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Analyse et Opinion

Opinion : L’Afrique au rendez-vous de la blockchain

Dans les transformations actuelles de la finance, la technologie blockchain est celle qui change le plus les habitudes des acteurs. Tunis accueille au mois de mai, une importante réunion de banquiers centraux.

Par Karim Zine-Eddine, directeur des études de Paris Europlace

La  technologie blockchain s’adresse à l’ensemble des activités finan­cières, de la banque de détail aux activités des marchés financiers les plus sophistiqués, en passant par l’assurance, la gestion de fonds, et leurs chaînes de création de valeur.

Le monde financier est en ébullition depuis 2008, année de l’apparition de cette technologie portée dans un premier temps par le bitcoin. Depuis, les cryptomonnaies se sont démultipliées, mais surtout le monde financier a découvert le potentiel de cette technologie, qui porte ces cryptomonnaies, et sa forte capacité à transformer la chaîne de création de valeur en finance.

C’est dans ce contexte que la BCT (Banque centrale de Tunisie), Paris Europlace (s’appuyant sur son labora­toire de la finance africaine, Africa­FinLab) et le cabinet de conseil Talan Group, ont lancé l’Africa Blockchain Summit, avec pour ambition d’analyser l’impact de la blockchain sur la finance africaine autour de Banques centrales, africaines et internationales, ainsi que de la Banque mondiale, de la BRI (Banque des règlements internationaux) et des institutions financières publiques et privées.

Le 14 mai à Tunis, est le premier rendez-vous en Afrique réunissant, à ce niveau, la pluralité des acteurs l’écosys­tème de la blockchain, pour débattre et analyser l’impact de cette technologie sur la finance africaine.

Quels enjeux ?

La Blockchain, ou « technologie des registres distribués », (Distributed Ledger Technology), est tout d’abord une techno­logie, dont l’application la plus connue est la cryptomonnaie Bitcoin, ou encore Ripple, Ethereum, Dash, NEO, etc.

La blockchain permet de créer, stocker et diffuser n’importe quel type de transac­tion (titres de propriété, titres de dettes, contrats, etc.) avec une grande sécurité et fiabilité et de manière complètement décentralisée, c’est-à-dire sans l’interven­tion d’une autorité centrale et sans risque de manipulation ou de violation de la transaction ou information enregistrée.

Il existe deux types de « registres distribués ». Le premier est la blockchain publique ouverte et accessible à tous, – les cryptomonnaies en sont une bonne illustration. Le second est la blockchain privée, déployée au sein d’une institution ou d’un réseau d’institutions financières ; elle crée ainsi un consortium et est gérée de manière totalement décentralisée.

Le déploiement d’une telle technologie toucherait le coeur des systèmes d’informa­tion, d’organisation et de création de valeur des institutions financières. Conscients de l’enjeu de cette technologie, et de l’impact potentiel sur leurs activités et du risque qu’elle peut faire peser sur leur business model et donc leurs revenus, les acteurs financiers sont mobilisés pour la maîtriser et en comprendre les tenants et aboutissants.

Bien sûr, les autorités de marchés sont concernées par cette technologie et ses défis. Nombreuses ont été les Banques centrales, y compris en Afrique, à souligner les risques portés par les cryptomonnaies et en parallèle à mener des expérimentations sur la blockchain et son impact sur le système financier et sa stabilité.  

L’Africa Blockchain Summit devrait devenir un rendez-vous régulier de l’Afrique avec cette technologie disruptive, mais qui peut lui permettre d’avancer très vite dans la modernisation de ses systèmes bancaires et financiers.

Au niveau mondial, des travaux, réflexions et expérimentations ont été lancés par les Banques centrales ; en France, la Banque de France a ainsi lancé un registre des identifiants créanciers SEPA (Single Euro Payments Area) décentralisé.

Les Banques centrales du Japon, de Chine et de Russie expérimentent des solutions de paiement et de règlement livraison basés sur la blockchain. Il en est de même pour l’autorité monétaire de Singapour, qui a lancé un projet de règlements transfrontaliers en temps réel ; la Banque du Canada a lancé le projet test sur son système de transfert de paiements de grande valeur (STPGV), etc.

Toutes les Banques centrales au niveau mondial ont lancé des initiatives blockchain pour tester, comprendre et tenter de maîtriser cette technologie. Dans une approche multilaté­rale, la Banque mondiale et le FMI suivent ces développements et émettent des avis. Il en est de même de la BRI, qui a notamment publié un rapport analytique sur la blockchain dans les services de paiement, de compensation et de règlement livraison.

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