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African Business

Kako Nubukpo et la Francophonie économique

Vous êtes engagé dans cette bataille de la diplomatie économique et de la diplomatie numérique : cela suppose d’abord de gagner la bataille des contenus. L’Afrique a-t-elle une offre, de ce point de vue ?

Oui, ce que nous observons, c’est que l’Afrique a un génie, qui fait l’unanimité, parce que des jeunes africains gagnent tous les concours de solutions numériques, tous les concours liés aux nouveaux dispositifs. Il nous manque encore ce que nous appelons « les systèmes nationaux d’innovation », c’est-à-dire la capacité d’un État ou d’un ensemble d’États à construire une trajectoire technologique. Cela veut dire : se doter d’une vision, de moyens, pour que les innovations individuelles puissent donner des grappes pouvant permettre à cette transformation de se réaliser.

À l’heure actuelle, ce sont des innovations isolées, et qui, finalement, ont moins d’impact sociétal que dans le cadre d’un État soucieux d’une politique d’innovations. Pour vous donner un exemple de défis à relever : un pays comme la Chine a 980 chercheurs pour un million d’habitants, le Brésil 810 et mon pays, le Togo, 35 chercheurs ! Cela vous donne une idée des proportions. Or, sans l’innovation, sans la recherche et le développement, on est sûr de perdre la bataille du xxie siècle !

Cependant, comment ne pas intégrer ce décalage entre la dispersion des moyens et la dispersion des talents ? C’est, aujourd’hui, le défaut majeur de l’Afrique…

C’est ce à quoi nous sommes confrontés dans les pays africains. Ce que j’appelle « la dictature des urgences ». La demande sociale est tellement forte, et les moyens que nous avons en face sont tellement dérisoires que nous n’arrivons pas à construire une vision partagée de l’avenir, et à se doter de modalités à la fois techniques et d’évaluation d’impact, qui pourraient permettre la mise en oeuvre effective de cette vision.

À la Francophonie, nous essayons d’aider les pays qui se lancent dans les plans nationaux de développement écono­mique et social, afin de partager avec eux ce qui se pratique dans d’autres pays.

Dans ce cadre, la Francophonie n’est-elle pas qu’un simple gadget ?

Non ! Ce que nous appelons la Francophonie des solutions, c’est le fait d’oeuvrer pour la coopération tripartite. Je vous donne une illustration concrète : il y a vingt ans, la Côte d’Ivoire produisait à peine 50 000 tonnes de noix de cajou par an. Et grâce à la coopération tripartite – l’OIF, la République du Vietnam, et le génie propre de la Côte d’Ivoire, bien entendu –, elle en produit aujourd’hui 725 000 tonnes par an. Elle est devenue le premier producteur mondial, devant l’Inde ! Ce qui est intéres­sant, c’est que la Côte d’Ivoire, qui ne transforme que 6 % de sa production, a décidé d’atteindre 30 % et, à brève échéance, 100 % ! Nous avons mis en relation les producteurs ivoiriens de noix de cajou avec les industriels vietnamiens. Car le Vietnam qui ne produit que 400 000 tonnes de noix de cajou par an, arrive, grâce aux importations, à en transformer 1,2 milliard de tonnes !

Premier transformateur mondial, le Vietnam installe des unités de transformation de noix de cajou en Côte d’Ivoire ; incite les autorités ivoiriennes à doubler la production de noix de cajou ; bien évidemment, il se dote aussi de noix de cajou additionnelles, pour sa propre industrie ; et utilise aussi la facilité d’accès au marché qu’offre la production sur place en Côte d’Ivoire, via la question des règles d’origine.

Ce que nous réalisons est le passage d’une coopération Nord-Sud – avec tout ce qu’elle peut avoir comme charges coloniales ou néocoloniales – à une coopération tripartite, où nous mettons au coeur de la Francophonie les pays émergents notamment ceux du Mékong francophone. Je pourrais égale­ment parler de tous les investissements que le Maroc effectue en Afrique subsaharienne. Vous le savez, ce pays désigne l’Afrique subsaharienne comme sa nouvelle frontière.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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