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African Business

Kilamba, ville modèle

Située non loin de Luanda, Kilamba est la première et la plus avancée des novas cidades (nouvelles villes) qui émergent partout en Angola. Elle est aujourd’hui considérée comme un modèle en termes de construction et de gestion.

Kilamba ne se situe qu’à quelque 30 km de Luanda, mais il faut beaucoup de temps pour s’y rendre. Sortir de Luanda pour rejoindre l’autoroute tient du parcours du combattant !

La circulation est, à toute heure, d’une lenteur inouïe. J’ai d’abord cru que les embouteillages étaient dus aux accidents de la route avant de me rendre compte que le problème venait du grand nombre de véhicules circulant sur des routes qui n’ont absolument pas été conçues pour supporter un tel volume.

Les voitures finissent quand même par avancer : les conducteurs manœuvrent dans les espaces les plus étroits pour gagner un mètre ou deux. Ce, sans la mauvaise humeur que l’on rencontre sur les routes dans bien des pays d’Afrique. Les passagers s’affairent souvent sur leur mobile ou leur tablette. « La voiture est mon deuxième bureau », confie l’un d’eux. Quand on sait que l’on va passer beaucoup de temps dans la voiture, autant en faire bon usage.

Les passages piétons sont larges et bien indiqués et, à la différence de ce qui se passe ailleurs en Afrique, les voitures s’arrêtent quand le feu passe au rouge pour laisser les piétons traverser en toute sécurité.

Les routes sont aujourd’hui modernisées et il est prévu de construire des artères de transport modernes, dont des viaducs, des métros et même des monorails aériens. Mais tant que ces grands projets de construction en cours ne seront pas achevés, la circulation à Luanda demeurera très lente. D’ailleurs, les routes surchargées donnent une bonne idée de la densité de population de la ville et expliquent pourquoi le gouvernement a décidé de créer des villes nouvelles plutôt que d’agrandir les villes existantes.

Kilamba n’est pas une ville-satellite comme les nouveaux centres qui sont apparus le long de Thika Road à Nairobi, ni même comme Sandton, le nouveau quartier d’affaires de Johannesburg. Elle a été conçue dès le premier jour comme une nouvelle ville qui sera un jour autonome en infrastructures et en services.

Non seulement elle permettra de désengorger Luanda, mais aussi elle créera une économie locale. Les logements, les écoles, les terrains de jeu, les espaces commerciaux, les parcs, les transports publics, les routes et les systèmes de gestion de la circulation respectent des exigences de qualité élevées.

D’orientation socialiste, le gouvernement MPLA du président José Eduardo dos Santos souhaite proposer aux citoyens les meilleurs niveaux de vie que peut le permettre la richesse du pays.

Une fois sortis de Luanda, il ne nous a pas fallu longtemps pour parcourir la courte distance sur l’autoroute, parfaitement entretenue, qui mène à Kilamba. Quand j’ai enfin entr’aperçu la nouvelle ville, j’en ai eu le souffle coupé.

Je ne savais pas à quoi m’attendre mais je ne m’étais pas préparé à ce spectacle qui émergeait de la brume matinale tel un spectre. La masse compacte d’immeubles, aux teintes bleues, vert et jaune pastel, semblait s’étendre sur des kilomètres le long de la route. Bien que nous nous attendions à un projet de vaste envergure, nous étions sans voix.

Quand nous avons pénétré dans le complexe, nous avons eu le sentiment d’avoir fait un bond en avant dans le temps. Les routes sont en excellent état, bordées de panneaux clairs. Les feux sont équipés d’une minuterie numérique, indiquant quand ils vont changer de couleur. Je n’en avais vu qu’en Scandinavie, à Singapour et à Tokyo.

Les passages piétons sont larges et bien indiqués et, à la différence de ce qui se passe ailleurs en Afrique, les voitures s’arrêtent quand le feu passe au rouge pour laisser les piétons traverser en toute sécurité.

