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African Business

Kilamba, ville modèle

Une avalanche de demandes

Nous avons poursuivi notre visite de Kilamba le lendemain. Óscar Veríssimo da Costa, conseiller politique du Bureau de l’administration de Kilamba, nous a dit qu’actuellement, la ville comptait quelque 70 000 habitants. Cela représente environ 70 % de la capacité totale de la première phase du projet. « Pourquoi les médias internationaux ont-ils présenté Kilamba comme une ville fantôme ? », lui ai-je demandé.

« Ce n’est sûrement pas une ville fantôme aujourd’hui », s’exclame-t-il en riant, à moins que les gens que l’on voit ne soient des fantômes ! » Mais il a reconnu que, peu après l’achèvement des travaux, Kilamba n’était guère animée. « En juillet 2011, les appartements se vendaient entre 125 000 et 200 000 $. Le prix était bien trop élevé pour la petite classe moyenne de Luanda. »

Avec la désertion des campagnes et le coup d’arrêt au développement économique qui ont résulté de la guerre, l’Angola est l’un des pays du monde les plus inégaux en termes de revenus. Les personnes qui possèdent les compétences, l’argent et les réseaux gagnent beaucoup. Nous avions rendu visite à une famille aisée qui louait un appartement sur quatre niveaux dans un quartier huppé, où les loyers vont de 12 000 à 18 000 $ par mois.

Les jeunes diplômés qui entament une carrière ne peuvent se permettre un loyer aussi exorbitant, confirme Óscar da Costa. « Ils vivent sous des toits de tôle ondulée dans des structures de fortune, décrit-il, ils rêvent de s’échapper mais jusqu’à présent, ils n’ont pas eu les moyens de le faire ». Kilamba leur a donné l’occasion de vivre autrement mais ils ne pouvaient obtenir de crédit pour régler les mensualités à l’avance. « Même si les prix des appartements de Kilamba étaient relativement bas, les jeunes diplômés ne pouvaient trouver l’argent pour y vivre. »

Début 2013, le président dos Santos a décidé qu’il fallait agir : l’objectif du projet était de proposer des logements à la population, et non d’atteindre le seuil de rentabilité ni de réaliser des bénéfices. Le prix d’un appartement 4 pièces d’environ 110 m2, à 125 000 $ minimum, a alors été abaissé à 70 000 $ tandis que les plus grands appartements à 200 000 $ ne pouvaient plus dépasser 180 000 $.

Le gouvernement a créé une filiale de financement, Sonip, du géant pétrolier public, Sonangol, pour accorder des crédits immobiliers couvrant 90 % du coût sur une période de 10-30 ans à un taux d’intérêt fixe de seulement 2,2 %.

L’effet a été immédiat. À peine les mesures ont-elles été rendues publiques que les administrateurs de demandes. « La demande était si forte que les administrateurs ont eu d’énormes difficultés à traiter les dossiers. Mais il était indispensable d’effectuer des vérifications pour éviter la fraude ou les spéculateurs profitant des bas prix, avant de valider le dossier et d’autoriser les futurs acheteurs à demander un crédit à Sonip », explique Óscar da Costa.

Comme ils ne pouvaient traiter que 1 200 demandes par jour à peu près, les gens faisaient la queue pendant des jours simplement pour remplir leur dossier. « Le projet de Kilamba a permis de créer des emplois », ajoute-t-il. « Nous avons environ 7 000 jeunes diplômés qui travaillent ici, 1 500 agents de la sécurité, 5 000 agents de nettoyage et nous tentons d’attirer davantage d’entreprises du secteur privé. »

D’autre part, le délai de traitement des demandes de crédit par Sonip étant trop long, c’est une société immobilière spécialisée, Imogestin qui a pris le relais.

« Cette ville sera un modèle pour les économies des pays émergents et des autres pays, non seulement pour les nombreux logements abordables qu’elle a fournis, mais aussi pour les emplois qu’elle a créés et pour sa contribution au développement d’une économie locale », se réjouit-il.

