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Le président Hery Rajaonarimampianina

Le Président de la République de Madagascar Hery Rajaonarimampianina se confie sur les progrès de son pays en matière de bonne gouvernance. Il redéfinit les priorités économiques, notamment autour de l’agriculture, destinées à mettre le pays en marche. Et assure : « Nous améliorons le climat des affaires ».

Entretien avec Hichem Ben Yaïche

Vous avez réussi à replacer Madagascar sur la carte du monde grâce au sommet de la Francophonie et à la rencontre avec des bailleurs de fonds. Avez-vous le sentiment que Madagascar est devenue audible ?

Madagascar est à sa place, une place méritée. Comme vous le constatez, depuis quelques mois, nous avons accueilli le Sommet du Comesa, et surtout, nous avons accueilli le 16e Sommet de la Francophonie, suivi de cette Conférence avec les bailleurs de fonds des 1er et 2 décembre. Oui, on nous voit, on nous écoute ! Je crois que la plupart des gens de cette communauté, à travers les bailleurs de fonds, les investisseurs, se sont engagés à appuyer cette vision de Madagascar, de développer le pays.

Au-delà de cette rhétorique, des promesses des investisseurs… y a-t-il concrètement des projets étudiés en profondeur ? Disposez-vous d’une cartographie de ce qu’il faut faire bouger dans le pays ?

Mais bien sûr ! Tout d’abord, je voudrais vous dire qu’il y a deux catégories d’investisseurs et de bailleurs parmi ceux que nous avons accueillis ici à Paris. La première catégorie, c’était ce qu’on pourrait appeler les bailleurs institutionnels ou traditionnels : la Banque mondiale, la BAD, l’UE, etc.

La deuxième catégorie, ce sont les investisseurs du secteur privé. Sur la base du plan national de développement, nous avons défini les projets dans différents domaines, avec nos priorités.

Je peux vous citer l’agriculture, l’énergie, les infrastructures ; mais aussi l’urgence au niveau des projets sociaux, comme l’éducation et la santé. Ce sont des projets concrets ! De plus, les investisseurs présents du secteur privé connaissaient déjà le pays, ils ont suffisamment d’informations par rapport à ces rencontres. Par exemple, nous avons signé avec Eiffage un projet sur la production d’hydroélectricité pour 500 millions de dollars ; nous ne signons pas des projets que nous ne connaissons pas. C’est pour vous dire que c’est du concret !

Vous parlez d’agriculture qui est un levier de croissance considérable mais qui, souvent, est très peu abordée par les investisseurs, lesquels trouvent que le retour sur investissement est trop long, et la rentabilité trop lente. Comment pensez-vous mobiliser de ce point de vue ?

Il faut allier ces différents paramètres : le temps, la rentabilité, les intérêts des investisseurs. Si je vous parle du secteur agricole, c’est que nous avons les pieds sur terre ! Pourquoi ? Parce que 80 % de notre population travaille et vit de cette agriculture, et nous sommes convaincus qu’aujourd’hui, si nous voulons apporter un développement pour le pays, cela passe par un meilleur bien-être de cette population.

Certes, le secteur est relativement archaïque, la productivité est faible. Pourtant, il nous faut apporter de l’investissement pour l’amener vers une agriculture orientée vers les marchés. On voit tout ce que ces progrès pourraient produire comme bienfaits pour la population agricole.

Nous avons modernisé nos cadres réglementaires et législatifs. Tout cela pour améliorer les conditions dans lesquelles les investisseurs vont pouvoir à la fois venir et travailler à Madagascar.

Considérez-vous que les réformes institutionnelles sont suffisamment importantes et sécurisantes pour pousser les investisseurs étrangers – ou peut-être même les Malgaches de l’intérieur – à entreprendre et à investir dans le pays ?

Nous y avons apporté des améliorations ! Tout d’abord, en mettant en place les institutions au niveau politique. Nous avons aussi un interlocuteur du secteur privé, l’Economic Development Board Madagascar (EDBM). Nous avons modernisé nos cadres réglementaires et législatifs. Tout cela pour améliorer les conditions dans lesquelles les investisseurs vont pouvoir à la fois venir et travailler à Madagascar.

Il y a deux manières d’avoir les bailleurs de fonds : soit on subit leur logique ; soit le pays essaie d’imposer ses propres choix pour que les bailleurs demeurent dans l’accompagnement de sa vision stratégique. Qu’en est-il, en ce qui vous concerne ?

Nous ne travaillons pas de cette façon. Aujourd’hui, tout le monde est conscient qu’on devrait travailler dans le cadre d’un intérêt mutuel : ce qu’on appelle le « gagnant-gagnant ». Il répond aux intérêts des investisseurs, mais il répond aussi aux intérêts du pays hôte. Tout cela est débattu dans le cadre des discussions, et cela précède en amont les décisions de ces investisseurs.

Comment les bailleurs de fonds vous accompagnent-ils ?

Ils connaissent le pays depuis longtemps et ils ont pu apprécier ce qui existe, ce qui a été réalisé. Et, surtout, ces derniers mois, ils ont vu ce qui a été considéré comme des évolutions positives au niveau à la fois politique, économique et social à Madagascar. C’est à travers ces appréciations que ces bailleurs apportent leur accompagnement. Lesquels se sont traduits, comme lors de ces négociations, par des apports substantiels de financements dont nous avons besoin, dans différents domaines.

On sent que vous avez de l’«activisme» pour dynamiser le pays et le mettre sur les rails de son développement, mais chacun ressent aussi des pesanteurs pour ne pas dire des obstacles. Comment les qualifiez-vous ?

Nous ne sommes pas attardés sur les freins. Car tout le monde sait que c’est en avançant ensemble que nous allons franchir les obstacles qui pourraient se dresser. Il y en aura toujours, un peu partout dans le monde, que ce soit sur le plan politique, sur le plan sécuritaire…

Cependant, le plus grand obstacle, c’est la pauvreté elle-même ! Il faut s’y attaquer, dans le même temps que nous  améliorons la gouvernance, l’autorité de l’État, et luttons contre la corruption. Ce sont des défis à relever. Nous les relevons, et nous mettons en place tout ce qui est nécessaire pour pouvoir mener à bien tous nos projets.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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