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Kabinet Komara, Haut-Commissaire de l’OMVS

Ancien Premier ministre, Kabinet Komara a su redorer son image dans un contexte politique difficile pour la Guinée, à la tête de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal. Kabinet Komara ou l’ascension d’un homme de dossier.

Par Tokpanan Doré

Depuis l’arrivée en 2013 de Kabinet Komara, 66 ans, à l’Organisation intergouvernementale pour la mise en valeur du fleuve Sénégal – Guinée, Sénégal, Mali et Mauritanie –, l’OMVS a rega­gné la confiance des États et des bailleurs de fonds. En décembre 2015, le Réseau internatio­nal des organismes de bassin (RIOB), qui publie le « quotient de la coopération en ressources en eau transfrontalière », a classé l’OMVS premier des organismes de bassin du monde.

Les différents projets et programmes en cours de réalisation ou en voie de mobilisation de financement couplés aux réalisations déjà en place placent l’OMVS parmi les priorités des quatre pays membres. À l’international, l’expé­rience de l’Organisation est citée en exemple. « Après avoir complété nos documents d’orienta­tion stratégique avec la participation concertée de tous nos États, nous sommes dans une forte dyna­mique pour réhabiliter nos ouvrages de première génération ; construire de nouveaux barrages avec des lignes d’interconnexion, rendre le fleuve navi­gable sur 900 km en donnant au Mali un accès international sur la mer », explique Kabinet Komara sur les progrès de l’organisation.

En matière d’énergie, la première pierre du troisième barrage (Gouina 140 MW) de l’OMVS, d’un coût de 450 millions de dollars, a été posée le 17 décembre 2013 au Mali. Tandis que l’ouvrage hydroélectrique de près de 300 MW sur le site de Koukoutamba en Guinée devrait être lancé en 2017. De plus, Komara indique que l’OMVS a mobilisé au profit des populations des quatre pays membres un vaste programme de gestion intégrée des ressources en eau d’un coût de 240 millions $, couvrant l’agriculture, la pêche, la santé, l’écologie et les actions de prévention et d’adaptation aux changements climatiques. « Nous sommes aussi très avancés pour la création d’un Observatoire de l’eau et de l’environnement des massifs du Foutah Djallon (Guinée) d’où partent la plupart des grands cours d’eau de l’Afrique de l’Ouest », souligne le Haut-Commissaire.

Un orphelin brillant

Le passé de Kabinet Komara peut fournir des explications sur son succès à la tête de l’OMVS. Né en 1950 d’une famille modeste à Kankan, deuxième ville de Guinée, il est orphelin de père à seulement six ans. Son père Mamadi était un négociant de produits agricoles. Sa mère, Mariama Kaba, s’occupait de la famille et devait multiplier ses petites activités commerciales pour subvenir à ses besoins. « Mon enfance a été marquée par une éducation qui imposait le dépassement de soi dans l’humilité et l’intégrité à toute épreuve. Par exemple, j’ai eu l’occasion d’apprendre beaucoup des pratiques de maraîchage, de la couture, de la boulangerie, de la mécanique… Et ceci, au gré des métiers des différents tuteurs qui m’ont fait partager leur façon de vivre », se souvient Kabinet Komara.

« La remise en question constante et désin­téressée au service des autres a fini par forger en moi le besoin de chercher à ne jamais être pris en défaut… Ce sont tous ces facteurs qui m’ont permis, durant mon parcours scolaire, de me clas­ser en tête de ma classe, de ma région, voire du pays, pour les principaux examens nationaux ! » À l’université, il est de la toute première promo­tion de l’option gestion et comptabilité de l’École supérieure d’administration de Guinée. « Un grand privilège. » C’est là qu’il décroche sa maîtrise en 1973 avec la mention «Excellent».

Le début d’une riche carrière

Une fois achevé son brillant cursus univer­sitaire, la carrière professionnelle de Komara commence au service d’audit de l’État à la Banque centrale de Guinée. Deux ans après, il fait ses preuves dans les grandes sociétés minières du pays. D’abord à la multinationale Friguia, à l’époque filiale du groupe industriel Pechiney. Recruté alors qu’il n’avait que 25 ans, il va y diriger pendant dix ans la division Corporate Affairs, dotée d’un budget annuel de près de 300 millions $. « L’entreprise comp­tait un effectif d’environ 1 600 travailleurs dont près de 200 expatriés français. » Muni de ce capital d’expérience, Komara entre dans un contexte nord-américain au sein de la CBG (Compagnie des bauxites de Guinée), filiale du consortium nord-américain Alcoa.

De la CBG, Komara revient à l’adminis­tration publique. De 1987 à 1995, il est engagé à la tête la Direction nationale des investisse­ments publics nouvellement créée en Guinée. Il devient ensuite conseiller économique principal du ministre des Finances, puis de celui du Plan et des finances. Il est aussi suppléant de l’administrateur pour la Guinée à la BAD. « J’ai eu un intermède d’un an, où j’ai été muté au Comité transitoire de redressement national (CTRN), organe chargé d’élaborer, en lieu et place de l’Assemblée nationale, les lois organiques et de jeter les bases du pluralisme politique en Guinée».

Un intermède politique unique

En 1995, Kabinet Komara quitte la Guinée pour Le Caire où il va travailler 14 ans à l’Afreximbank (Banque africaine d’import-export) en qualité de directeur senior. « Les postes successifs que j’ai occupés à ces occasions m’ont permis d’affiner et d’ajuster mes outils pour faire face aux nouveaux défis. »

Le natif de Kankan est nommé Premier ministre par le chef de la junte qui a pris le pouvoir à la suite de la disparition de Conté en décembre 2008. « Ce fut une expérience unique pour moi. L’avènement des militaires avait été accueilli avec un enthousiasme quasi unanime, car la population guinéenne nourrissait l’espoir que la longue déliquescence qui avait caractérisé les dernières années du règne du Président malade Lansana Conté allait être suivie d’une reprise vigoureuse et rigoureuse de l’appareil administra­tif et gouvernemental. Ce qui devait restaurer les valeurs vertueuses d’une République avant l’orga­nisation d’élections démocratiques et impartiales. »

De cette « expérience unique », il tire un juge­ment lucide : « Le début fut marqué par une impla­cable et salutaire lutte contre les narcotrafiquants qui avaient pris en otage les appareils décisionnels du pays (police, armée, administration centrale, etc..). De même, des audits engagés avaient mis à nu des scandales d’une ampleur insoupçonnée dans quasiment tous les secteurs. Malheureusement, en cours de route, la junte commença à dévier du chemin qui lui aurait permis d’entrer héroïque­ment dans l’histoire du pays. »

Kabinet Komara considère avoir fait preuve d’un grand esprit de sacrifice et d’ab­négation pour maintenir le dialogue avec la communauté internationale, fort sensible à la situation du pays afin de permettre au pays de rebondir. Ce fut au risque de beau­coup de périls. « Dans ce chemin de croix, j’ai dû être témoin du fort regrettable événement du 28 septembre 2009 au stade de Conakry, quand un rassemblement pacifique de l’opposition fut endeuillé par la perte de près de 150 Guinéens venus tout simplement réclamer la tenue d’élec­tions démocratiques».

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