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African Business

Isabelle Bébéar de Bpifrance parle

Isabelle Bébéar détaille les missions en Afrique de la banque publique d’investissements, Bpifrance. Laquelle accompagne les entrepreneurs aussi bien dans leur recherche de financement que de partenaires.

Propos recueillis par Guillaume Weill-Raynal

Avec quelles idées partez-vous à la conquête de l’Afrique ?

Les entreprises françaises doivent se développer en Afrique, davantage qu’elles ne le font aujourd’hui. Le continent doit faire partie intégrante de leur stratégie de développement à l’international. Pas seulement en y exportant, mais aussi en s’y installant, pour pouvoir s’y développer mieux et autrement.

C’est dans ce but que nous avons mis en place de nombreux outils de financement et d’accompagnement pour aider le développement à l’international et l’exportation. En particulier, en 2015, nous avons créé un nouveau produit, le crédit-export. C’est un outil financier qui, sans être exclusivement dédié aux marchés africains, leur est néanmoins bien adapté puisqu’ils en constituent 50% du deal flow.

Il nous permet de prêter de l’argent à une entreprise africaine qui achète du matériel ou des services français. Nous disposons également de toute une palette d’outils financiers extrêmement importants grâce, notamment, à l’arrivée dans notre groupe de Bpifrance Assurance Export ; ces outils nous permettront d’assurer d’autres investissements en Afrique.

Par rapport aux nombreux outils qui existent déjà, quel est l’avantage comparatif que vous offrez ? Quel est le modèle de Bpifrance en direction de l’Afrique ?

Nous avons créé le crédit-export chez Bpifrance parce que, contrairement à leurs concurrents étrangers, les PME et ETI françaises avaient des difficultés pour proposer une solution de financement à leurs clients, en accompagnement de leur offre de produit ou de service.

C’est déjà une particularité, puisqu’il nous permet d’accorder un crédit à partir de 1 million d’euros, et que nous pouvons aller jusqu’à 75 millions d’euros. De plus, nous nous distinguons également par notre offre d’accompagnement. Par exemple, nous organisons des road shows en Afrique avec nos clients, en partenariat avec Business France, pour leur faire rencontrer des entreprises africaines avec lesquelles ils pourraient travailler.

Nous leur faisons découvrir le pays et nous les mettons en relation avec des décideurs africains afin de démystifier un peu ce continent, et de leur donner accès à un réseau qui leur permet, une fois qu’ils sont sur place, de ne pas faire d’erreur et de développer leur affaire sereinement. Ainsi, nous avons organisé, en 2016, une mission avec nos accélérateurs de PME et ETI à Abidjan et à Johannesburg.

Nous nous sommes aussi appuyés sur les réseaux propres de Bpifrance que nous nous sommes constitués avec les fonds d’investissement africains, tels qu’AfricInvest, Adenia ou Metier, qui ont été mis à contribution dans le cadre de cette mission pour faire rencontrer à nos clients les entreprises dans lesquelles eux-mêmes ont investi. Ce réseau nous permet d’ouvrir des portes à nos clients et de leur faire rencontrer de belles entreprises africaines.

C’est ce qui fait votre spécificité ?

Oui, nous avons cette capacité à ouvrir un précieux réseau de partenaires, en complément de l’apport de solutions de financement adaptées. Comme partout dans le monde – mais c’est encore plus vrai en Afrique –, on ne peut pas se développer sans s’appuyer sur des partenaires fi ables. Une réalité qui fait souvent peur aux chefs d’entreprise quand on leur parle d’Afrique. Ils en connaissent le potentiel, mais ont peur d’aller à l’aventure…

Et ces partenaires, qui sont-ils ?

Ce sont ces fonds d’investissement. Nous avons une activité d’investissement en fonds de fonds, qui consiste à investir dans des fonds d’investissement qui eux-mêmes investissent dans les entreprises. Nous disposons, pour ce faire, d’un véhicule, Averroès Finance, qui investit en Afrique, en partenariat avec Proparco. C’est un premier réseau que nous pouvons mettre à disposition de nos chefs d’entreprise : les fonds dans lesquels nous avons investi les connectent avec d’autres belles entreprises de croissance.