Nous sommes tombés une seule fois sur un chauffard qui n’a pas respecté le feu rouge, mais notre conducteur nous a assuré qu’il n’irait pas loin et qu’il serait vite repéré par les caméras qui contrôlent les vitesses. D’ailleurs, un numéro de téléphone permet d’avertir les autorités de toute infraction au Code de la route. J’avais peine à croire que nous étions en Afrique !

Nous nous sommes arrêtés à un arrêt de bus pour demander notre chemin. Il y avait un abri et des bancs. Comme dans le reste de l’Afrique, les taxis minibus que l’on voit partout constituent le principal moyen de transport bien que des bus parcourent aussi les itinéraires. Des motos, bien entretenues par leurs jeunes propriétaires, transportent les gens pour une somme modique. Ici, les minibus sont bleu ciel et en bien meilleur état que ceux que l’on trouve ailleurs sur le continent.

Les routes forment une grille, du nord au sud et de l’est à l’ouest. Les immeubles flambant neufs de quatre et huit étages sont peints dans des couleurs pastel à deux tons : les bleus, verts, marron et crème dominent.

Chaque appartement de Kilamba dispose d’un parking. Des espaces verts et des jardins commencent à apparaître. Le long des rues, on trouve des restaurants, des cafés, des magasins, des coiffeurs, etc.

Nous sommes arrivés quand la plupart des gens étaient au travail et les enfants à l’école, si bien que les rues étaient plutôt désertes. Nous avons fini par trouver notre interprète, une jeune femme du nom de Tatiana, qui nous a raconté qu’elle vivait à Kilamba avec sa mère dans un appartement de quatre pièces. Elle avait un emprunt sur 25 ans et ses mensualités s’élevaient à 150 $.

Visite guidée

Nous nous sommes rendus aux bureaux de la ville où les nouveaux administrateurs municipaux, Francisco Changane, Djamila Franco et Óscar Veríssimo da Costa, nous ont présenté l’histoire du projet et fait visiter la ville. Djamila Franco, directrice de la Gestion urbaine de Kilamba, est architecte et participe aux recherches et à la planification de nouvelles villes potentielles. « Je suis entrée au Bureau de reconstruction national, créé en octobre 2004 en tant que service supra-ministériel sous la responsabilité directe du président José Eduardo dos Santos », précise-t-elle.

« À l’époque, mon équipe était chargée de trouver de nouveaux sites à construire – en tenant compte de différents facteurs, tels que la structure du terrain, les niveaux d’occupation et la proximité des principaux centres urbains. »

Le bureau, dit-elle, comprenait des professionnels de tous les secteurs : des économistes, des architectes, des ingénieurs en travaux publics, des sociologues, des anthropologues… « Nous voulions créer un concept totalement angolais », affirme-t-elle.

Le plan directeur a été conçu par un institut chinois, selon des spécifications angolaises. « Par exemple, le président dos Santos a demandé aux architectes que les appartements à quatre pièces aient une superficie de 110 m2 au lieu des 100 m2 classiques, car la plupart des familles africaines sont composées de six ou sept membres. »

La réalisation du plan directeur a posé beaucoup de problèmes, dont certains qu’il était impossible d’anticiper.

Tout d’abord, il a fallu choisir l’emplacement de la nouvelle ville. Elle devait être suffisamment proche de Luanda pour que les gens travaillant dans la capitale acceptent d’y habiter, mais pas trop proche non plus car l’exercice aurait été inutile.

Le site devait se trouver à proximité de sources fiables d’eau et d’électricité et être constructible, c’est-à-dire sur un terrain non marécageux pour éviter l’affaissement des immeubles.

Bien qu’en Angola, les terres appartiennent toutes à l’État (à l’exclusion de quelques propriétés historiques), il était important de ne pas déloger sans compensation les personnes occupant le terrain. « Peu de personnes vivaient sur le site que nous avons choisi mais il y en avait quand même quelques-unes », confie Djamila Franco. Le ministère de la Culture a été chargé d’évaluer l’impact de la construction sur la vie des gens qui occupaient le terrain. Il a proposé une compensation et fait une offre de relogement satisfaisante pour les parties. Dès lors, les travaux ont pu débuter.

