce poste.

Depuis la création de l’Organisation mondiale du tourisme des Nations Unies (OMT) en 1974, l’une des 17 agences spécialisées des Nations unies, aucun Africain n’en avait été le Secrétaire général. Presque toutes les régions du monde ont dirigé l’organisation mais pas l’Afrique. En l’espace de 42 ans, l’OMT a connu trois Secrétaires généraux européens, un Américain et un Asiatique.

L’OMT devrait cependant remédier à cette absence de l’Afrique lors de sa prochaine Assemblée générale élective, qui se tiendra à Chengdu en Chine, en septembre 2017. Le continent va présenter un candidat très expérimenté, Walter Mzembi, 52 ans, actuellement ministre du Tourisme au Zimbabwe.

Meilleur ministre du Zimbabwe selon le Président Robert Mugabe, Walter Mzembi a reçu le soutien du Président et du gouvernement du Zimbabwe, de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et de l’Union africaine (UA) pour présenter sa candidature à l’OMT. « L’Afrique est à présent prise au sérieux dans le monde et l’acceptation de cette candidature est non seulement une reconnaissance du mérite de Walter Mzembi mais aussi plus globalement de l’Afrique qui a beaucoup appris et qui sait aujourd’hui faire entendre sa voix », explique Juergen Steinmetz, de l’ETN Global Travel Industry News.

L’appui de l’Afrique a donné beaucoup plus de poids à la candidature de Walter Mzembi à l’OMT. L’actuel Secrétaire général, le Jordanien Taleb Rifai prendra sa retraite en septembre 2017.

Walter Mzembi, qui possède une vaste expertise dans le tourisme, a influé sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine qui, curieusement, n’avait pas envisagé le tourisme comme un moteur important du développement du continent.

Un leader mondial

L’OMT est l’agence spécialisée de l’ONU chargée de la promotion d’un tourisme responsable, durable et accessible au plus grand nombre. Créée en 1974, cette institution internationale vise à faire du tourisme un moteur de la croissance économique et du développement inclusif en limitant autant que possible les répercussions négatives sur l’environnement.

L’OMT – dont le siège social se situe à Madrid – effectue également une veille du marché, propose des formations dans le domaine du tourisme, et apporte une assistance technique sur des projets dans plus de cent pays afin de faire du tourisme un outil efficace du développement.

L’OMT compte 157 pays membres, 6 territoires et 480 groupes affiliés représentant le secteur privé, des établissements d’enseignement, des associations du tourisme et des offices du tourisme locaux.

Une assemblée générale se déroule tous les deux ans. Elle est la réunion internationale la plus importante des leaders du tourisme et de représentants de haut niveau du secteur privé. Tous les quatre ans, l’assemblée générale élit un Secrétaire général. En 42 ans, l’Assemblée générale ne s’est déroulée que trois fois en Afrique – en Égypte en 1995, au Sénégal en 2005 et au Zimbabwe et en Zambie en 2013.

Taleb Rifai avait fait remarquer que cette dernière assemblée générale en Afrique était celle qui avait réuni le plus de personnes dans l’histoire de l’organisation. Le président en avait été Walter Mzembi lui-même, membre du Conseil exécutif de l’OMT et président de la Commission pour l’Afrique de l’OMT.

Walter Mzembi sait parfaitement de quoi il parle. Excellent communiquant et artisan de la paix, il espère, s’il est élu, faire passer de 9 % à 15 % la part du tourisme dans le PIB mondial. Il insiste sur le fait qu’une taxation intelligente dans un secteur où les taxes sont déjà lourdes permettra d’aller au-delà de la croissance à un chiffre que l’industrie connaît de nombreuses années. Faute d’une révision de la taxation, le secteur du tourisme est voué à l’échec, martèle-t-il.

Walter Mzembi espère également que davantage de pays et de groupes affiliés adhéreront à l’OMT. L’un de ses principaux objectifs est de consolider les travaux accomplis jusque-là dans le tourisme mondial par l’actuel Secrétaire général, notamment dans le domaine de l’ouverture des espaces aériens, de l’ouverture des frontières et de la libéralisation des visas, que menace aujourd’hui le terrorisme international.

