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African Business

L’Afrique au cœur de la mondialisation

L’Afrique apparaît comme une source de facteurs de production primaires plutôt qu’une plateforme de produc­tion. Cette situation évolue, pourtant, depuis quelques années. Selon les données de la BAD, la part dans la production africaine a augmenté…

Par Estelle Brack

… pour les produits manufacturés (de 10,3 % en 2006 à 19,2 % en 2013) et, dans une moindre mesure, pour les services (de 44,6 % en 2006 à 49,9 % en 2013), alors que la part de l’agriculture se tasse (16,5 % puis 15,6 %) et que celle de l’industrie régresse (de 38,9 % à 34,4 %).  

Le rapport 2015 sur la Compétitivité de l’Afrique précise que la réduction de la part de l’agriculture s’est effectuée au bénéfice des services et non pas de l’industrie. Un schéma différent de la révolution industrielle vécue par les pays occidentaux, puis par l’Asie.

« Si l’agriculture continue d’employer plus de la moitié de population du continent, sa part en valeur ajoutée recule depuis quatre décennies : elle était à peine supérieure à 20 % en 2010, contre 34 % en 1965. Ce déclin a été en grande partie compensé par une expansion du secteur des services, dont la part dans le PIB dépasse les 50 % à l’instar des pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est.

Ce basculement s’est essentiellement produit dans les services marchands, en particulier dans le commerce de détail, la distribution et d’autres services commerciaux, qui emploient 25 % de la population en âge de travailler»

Le rôle de plus en plus important que jouent les services dans les économies d’Afrique « remet en cause la conception classique de la trajectoire de transformation structurelle », souligne l’institution financière panafricaine.

Le continent aurait ainsi connu, entre 1995 et 2010, une phase de « désindustrialisation » : la part de l’industrie dans l’emploi reste stable, mais sa contribution à la valeur ajoutée diminue. Sur la période, les travailleurs agricoles ont rejoint les secteurs comme la distribution, par exemple ; l’emploi dans les services a augmenté de 50 %, mais pour une faible productivité. Le secteur minier ne procurant qu’une part négligeable des emplois.

Depuis 2000, le poids de l’Afrique dans la production manufacturière mondiale stagne à 1 %, alors que celui des pays en développement asiatiques est passé de 13 % à 25 %, Chine en tête. L’appareil productif africain repose, en outre, sur un petit nombre de pays, pour l’essentiel l’Égypte, la Tunisie, le Maroc, Maurice ou l’Afrique du Sud.

Malgré sa proximité avec l’Europe, l’Afrique n’est pas parvenue à s’appuyer sur l’industrie, notamment sur des activités à forte intensité de main-d’oeuvre, pour asseoir son développement économique.

Pour la Cnuced, les raisons de cette situation sont multiples, du manque de compétitivité-prix à la taille réduite de beaucoup de marchés intérieurs, au poids du secteur informel et des petites entreprises, à la faiblesse des soutiens publics, à la bureaucratie, à la corruption ou à l’instabilité politique.

Sans oublier la forte dépendance de nombreuses économies africaines aux matières premières (pétrole, mines, produits agricoles…), qui handicapent le développement d’autres activités industrielles en dégradant les termes de l’échange de ces secteurs ; un phéno­mène formalisé dans la pensée économique sous le terme de « syndrome hollandais ».

Pour l’heure, 50 % des exportations africaines de biens manufacturés seraient directement liées aux ressources naturelles alors que dans les pays en développement d’Asie ou d’Amérique latine, cette part a été divisée par deux en dix ans et n’est plus que de 13 %.

Lente intégration dans les chaînes de valeur

Les agriculteurs africains sont, pour 80 % d’entre eux, de petits producteurs, qui font pousser des cultures vivrières de base à faible rendement sur de petites parcelles en utilisant très peu de machines, d’engrais ou de pesticides.

Pour la BAD, « ces exploitations sont tributaires des eaux pluviales, et la production est soumise aux aléas climatiques. La valeur ajoutée et la transfor­mation des matières premières agricoles sont faibles et, en Afrique subsaharienne, les pertes après récolte avoisinent 30 % de la production totale, ce qui signifie que la région perd plus de 4 milliards $ chaque année ».

Dans un contexte de segmentation inter­nationale de la production, l’Afrique s’intègre lentement dans la chaîne de valeur mondiale (CVM), transformant des produits importés, vendus ensuite sur le continent ou exportés à leur tour.

L’internationalisation de la produc­tion, sa segmentation, donnent à l’Afrique l’opportunité de s’insérer dans un segment spécifique de la chaîne de production, au lieu de mettre en place une chaîne de production dans son intégralité.

Pourtant, le continent ne joue pas encore un rôle significatif de ce point de vue, comparé aux autres pôles régio­naux que sont l’Asie de l’Est, l’Europe et l’Amérique du Nord : environ 85 % des échanges en valeur ajoutée au sein des chaînes de valeur mondiales ont lieu à l’intérieur et autour de ces trois plate­ formes.

