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African Banker

Ibrahima Diouf, directeur général de EBI

EBI SA (groupe Ecobank) veut s’imposer comme l’acteur de référence de «l’afrocapitalisme» bancaire et financier. Entretien avec Ibrahima Diouf, administrateur-directeur général au parcours international. 

Paris, Marie-France Réveillard

Ibrahima Diouf, administrateur-directeur général d’EBI SA, la filiale internationale de Ecobank, dont le siège est basé dans le quartier des affaires de Paris, a suivi une carrière internationale qui l’a mené dans plusieurs grands centres financiers. Né au Sénégal où il grandit jusqu’à l’obtention de son baccalauréat, il poursuit ses études supérieures à l’étranger. En 1985, il obtient un master en Business Management à l’École de commerce de Paris puis un MBA à l’université de Dallas, en 1988. « Je travaille dans le secteur bancaire depuis 28 ans ! », sourit-il. Il entame sa carrière au sein de la Bicis, filiale sénégalaise de BNP-Paribas. « J’ai commencé comme directeur des opérations pendant la période des premiers distributeurs automatiques en Afrique. Puis, j’ai été appelé à occuper le poste de numéro 2 dans la filiale de Gambie où j’ai vécu pendant quatre ans avant de rejoindre la Compagnie bancaire de l’Afrique de l’Ouest (CBAO) ».

En 2000, il intègre la Citibank au Sénégal, comme directeur des grandes entreprises. En 2004, il est retenu dans le premier programme d’expatriation de cadres africains : « Je me suis installé à Londres où j’ai fait mes premiers pas dans l’audit. » En 2007, il est débauché par la Barclays et accepte un poste de direc­teur à Dubaï. Mais l’Afrique l’appelle. « Après quelques années, j’avais une position confortable mais j’avais déjà passé une grande partie de ma carrière hors d’Afrique et j’avais envie d’y retourner pour participer au développement du continent », précise-t-il. « Il y a deux façons de rentrer : faire de la politique ou répondre à des besoins techniques. J’ai choisi la deuxième option ! En 2011, j’ai donc répondu à l’appel de Ecobank et je suis devenu membre du comité exécutif en charge de l’audit interne du groupe. » Depuis Lomé, Ibrahima Diouf supervise et contrôle l’activité d’audit dans les 36 filiales de Ecobank jusqu’à septembre 2016, date à laquelle il est nommé à la tête de EBI SA. « J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie : je suis né en Afrique, j’ai étudié en Europe puis en Amérique et j’ai même travaillé au Moyen- Orient. La fonction que j’occupe aujourd’hui, à 56 ans, dans un environnement multiculturel, s’inscrit dans la logique d’un parcours de vie», conclut-il.

Des ambitions internationales

Depuis le début des années 2000, avec la montée en puissance des groupes panafricains, la domination des banques étrangères en Afrique a été graduellement remise en cause. Cet essor a accompagné l’accélération des flux d’investissements et des échanges intra-afri­cains, ce qui fait dire à Ibrahima Diouf qu’« il est temps pour les banques panafricaines de faire leur entrée sur la scène internationale ». De fait, aujourd’hui, l’Afrique est la seconde région la plus dynamique en termes de capi­tal-investissement et les investissements ont augmenté de 31,9 % en 2016, à 94,1 milliards $.

La filiale de Ecobank à l’international, créée en 2008, est devenue une référence dans le financement du commerce international et dans la gestion des flux financiers entre l’Afrique et le reste du monde. Aujourd’hui, les activités d’EBI SA se répartissent entre le corporate banking et l’activité de crédit d’une part, le trade finance et le cash-management d’autre part, et enfin l’activité de trésorerie et de gestion actif-passif. « Notre clientèle est composée d’entreprises, de multinatio­nales, de PME, de banques, d’institutions financières ou encore d’organisations internationales », note Ibrahima Diouf.