Taleb Rifai est parvenu à inclure le tourisme dans l’agenda international, l’année 2017 ayant été déclarée « l’année internationale du tourisme durable, moteur du développement ». Walter Mzembi compte poursuivre l’action de M. Rifai en faisant du tourisme une priorité de l’Agenda de développement international, et en défendant une croissance équitable.

Il considère que la fermeture des frontières et la restriction de la liberté de mouvement en réaction au terrorisme international et à la crise des réfugiés ne résoudront rien. Conscient de ces inquiétudes, il estime plutôt qu’il est nécessaire d’améliorer la coopération internationale entre les agences du renseignement tout en exploitant au mieux la puissance de l’informatique afin de réduire les risques et sécuriser les frontières.

Améliorer les chiffres

L’Afrique et le Moyen-Orient représentent actuellement seulement 3 % à 5 % du tourisme international tandis que la part de l’Europe est supérieure à 50 %, le reste étant partagé à parts égales entre l’Amérique, l’Asie et le Pacifique.

Les États-Unis constituent la première économie touristique du monde, générant un revenu de 1 400 milliards de dollars par an pour 13,5 millions d’emplois dans le pays. L’Afrique compte seulement 21 millions d’emplois dans le tourisme, sur les 288 millions dans le monde. C’est précisément ce à quoi M. Mzembi veut s’attaquer en renforçant le rôle du tourisme dans l’Agenda 2063 de l’UA.

Aujourd’hui, la part du tourisme représente environ 10 % du PIB mondial (soit 7 200 milliards $), 288 millions d’emplois dans le monde, 6 % des exportations, 4 % des investissements. Depuis 1950, le nombre de touristes a bondi, passant de 25 millions à 1,2 milliard en 2015. Selon les prévisions, ce chiffre devrait atteindre 1,8 milliard d’ici à 2030.

Walter Mzembi est optimiste et pense que, s’il est élu, il parviendra à dépasser le seuil de 1,8 milliard de touristes, en particulier grâce à la croissance attendue dans les pays des BRIC. Il se réjouit du fait que la Chine et l’Inde possèdent aujourd’hui une classe moyenne d’environ 600 millions de personnes, qui permettront de développer de nouveaux marchés du tourisme. On compte d’ores et déjà 120 millions de touristes chinois dans le monde chaque année et ce chiffre devrait augmenter.

Sa vision

Walter Mzembi a pour ambition d’utiliser le tourisme pour promouvoir la paix, la sécurité et l’harmonie sociale, et de développer un tourisme adapté au changement climatique, limitant l’impact sur le climat, et réduisant la pauvreté.

Il est en faveur de l’alignement des Objectifs de développement durable (ODD) liés au tourisme 8, 12 et 14, sur les objectifs régionaux définis dans l’Agenda 2063 pour l’Afrique. Défini par les Nations unies, l’ODD 8 insiste sur la nécessité d’avoir un travail décent et de stimuler la croissance économique. L’ODD 12 met l’accent sur la consommation et la production responsables tandis que l’ODD 14 concerne la vie sous-marine.

Il défend la diplomatie du tourisme, une philosophie qu’il a appliquée dès qu’il est devenu ministre en 2009. Il a ainsi sorti le Zimbabwe de l’isolement et permis l’élection du pays au Conseil exécutif de l’OMT la même année, ainsi que la tenue de l’assemblée générale de l’OMT au Zimbabwe et en Zambie en 2013. Après les sanctions imposées au Zimbabwe en 2001 par l’Union européenne et les États-Unis, le Zimbabwe était finalement reconnu par la communauté internationale.

Walter Mzembi veut à présent utiliser le tourisme pour instaurer la paix dans le monde par le biais d’une diplomatie citoyenne, les touristes pouvant jouer le rôle d’ambassadeurs de la paix. Il souhaite inclure au sein de l’OMT des pays qui n’en sont pas encore membres, tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie, assurant que, sans ces pays, la paix dans le monde ne peut être complète.