C’était un projet gigantesque. Bien que l’Afrique du Sud post-apartheid ait également réalisé un programme de construction très ambitieux, aucun projet de cette envergure n’avait été tenté en Afrique, jusque-là. L’objectif était de loger un demi-million de personnes une fois les trois phases du projet achevées.

Le seul pays de l’époque moderne à avoir mis en œuvre des projets de cette échelle est la Chine, où les entreprises du bâtiment, les architectes, les géomètres, les ingénieurs (eau, électricité, travaux publics, mécanique, égouts, etc.), les monteurs, les peintres et les jardiniers sont passés maîtres dans la préparation et la réalisation de tels projets.

L’expérience acquise au fil de la révolution urbaine en Chine a permis de créer un cadre ultra-organisé de spécialistes et d’ouvriers capables de réaliser des projets en un temps record.

Poursuivant ses propres rêves, Pékin est devenu un partenaire commercial majeur de l’Angola, achetant du pétrole et vendant des produits manufacturés très divers. Parallèlement, les sociétés de bâtiment chinoises, alliant méthodes de construction anciennes et techniques modernes, ont entièrement transformé le paysage africain en construisant des stades, des édifices publics, des ponts, des ports, des aéroports, des routes, des voies de chemin de fer, des centres commerciaux et des logements.

Il était logique que l’Angola et la Chine trouvent un accord qui soit bénéfique aux deux nations. Estimée à 3,5 milliards $, la construction devait être financée par une ligne de crédit chinoise en échange de pétrole angolais. La China International Trust and Investment Corporation (CITIC) a obtenu le principal contrat et il a été prévu que la première phase soit achevée en l’espace de trois ans seulement.

« En août 2008, le Président a posé la première pierre, se rappelle Djamila Franco, Trois ans plus tard, le 11 juillet 2011, le Président est revenu sur les lieux pour l’inauguration de la nouvelle ville. »

Contre toute attente, les Chinois étaient parvenus à installer les infrastructures – eau, électricité, égouts, routes, feux de circulation – et à ériger les bâtiments en à peine trois ans.

La logistique nécessaire pour acheminer les tonnes de ciment, d’acier, de bois, de verre, de canalisations, de câbles ainsi que les grues, les dragues, les excavatrices, les rouleaux compresseurs et autres matériaux et machines pour construire la nouvelle ville est difficilement imaginable.

Plus tard, nous avons eu l’occasion de visiter une autre ville en cours de construction. Un ingénieur a fait remarquer que les travaux devaient être aussi colossaux que ceux mis en œuvre pour ériger les pyramides d’Égypte au temps des Pharaons ; je n’ai pu qu’être d’accord avec lui !

On considère souvent avec indifférence la grande vague de construction chinoise qui déferle sur l’Afrique et d’autres régions du monde et l’on insiste même sur les failles, oubliant l’expertise, l’organisation et le travail immenses qu’exige la réalisation de ces projets titanesques. Pourtant, il ne fait pas de doute que certains travaux effectués par des Chinois, et d’autres pays, sont de mauvaise qualité. Les pays développés, qui disposent de tout un arsenal de réglementations conçues pour éviter ces abus, ne sont pas épargnés. La qualité des travaux ne dépend donc pas de la nationalité de l’entrepreneur mais des normes de qualité qu’il s’est fixées. Bien sûr, il ne serait pas réaliste de s’attendre à ce qu’un projet de cette envergure soit exempt de défauts.

Le rêve devient réalité

L’inauguration de la ville, en 2011, fut un véritable événement dans l’ensemble du pays. La majorité des jeunes n’avait connu que les dangers et les privations de la guerre, tandis que les plus âgés se rappelaient avoir souffert d’exclusion à l’époque coloniale portugaise.

« Même pour nous qui connaissions le programme dès le début, lance Óscar Veríssimo da Costa, conseiller politique au Bureau de l’administration de Kilamba, c’était comme un rêve de voir une belle ville sortir de terre, là où il n’y avait rien auparavant. Nous avions peur de nous réveiller un matin pour découvrir que cela n’avait été qu’un rêve. Mais, non, la ville était bien réelle, comme l’avait promis le Président. »

Kilamba s’étend sur 50 200 hectares, divisés en 24 quartiers regroupant 715 immeubles qui abritent 20 002 appartements. La ville compte 24 crèches, neuf écoles primaires, huit écoles secondaires, un centre de santé et 50 km de routes.