EBI SA compte cent salariés à l’inter­national : 80 à Paris, dix à Londres – où est centralisée la gestion des multina­tionales – et quatre à Dubaï et en Chine qui travaillent respectivement avec les institutions financières et les entrepreneurs. Pour l’année 2016, EBI affiche un bilan de 455 millions $. « Nous voulons atteindre une croissance maîtrisée dans des domaines très précis : le commerce, le cash-management et la trésorerie. Ces objectifs se justifient notamment par la croissance des besoins de nos partenaires africains. »

Un groupe « afrocapitaliste »

Ibrahima Diouf considère la banque comme le facteur-clé du développement : « L’afroca­pitalisme a grandi en parallèle car certains d’entre nous s’interrogeaient : « Pourquoi pas nous ? » Ecobank est le fruit de cette époque. Bien sûr, depuis 1985 notre structure a évolué, mais notre ADN reste axé sur le développement économique et financier de l’Afrique. »

La capitale française a été choisie pour accueillir le siège de EBI car « le facteur de la francophonie a été déterminant, sans compter que Paris permet d’opérer avec tous les pays de l’Union européenne qui investissent sur le continent », précise Ibrahima Diouf. Le 12 juillet 2017, EBI SA a d’ailleurs signé le Trade Finance Guarantee Program avec Proparco, la filiale de l’AFD (Agence française de développe­ment), pourvue de 50 millions $ de crédits documentaires pour ses filiales au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Mali.

Parallèlement, EBI veut intégrer le club très fermé des principaux correspondants bancaires de l’Afrique vers l’Europe : « Jusqu’à présent, les banques africaines devaient se tour­ner vers de grandes banques internationales, souligne Ibrahima Diouf. Le choix est désormais permis ». Grâce à ses expertises-métiers, à sa connaissance du continent et de ses différents marchés, Ecobank cherche à s’imposer comme la référence des banques africaines à l’interna­tional. « Nous participons au financement de grands projets avec des banques locales, tout en partageant les risques. Parallèlement, nous souhaitons connecter la diaspora à l’Afrique et passer de l’investissement social à l’investisse­ment d’entreprise. Nous sommes à l’étranger pour faciliter la connexion du continent au reste du monde car nous vivons tous dans un village planétaire », ajoute-t-il. En 2014, les transferts de fonds des migrants représentaient 2,3 % du PIB de l’Afrique subsaharienne…

Pour Ibrahima Diouf, l’important est d’ac­compagner de vastes réformes structurelles. Ainsi, EBI a peu à peu développé une forte activité sur le marché des changes. En 2016, le coefficient d’exploitation a atteint 56,2 % (+2 points en un an) pour des fonds propres de 75 millions d’euros. Pour consolider ses acquis, EBI peut s’appuyer sur son guichet unique pour toutes les opérations de change sur les marchés, mais aussi sur les produits de couverture et la distribution d’actifs africains pour les filiales du groupe et pour ses clients ciblés.

Bien d’autres activités sont à développer

De plus, EBI veut développer ses activités de trade finance tandis que le métier de banque d’entreprise reste encore timide, malgré un potentiel de croissance considérable. Pour l’heure, les facteurs de risque (fluctuations des cours des matières premières, dépendance aux marchés occidentaux et menace terroriste) freinent son essor.

Enfin, la digitalisation représente un autre défi qu’Ibrahima Diouf appréhende avec humour : « Ma fille ne sait même pas ce qu’est une signature ! Les temps changent et l’Afrique ne peut pas se permettre de rater le virage numé­rique. » À la question des nouveaux acteurs du marché financier, nés avec le m-banking, il répond : « Si vous voulez acheter un téléphone, vous n’allez pas à la banque ? L’inverse est vrai aussi ! » Ibrahima Diouf ne craint pas la concurrence des opérateurs de téléphonie mobile, précisant que Ecobank s’est lancé dans l’Internet banking depuis quelques années : « Il ne s’agit pas simplement de dématérialiser les comptes bancaires des particuliers, mais aussi de digitaliser l’économie. Nous avons beaucoup investi et nous sommes très actifs en la matière. »

À l’heure des grands projets de dématéria­lisation à l’échelle du continent, le directeur général conclut : « Ecobank compte 11 millions de clients et nous ambitionnons les 100 millions dans la décennie. Nous n’y parviendrons pas en ouvrant des centaines d’agences bancaires ! L’ère numérique est une réalité tout comme l’intégration des technologies est devenue une nécessité…».

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