Grand expert du tourisme

Élu au Parlement zimbabwéen en 2004, Walter Mzembi a dirigé la Délégation zimbabwéenne à l’Assemblée parlementaire ACP/UE en Europe de 2004 à 2007. Il a ainsi acquis une excellente expérience dans le domaine des institutions multilatérales.

Ingénieur en mécanique, le candidat est également titulaire d’un doctorat en gestion commerciale et d’un MBA. Quand il est entré en politique, il était déjà un homme d’affaires confirmé : il avait exercé diverses fonctions dans les secteurs public et privé au Zimbabwe et dirigeait ses propres sociétés.

Walter Mzembi a occupé divers postes de direction au sein de l’OMT : il a été membre du Conseil exécutif de 2009 à 2013, coprésident de la 20e Assemblée générale et il est président de la Commission de l’OMT pour l’Afrique depuis 2013. Il a également été nommé trois fois président de l’Africa Travel Association.

Ministre réputé au Zimbabwe et ailleurs dans le monde, M. Mzembi a remporté de nombreux prix, dont celui de meilleur Manager du service public au Zimbabwe en 2012, et de Ministre du Tourisme de l’année 2011 par le magazine Africa Investor. Il a également obtenu trois trophées en branding et leadership et un prix d’excellence octroyé par l’Inde en 2012. En juillet 2016,il a reçu le prix de Leader du tourisme par l’International Coalition of Tourism Partners (ICTP).

Sous sa direction, le Zimbabwe a reçu le prix de Meilleure destination mondiale et celui de Meilleure destination culturelle par le Conseil européen du Tourisme et du Commerce basé à Bucarest. En janvier 2015, le Zimbabwe s’est classé au 14e rang dans le dossier du New York Times consacré aux « 52 destinations à visiter dans le monde » – un résultat dû en grande partie au talent de Walter Mzembi dans le domaine du marketing et du rebranding.

Intellectuel accompli, il fait partie du London Speaker Bureau, est membre du Conseil d’administration de l’Institut de la diplomatie culturelle à Berlin, et est académicien d’honneur de l’Académie européenne du tourisme à Bucarest – une reconnaissance qui lui a été octroyée en raison de son expertise et de sa créativité dans le développement du tourisme et dans la préservation des ressources naturelles pour un développement durable.

En tant que membre du London Speaker Bureau, Walter Mzembi a réalisé des interventions dans plusieurs universités et instituts au Royaume-Uni et aux États-Unis, notamment à l’université d’Oxford et à celle de New York.

En 2015, Walter Mzembi a été élu président du Comité des ministres du tourisme de la SADC. Alors que certains voulaient supprimer l’Organisation régionale du tourisme de l’Afrique australe (RETOSA), M. Mzembi, fervent partisan de l’intégration régionale, a tout fait pour la sauver.

Il espère que les avantages de l’intégration, comme la liberté de déplacement en Europe, ne seront pas menacés par une volonté de fermeture des frontières en réaction à l’afflux de réfugiés et aux actes terroristes – une décision qui relèverait d’une vision à court terme.

Compte tenu des énormes difficultés liées à la sécurité internationale auxquelles est confrontée l’industrie du tourisme, Juergen Steinmetz affirme : « Il faut un leader hors pair au poste de secrétaire général de l’OMT. Walter Mzembi est réputé pour avoir des idées novatrices et pourrait bien être l’homme qu’il nous faut. »

Nouveaux marchés

L’une des tragédies du tourisme est qu’on l’a limité à sa dimension de loisir et que l’on a été incapable de le considérer comme un outil économique permettant aux gens de sortir de la pauvreté.

Il affirme que les gouvernements doivent s’efforcer de développer les classes moyennes, afin de permettre l’essor du tourisme, citant les exemples de la Chine, de l’Inde et du Brésil. Les nouvelles classes moyennes de ces pays constituent des sources importantes pour les marchés touristiques du monde entier.   

Toutefois, il ajoute qu’il est nécessaire de développer le tourisme national afin de faire face aux aléas liés au tourisme provenant de l’étranger. Le tourisme régional permet, lui, de conserver les flux de revenus – c’est la stratégie qu’a adoptée l’Europe depuis 50 ans.