Les infrastructures publiques sont ultramodernes. Le fleuve Kwanza fournit l’eau. Nous avons visité une station d’épuration qui traite 35 000 m3 par jour et une usine de traitement de l’eau potable d’une capacité de 40 000 m3 par jour.

À la différence des autres villes africaines, y compris Luanda, plusieurs centrales électriques garantissent un approvisionnement ininterrompu en électricité. Le système de télécommunications semble parfaitement fonctionner et, à la tombée de la nuit, les lampadaires inondent la ville de lumière.

Bien qu’un agent de sécurité soit affecté à chaque immeuble, la criminalité est quasi-absente. La ville s’anime le soir quand les gens rentrent du travail et sortent, après le dîner, rencontrer des amis, faire un jogging, jouer au basket ou au football aux heures moins chaudes de la journée.

Nous avons remarqué que les Angolais aimaient beaucoup les plantes et les fleurs. Tous les balcons resplendissent de fleurs aux couleurs vives et de verdure. Il n’y a aucun détritus dans les rues. On trouve des poubelles un peu partout et nous avons appris que salir les rues pouvait être sanctionné d’une amende.

On nous a fait visiter un appartement témoin au rez-de-chaussée de l’un des immeubles. Il était composé de trois chambres, d’un salon-salle à manger, d’une grande cuisine, d’une salle de bains et de toilettes.

L’appartement était beaucoup plus spacieux qu’il n’y paraissait de l’extérieur. Les finitions – sol, lampes, encadrement des fenêtres, portes, etc. – sont de bon goût sans être extravagantes. Les élégants ascenseurs sont silencieux et rapides.

Des espaces de rangement ont été prévus et on trouve même un petit espace derrière la cuisine où faire sécher le linge au soleil, une excellente idée car rien n’est plus laid que du linge qui pend aux balcons.

L’appartement type comprend une chambre assez vaste, deux autres chambres de taille plus petite, mais raisonnable, pour les enfants et peut-être un parent ou des membres de la famille en visite. Sept ou huit personnes peuvent facilement dormir dans un appartement de cinq pièces – très pratique pour les familles nombreuses d’Afrique.

Visiter un appartement modèle et vivre dans un appartement peuvent être deux choses très différentes. Nous avons eu la chance d’être invités à dîner, dans l’un de ces logements, chez un architecte du ministère de l’Urbanisme et du logement, qui nous avait guidés pendant notre voyage.

L’hospitalité angolaise est légendaire et, malgré l’invitation de dernière minute, sa femme et sa fille nous ont préparé un dîner digne de rois.

Nous avons ainsi pu voir à quoi ressemblait la vie dans l’un de ces appartements. Les enfants avaient beaucoup d’espace pour jouer.

L’épouse de notre ami architecte nous a expliqué qu’elle était ravie de leur logement et de l’ambiance qui régnait dans le quartier. Les faibles mensualités leur ont permis d’acheter tous les appareils électroménagers et les meubles dont ils avaient besoin sans trop s’endetter.

Les enfants vont à l’école du quartier et la maîtresse de maison travaille à l’université Agostinho Neto non loin de là. Seul le père de famille, qui travaille à Luanda, passe du temps dans les transports. La famille peut ainsi profiter de temps ensemble.

La ville s’anime le soir. Les rues, désertes dans la journée, sont bondées. « Il faut venir ici un week-end, nous assurent nos hôtes, Il y a vraiment beaucoup d’ambiance festive. »

Plus tard dans la soirée, nous sommes passés devant un terrain de basket où nous avons vu deux des garçons très concentrés sur leur jeu, sous les projecteurs – un univers très, très éloigné de celui de la ville surpeuplée de Luanda où ils vivaient auparavant.

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Written by African Business

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