Kilamba est le plus ambitieux projet en cours de réalisation en Afrique

Une ville qui prend vie

Ce n’est que le début d’une vaste entreprise. « Nous avons déjà commencé la réalisation de la deuxième phase », explique Djamila Franco. « Nous bâtissons 7 000 appartements et 5 000 maisons mitoyennes et nous allons bientôt commencer la construction d’un hôpital, de quatre cliniques, de 12 centres de soins, de trois institutions financières, de plusieurs bureaux de Postes, de garages, de commissariats, de casernes de pompiers, de parkings, d’églises, d’un cimetière et de bien d’autres sites. »

Nous avons visité certaines des maisons mitoyennes en construction. Elles sont spacieuses, bien conçues et possèdent un jardin ainsi qu’une allée pour y garer sa voiture. Bien plus chères que les appartements, elles sont destinées à des cadres à plus haut revenu. « L’objectif principal est de regrouper toutes les classes de revenus au sein de la même ville sans créer de barrière entre elles », explique Óscar da Costa.

« Actuellement, environ 6 000 travailleurs – 1 734 Chinois et 4 754 Angolais – sont impliqués dans la construction de 2 780 maisons individuelles et 5 220 appartements de quatre pièces qui devraient être disponibles au 2e semestre 2015 », ajoute Djamila Franco. « Dans le cadre de la troisième phase, nous allons développer davantage de services pour les nouveaux résidents. Nous comptons construire un métro et un réseau de chemin de fer, des terrains de sport, des clubs, des banques, un hôtel. La ville continue de croître à tous les niveaux », assure-t-elle.

Le secteur privé sera plus impliqué dans les phases deux et trois, quand le nouveau centre-ville commencera à émerger. La phase trois mettra davantage l’accent sur les loisirs et le divertissement.

Kilamba est le plus ambitieux projet en cours de réalisation en Afrique. Son slogan « C’est là que vit la vie » ne pourrait être plus adapté. Le modèle est répliqué dans plusieurs provinces angolaises où nombre de projets ont été achevés. Le pays se reconstruit activement. Dévasté par la guerre, l’Angola pourrait devenir la perle de l’Afrique en l’espace d’une génération. C’est un véritable exploit : tous les urbanistes du continent devraient se rendre en Angola pour voir ce que l’on peut accomplir quand l’on fait preuve de détermination et que l’on est animé d’un profond sentiment de fierté nationale.

Centre de santé de Kilamba (Centro de Saúde de Kilamba)

Cet impressionnant centre de santé, le premier de plusieurs nouveaux centres, a été officiellement inauguré en septembre 2014 par le gouverneur de Luanda, Graciano Domingos, et le ministre de la Santé, José van Dúnem, mais il était ouvert au public depuis le mois d’avril.

Le docteur Godelive Luvualu, directrice du centre, et le docteur Filomena Neto, administratrice de la DPSL (Direcção Provincial de Saúde de Luanda – Direction provinciale de la santé de Luanda) nous ont fait visiter les lieux.

Le Dr Luvualu, qui a obtenu son diplôme de médecine en Ukraine, présente le centre de santé de 30 lits : « Outre les services médicaux généralistes, la pédiatrie, la maternité, les soins prénataux et le planning familial, nous mettons en œuvre des services de laboratoire et de radio. »

Dans le laboratoire bien équipé, nous avons vu les infirmières Georgina Máquina et Lourdes Mussungo analyser des échantillons au microscope. « Nous prévoyons de réaliser gratuitement des échographies prénatales, des radios et des analyses d’urine et de sang », souligne le Dr Luvualu.

Lors de notre visite, nous avons observé l’infirmière Marisa Nair Falcão administrer des vaccins à plusieurs jeunes enfants qui attendaient patiemment leur tour, accompagnés de leur mère. « Nous recevons environ 200 patients par jour, commente-t-elle, mais nous espérons faire passer bientôt la capacité à 300. Nous voyons surtout des cas de malaria, de diarrhée et d’hypertension. Nous traitons les cas sérieux pendant 72 heures et, s’il n’y a pas de signes d’amélioration notables, nous les transférons par ambulance à l’hôpital central de Luanda. »

En septembre, le centre a participé à un vaste programme national de lutte contre la rougeole et la polio. L’objectif de la campagne était de vacciner 7,7 millions d’enfants, âgés de six mois à dix ans avant la fin de l’année 2014. « Nous vaccinons également les enfants de Kilamba âgés de six mois à cinq ans contre la polio, le tétanos et l’hépatite B, et nous prescrivons de la vitamine A », ajoute le Dr Filomena Neto.

Le centre compte 54 employés, dont 26 infirmières et quatre médecins (deux Angolais et deux Cubains).

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Written by African Business

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