Nous avons aussi des partenariats divers avec des institu­tions financières dans le cadre d’une petite activité de conseil : nous aidons des institutions financières du même type que Bpifrance à se structurer et à créer des nouveaux produits. Nous aidons aussi et nous conseillons des gouvernements africains qui voudraient créer des institutions financières du même type que la nôtre. Cinq nouveaux contrats ont été signés en 2016, en Afrique du Sud, Algérie, Côte d’Ivoire, au Gabon et en Libye.

Vous transposez donc le modèle de Bpifrance dans ces pays ?

Nous adaptons notre modèle à la situation locale. Souvent, les pays n’ont pas de structures adéquates ou suffisantes. Nous commen­çons par les aider à créer un fonds de garantie, et ensuite, à créer d’autres outils de financement, en bas de bilan et en fonds propres. Le travail se déroule pas à pas.

Le plus important est que, dans tous les pays d’Afrique où nous avons travaillé, nous avons des partenaires que nous connaissons bien et vers lesquels nous pouvons orienter des entreprises françaises. Parfois, nos clients viennent rencontrer un partenaire qui va les conseiller, les aider à se connecter, leur recommander un autre partenaire, ou le leur déconseiller…

Dans votre approche du continent, prenez-vous en compte l’écosystème des pays que vous allez aborder? Effec­tuez-vous une analyse des faiblesses ou des potentialités de ces pays ?

Oui bien sûr, mais il faut être conscient que l’Afrique compte 54 pays différents. De la même façon, on ne fait pas du business de la même manière en France, en Suède, ou en Angleterre… Les niveaux de développement et le climat des affaires sont différents d’un pays à l’autre. Il est avant tout très important que les chefs d’entreprise puissent aller voir sur place. Il faut sentir le pays, rencontrer des gens, se bâtir un réseau, trouver le bon partenaire. Et ne pas s’en tenir à ce qu’on lit ou à ce qu’on entend…

Mais ce rôle n’est-il pas celui des relations entre patronats ?

Mais bien sûr ! Et d’ailleurs, le Medef International y travaille, et très bien ! Lorsque nous finançons une entreprise, nous sommes capables de lui ouvrir des réseaux et nous ne l’empêchons pas du tout d’aller dans des missions organisées par le Medef. Nos missions sont très complémentaires.

Avez-vous des ambitions particulières vis-à-vis des PME, dont on connaît les difficultés de financement ?

En Afrique, ce sont plutôt des TPE. C’est vrai qu’il y a très peu de PME dans certains pays d’Afrique, parce que les conditions ne sont pas réunies. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de nos missions d’expertise, nous conseillons le plus souvent aux pays africains de commencer par créer des fonds de garantie qui auront un effet de levier sur le financement bancaire, pour essayer d’entraîner les banques africaines sur le créneau du financement des TPE et des PME.

Tout dépend des pays. Au Maroc, ces outils existent depuis longtemps. En Afrique du Sud et en Tunisie, aussi. Les pays sont à des niveaux de sophistication assez variés. Aider l’Afrique à développer des outils de financement et d’accompagnement pour ses PME, c’est aussi soutenir des entreprises africaines qui deviendront des partenaires, clients ou fournisseurs, fiables pour les entreprises françaises.

Avez-vous déjà commencé à explorer l’Afrique anglophone ? On y trouve un dynamisme, une agilité, une flexibilité qu’on ne rencontre pas ailleurs…

Les fonds africains dans lesquels nous investissons sont présents en zone anglophone. Metier est un fonds d’inves­tissement sud-africain.

AfricInvest est présent aussi bien en Afrique anglo­phone – Kenya, Nigeria – qu’en Afrique francophone, tout comme Adenia qui est présent en Afrique de l’Ouest, au Ghana et en Afrique de l’Est, ce qui nous permet d’avoir de belles entreprises anglophones dans le réseau dont nous disposons.

La dernière mission dans laquelle nous avons emmené les chefs d’entreprise s’est déroulée en Afrique du Sud. Certes, il est plus facile pour un entrepreneur français d’aller en Afrique francophone, mais nous les encourageons aussi à s’intéresser à l’Afrique anglophone.

Quel est votre poids en Afrique, en termes de flux financiers ?