Si les autres régions restent margi­nales, leur part s’accroît, passant de 10 % seulement en 1995 à 15 % en 2011 ; la part de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales a, elle aussi, progressé, passant de 1,4 % à 2,2 % sur la même période. Avec 60 milliards $, l’in­vestissement étranger est, en outre, cinq fois plus élevé qu’en 2000, et les flux d’échanges ont augmenté de 10 % par an sur la même période.

Malgré la faible part de l’Afrique dans les échanges, les chaînes de valeur afri­caines comptent parmi les plus intégrées au monde, après l’Europe et l’Asie du Sud-Est : plus de la moitié des exportations de l’Afrique s’appuient sur une intégration aval ou amont.

Sur le continent, l’Afrique australe est la région la plus intégrée dans les chaînes de valeur mondiales (40 % de la participation de l’Afrique), suivie de l’Afrique du Nord et de l’Afrique de l’Ouest.

L’Asie et l’Europe sont les principales sources de valeur ajoutée étrangère dans les exportations africaines : l’Europe totalise 40 % des produits intermédiaires intégrés dans les exportations africaines et l’Asie 30 %.

Pour l’Afrique du Nord, de l’Ouest et l’Afrique australe, l’Europe est la principale source de produits intermédiaires, tandis que l’Asie arrive en tête en Afrique de l’Est et dans les États insulaires de l’océan Indien, ainsi qu’en Afrique centrale. L’Europe est, en outre, la première destination de ces exportations.

Dans l’ensemble, l’intégration intra-afri­caine progresse, suggérant l’émergence d’un Made in Africa. L’utilisation par l’Afrique du Sud des produits intermédiaires originaires d’autres économies de la région a été multipliée par neuf entre 1995 et 2011 (de 78 millions à 686 millions $). À leur tour, les produits intermédiaires sud-africains incorporés dans les exportations d’autres économies de la région ont été multipliés par cinq sur la même période (de 675 millions à 3,487 milliards $).

Le Botswana, la Namibie, le Swaziland, la Zambie, le Zimbabwe, acquièrent chacun plus de 10 % de leurs produits intermédiaires auprès de l’Afrique du Sud. Le secteur manu­facturier affiche le niveau le plus élevé de parti­cipation aux chaînes de valeur mondiales et régionales, et l’agriculture le niveau le plus faible.

La construction de véhicules occupe la première place pour la valeur ajoutée étran­gère incorporée dans les exportations, ce qui reflète la structure des activités automobiles menées en Afrique, qui s’inscrivent dans le cadre de pôles d’assemblage pour les réseaux de production des grands groupes automo­biles. C’est le cas principalement en Égypte, au Maroc et en Afrique du Sud.

 La finance en pointe

Bien que leur part recule, les mines et carrières constituent le secteur affichant la plus forte valeur ajoutée étrangère dans les expor­tations africaines en valeur absolue, et sont suivies par les produits pétroliers, chimiques, et minéraux non métalliques.

Les services d’intermédiation financière et aux entreprises sont ceux qui comportent la plus grande part de valeur ajoutée intra-afri­caine. Au sein des services, les services finan­ciers et les services aux entreprises affichent les taux de participation les plus élevés aux CVM et représentent la proportion la plus élevée des chaînes de valeur africaines. Les services à forte valeur ajoutée africains semblent ainsi bien intégrés aux réseaux mondiaux.

Les chaînes de valeur africaines revêtent une importance toute particulière dans la finance, et dans ce secteur, la part de la valeur ajoutée produite dans d’autres pays africains incorporée dans les exportations d’un pays y est bien supérieure à celle mesurée dans tous les autres secteurs, ce qui témoigne de la vigueur des groupes bancaires régionaux.

Les différentes communautés écono­miques régionales semblent contribuer à la réduction des obstacles aux échanges et à la promotion des flux commerciaux à l’intérieur de ces régions. Mais le commerce entre deux régions est pénalisé par des droits de douane élevés ou l’incompatibilité des règles d’ori­gine entre les différents blocs commerciaux.

Les voies de progression sont importantes, en particulier par une meilleure coordination entre les acteurs et, bien sûr, le niveau des infrastructures, en particulier les routes. La formation est également centrale.

Pour Bineswaree Bolaky, chargée d’affaires économiques au sein de la division Afrique de la Cnuced, « sans innovation technologique et scientifique, l’Afrique aura du mal à rivaliser avec les exportations du reste du monde dans un environnement mondial de plus en plus concurrentiel.

Les pays africains devraient donc soutenir davantage les sciences et l’innovation en encourageant par exemple la production intérieure de connaissances technologiques. Les pays africains devraient également investir dans l’éducation et la formation pour garantir aux entreprises un accès fiable à la main-d’oeuvre qualifiée nécessaire à la production de biens de qualité capables de résister à la concurrence sur les marchés mondiaux».

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Written by African Business

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