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African Business

L’Afrique au cœur de l’événement

L’Afrique, avec le groupe des pays insulaires, est très exposée aux effets du changement climatique. Pour y faire face, elle est tributaire des instruments de financement et des transferts de technologies. Que changera la COP22 par rapport à cette situation ? Explications.

 Dossier réalisé par Olivier Deau

Les études sur les effets des changements climatiques, mais également les études démographiques sont formelles : l’Afrique devra supporter pendant plusieurs décennies une pression extrême­ment forte sur ses ressources naturelles.

D’ici à 2050, on comptera 2 milliards d’Africains sur la planète, puis 4 milliards à la fin de ce siècle ; les pays africains sont encore peu ou mal préparés aux conséquences de ces change­ments. Depuis l’accord de Paris, néanmoins, une forme d’optimisme sur le sujet renaît sur le continent.

Quelques lueurs d’espoir éclairent en effet le visage de Seyfi Nafo, jeune diplo­mate malien porte-parole du groupe des pays africains dans les négociations clima­tiques : « L’Afrique se met en ordre de marche, le fonds africain pour l’électrification géré par la Banque africaine de développement, avec la contribution d’autres bailleurs internatio­naux, commence à amorcer des projets depuis 2015. À l’horizon 2020, le continent vise l’ins­tallation de 10 GW d’énergie verte sur le conti­nent et affiche des objectifs bien plus ambitieux pour 2030. »

Peu engagée jusqu’alors dans les stratégies d’atténuation, notamment, car sa responsa­bilité globale dans les émissions de carbone reste faible, l’Afrique devra néanmoins trou­ver des leviers pour répondre aux besoins de plus en plus grands en énergie des popula­tions du continent, malgré le déficit en termes de formation, recherche et savoir-faire.

« Le Fonds vert est désormais amorcé à hauteur de 2,7 milliards de dollars », rappelle Seyfi Nafo, « à travers lui chaque pays africain pourra utili­ser une certaine somme – plus de 3 millions de dollars – pour mener à bien les études néces­saires à la finalisation de son plan d’adaptation et d’atténuation nationale, en préalable à de nouveaux investissements verts ».

Du côté du comité d’organisation marocain de la COP22, on porte un regard tout particulier sur les dynamiques et coopérations qui se décident sur le continent.

Des initiatives thématiques

Abdeladim Lhafi, commissaire de la COP22, décrypte la vision de la présidence marocaine du sommet sur le sujet : « Ce qui peut être fait sur le continent en termes de projet doit être fait par les Africains eux-mêmes, mais dans une cohérence d’ensemble entre le niveau continental, les différentes sous-régions et par des groupements de pays qui vivent des probléma­tiques similaires. »

À Marrakech, et en amont, de nouvelles coalitions se forment pour porter des sujets transversaux dans les négociations, constituant de nouveaux groupes de travail en marge des groupes de travail institution­nels. Ainsi l’initiative « AAA » (Adaptation de l’agriculture africaine) répondant aux enjeux de sécurité alimentaire et de lutte contre l’éro­sion des terres, est lancée en septembre autour du ministre de l’Agriculture du Maroc, Aziz Akhannouch.

Le thème a fait recette dans un continent encore largement rural, et une ving­taine de représentants officiels des différents pays africains ont répondu présent à l’invita­tion pour la première réunion de haut niveau.

Dans le cadre multilatéral, Seyfi Nafo explique le travail entamé sur les potentialités et problématiques communes réunissant les 34 pays africains disposant d’une façade maritime. « Nous travaillons avec la Banque mondiale à valoriser l’économie bleue, l’estimation de la superficie des mangroves, leur préservation, leur contribution aux réductions des effets des change­ments climatiques », explique le diplomate.

Autre thème transversal : celui de l’eau. « La coalition internationale pour l’eau formée à Paris en 2015 s’est réunie à Rabat en juillet », rappelle Abdeladim Lhafi.

« Le sujet est important pour le continent notamment au niveau des aquifères transfrontaliers et de la répartition des droits d’usage ou encore des bassins-versants interna­tionaux. Sans une coordination, des tensions pourraient surgir dans les années qui viennent », ajoute le commissaire de la COP22. « De plus le continent est globalement en train de passer d’une situation de confort hydrique à une situation de stress de plus en plus accentué sur la question».

 Un sommet africain en continuité de la COP

L’inscription à l’agenda politique des initiatives d’adaptation au bénéfice de l’Afrique sera donc à l’ordre du jour de la COP22 ; fort du soutien de la présidence marocaine, l’objectif est réaffirmé par le ministre des Affaires étrangères, futur président de la COP, Salaheddine Mezouar.

En effet, le pays hôte compte bien se saisir de l’occasion pour favoriser les initiatives et organisera un sommet des chefs d’État afri­cains à l’issue ou en marge des travaux de la conférence pour promouvoir les coopérations continentales. « Le Maroc est désireux de parta­ger son expérience notamment sur la gestion de l’eau ou sur le développement du solaire, mais ce qui est recherché à travers ce sommet est de favoriser un moment de réflexion commun des pays du continent dans leur ensemble afin de conforter l’adaptation de nos sociétés aux effets globaux des changements climatiques », explique un diplomate marocain qui ajoute : « Nous devrons aussi veiller à avoir des coali­tions ouvertes, d’autres pays comme ceux du Moyen-Orient ou les pays insulaires partagent certaines de nos préoccupations».

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Written by Olivier Deau

Olivier Deau est diplômé de l’Institut d’études politiques de Rennes et de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques de Paris. Etabli au Maroc depuis 2009, il couvre l’actualité de ce pays pour le Magazine de l’Afrique et African business depuis 2011. Il a été pendant trois années le directeur scientifique du forum MEDays organisé à Tanger sur des thèmes de relations internationales, de développement économique et de sécurité. Il s’intéresse aux processus politiques et sociaux au Maghreb, enseigne et travaille à l’Ecole de Gouvernance et d’Economie, une importante école de sciences politiques sise à Rabat.

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