Notre rapport à l’Afrique se veut dans une relation pleinement « gagnant-gagnant ». Nous encourageons les entreprises françaises à y exporter, mais aussi à s’y installer pour s’y développer, aussi bien au bénéfice de l’économie française que de l’économie africaine. Les fonds africains dans lesquels nous investissons irriguent eux-mêmes l’économie africaine.

Nous pouvons ainsi financer les entre- prises africaines, soit par le crédit-export, soit via les fonds dans lesquels nous investissons. Le dernier véhicule que nous gérons, en partenariat avec Proparco, pour l’Afrique, Averroès Finance III, est de 75 millions d’euros. Nous sommes encore en levée de fonds, puisque nous visons un objectif de 100 millions.

Ce montant peut sembler modeste, mais nous misons sur un effet de levier : quand nous investissons 10 millions dans un fonds, nous entraînons aussi d’autres investisseurs à y participer, et l’opération nous permet, au bout du compte, de soutenir des fonds qui représentent 200 ou 300 millions d’euros et qui investiront chacun dans une dizaine d’entreprises. Avec Averroès Finance III, nous prévoyons de soutenir ainsi une centaine de PME africaines. À quoi s’ajoutent nos prestations de conseil pour des institutions financières.

Quelle est la taille de l’équipe et de quels profils est-elle composée?

Nous ne sommes pas organisés par zone géographique, mais le nombre de personnes travaillant sur le continent africain approche la quinzaine. Une cinquantaine de chargés d’affaires import-export installés en France complètent le dispositif. Plus généralement, toutes les équipes de Bpifrance sont mobilisées sur la question centrale de l’export des entreprises.

Et quel est l’intérêt que vous portez aux start-up ?

Il est vrai que jusqu’à présent, nous avons plutôt orienté notre action vers les « belles PME » africaines. Mais nous avons récemment organisé, en partenariat avec l’AFD, le concours de start-up Digital Africa qui va couronner dix lauréats : cinq jeunes pousses françaises qui se développent en Afrique, ainsi que cinq africaines. Elles travaillent toutes dans le secteur du digital : énergie, fintech, agriculture et santé. Les prix ont été remis lors du Sommet Afrique- France à Bamako. Il y aura un road show à Abidjan et au Cap, ainsi qu’une formation dans le cadre du programme de Bpifrance Université.

Quel est votre regard sur l’univers bancaire et financier ? Comment se passe l’interaction avec les différents acteurs africains que vous faites intervenir à vos côtés ?

Là encore, notre intervention est indirecte, via les fonds africains dans lesquels nous investissons, et dont certains investissent dans le secteur de la banque ou de l’assurance. C’est un secteur en pleine mutation, dont le développement est toujours assez inégal selon les différents pays africains.

Des groupes bancaires régionaux et panafricains se développent, mais globalement, il est vrai que dans beaucoup de pays, les entreprises, les PME ont du mal à emprunter et quand elles peuvent emprunter, l’argent est cher. D’où l’intérêt, d’ailleurs, que les entreprises africaines portent à notre crédit-export, parce que nous sommes capables de leur faire des propositions attractives.

Quelle est votre ambition dans cette stratégie africaine ? Et qu’est-ce qui explique cette ouverture ?

Nous développons nos actions en Afrique depuis longtemps. Les ancêtres de Bpifrance le faisaient déjà, en particulier en Afrique du Nord. Ce sont des actions qui se construisent sur le long terme et qui se sont intensifiées avec Bpifrance. Cette stratégie s’explique tout simplement, parce que l’Afrique représente un marché à fort potentiel. C’est un marché proche de la France où, même quand il est loin, il est sur le même fuseau horaire.

On y parle français ou anglais : ça simplifie quand même les choses pour un chef d’entreprise français. Dans certains pays, il y a une proximité culturelle, peut-être relative, mais réelle. C’est donc un marché naturel pour une entreprise française. Quant à nos objectifs, ils sont d’aider le développement d’entreprises françaises en Afrique en travaillant main dans la main avec les Africains dans une relation gagnant-gagnant. C’est comme ça qu’il faut que nous soyons perçus, que les entreprises françaises soient vues.

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Written by African Banker

C'est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

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