Walter Mzembi défend auprès de l’UA une politique visant à inciter les Africains à faire du tourisme en Afrique.

Sous la direction de M. Mzembi, le tourisme est devenu la part la plus importante du PIB national (11,8 %) au Zimbabwe et une croissance de 4,1 % est prévue en 2016. Ce secteur de l’économie dégage plus de revenus que les mines, la fabrication et l’agriculture.

Un ministre n’a pas hésité à décrire M. Mzembi comme « un leader visionnaire dont on ne prendra la mesure que lorsqu’il sera au niveau le plus haut dans le secteur du tourisme ». Il n’est pas surprenant que le gouvernement zimbabwéen appuie sa vision « 5:5:15:2020 » – qui signifie 5 millions d’arrivées, 5 milliards de $ de revenus and 15 % de contribution au PIB.

Un leader visionnaire

Annonçant officiellement la candidature de M.Mzembi à Harare début avril, le ministre de l’Information zimbabwéen, Christopher Mushohwe, a précisé : « Le gouvernement du Zimbabwe, membre actif de l’OMT, présente un candidat au poste de Secrétaire général qui sera vacant en 2017. Ses compétences sont remarquables. Nous sommes convaincus que nous offrons au monde l’un de nos meilleurs  éléments au service de la communauté internationale. »

Il poursuit : « Nous sommes convaincus que M. Mzembi s’acquittera parfaitement de sa tâche s’il a l’honneur d’être élu. »

Walter Mzembi a expliqué qu’il s’était porté candidat suite à la demande des pays membres de l’OMT. « J’accepte avec humilité cet honneur que m’a accordé le gouvernement du Zimbabwe. Je me suis entretenu à ce sujet avec le Président Mugabe et il m’a assuré qu’il me soutiendrait. »

Soutenu par des pays membres de l’OMT et des membres du Conseil exécutif, M. Mzembi est bien placé, voire mieux placé, face aux autres candidats. Très novateur et créatif, il représentera un nouveau type de dirigeant pour l’Afrique et pour le reste du monde. À Madrid, ce sera un leader en qui l’Afrique pourra avoir confiance et qui sera compris par la communauté internationale.

Sous cet angle, il n’existe pas de meilleur candidat que M. Mzembi qui a prouvé qu’il savait transformer l’adversité en opportunité. Il a su convaincre l’OMT d’organiser son assemblée générale au Zimbabwe en 2013 et en a fait un véritable succès. C’est un homme sur qui l’Afrique et le reste du monde peuvent compter, car il représente une vision originale au lieu d’une continuité qui pourrait manquer de donner au tourisme l’impulsion qu’il lui faut.

Légendes :

Dans son bureau : M. Walter Mzembi, soutenu par son pays, le Zimbabwe, ainsi que la SADC et l’UA, est le candidat de l’Afrique au poste de secrétaire général de l’OMT. On voit ici quelques-uns des nombreux trophées qu’il a remportés en étant ministre du Tourisme au Zimbabwe.

Diplomatie du tourisme : Le Président Mugabe (à droite) présente M. Walter Mzembi au Président chinois, Xi Jinping.

Leader visionnaire, M. Mzembi est un homme sur qui l’Afrique et le reste du monde peuvent compter.

À gauche :

Solidarité : M. Walter Mzembi rencontre le ministre des Affaires étrangères kényan, Amina Mohamed, pendant sa campagne.

En haut à droite : Le secrétaire général de l’OMT, Taleb Rifai (2e à gauche) échange des contrats signés lors de l’assemblée générale de l’OMT 2013 avec Walter Mzembi (tout à droite), en compagnie de l’ancien Président zambien, Michael Sata (à gauche), et du Président Mugabe (2e à droite).

Ci-contre : M. Walter Mzembi (à gauche) a recherché l’appui de nombreux dirigeants africains, y compris celui du Sud-africain Jacob Zuma (à droite).

À Madrid, M. Mzembi sera un leader en qui l’Afrique pourra avoir confiance et qui sera compris par la communauté internationale.

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Written by Daniel Takyi

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