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Société

Hervé Bourges : L’amoureux de l’Afrique

Figure historique de l’audiovisuel français, Hervé Bourges a consacré de nombreuses années de sa vie au continent africain. Il publie aujourd’hui son Dictionnaire amoureux de l’Afrique.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche*

Vous avez écrit de nombreux livres sur l’Afrique. Quel a été l’élément déterminant dans la décision d’écrire ce Dictionnaire amoureux ?

Une demande de l’éditeur, tout simplement… Plon a créé une belle collection de Dictionnaires amoureux de… Cette demande m’a été faite au début de l’année 2015, et bien sûr, j’ai accepté, en essayant de respecter l’esprit de cette collection. Ce n’est pas une histoire de l’Afrique ni une oeuvre scientifique, c’est une approche personnelle de l’Afrique. Plon savait que j’ai des liens étroits avec l’Afrique. C’est une de mes nombreuses vies : j’ai une vie professionnelle dans les médias… et j’ai l’Afrique que je connais et que je pratique depuis longtemps. J’ai rédigé ce livre pendant un an, cinq à six heures par jour, à la main ! Je n’ai pas d’ordinateur.

J’ai essayé à la fois d’être très présent dans les récits que j’ai pu faire des hommes, des situations et des pays tout en faisant oeuvre de pédagogie : j’ai voulu expliquer ce continent à ceux qui le connaissent mal. Et à ceux qui le connaissent bien, donner mon point de vue sur certains pays ou certains hommes. Bien entendu, j’en ai oublié quelques-uns. Il y a des choix à faire, qui relèvent forcément d’une certaine subjectivité.

Vous auriez pu l’intituler Mon Afrique à moi !

Oui ! Mais j’ai aussi voulu donner aussi l’image d’une Afrique qui permet d’expliquer certaines situations. Par exemple, vous trouverez dans ce livre une entrée « Guerres », qui compte une cinquantaine de pages : les guerres coloniales, les guerres d’indépendance, les guerres religieuses, asymétriques, franco-africaines, etc. Au lieu d’en parler pour chaque pays, j’ai essayé d’en rendre compte au travers de cette ouverture. C’est en ce sens que ma démarche est pédagogique. J’écris à la fois comme journaliste et comme écrivain. Il s’agit de mon seizième livre, vous savez…

Et lorsqu’on écrit, quelle est l’exigence ?

C’est d’abord la précision. Être le plus clair et le plus précis possible. En ce sens, je suis journaliste, c’est-à-dire que j’essaie de faire comprendre et pas seulement d’écrire pour me faire plaisir. Oui, c’est une question de pédagogie.

Pourtant, certains éléments ne viennent que de vous, dans ce témoignage…

Bien sûr ! Là, je quitte le journalisme pour l’écriture. Je raconte des histoires très personnelles avec Ben Bella, avec Aït Ahmed, etc. Avec Chirac et Mitterrand, aussi, dans les voyages que j’ai pu faire avec eux.

Qu’est-ce qui explique chez vous cette culture de l’entre-deux ?

Tout simplement mon parcours personnel. J’ai découvert l’Afrique à travers l’Algérie lors de mon service militaire, et lors des années que j’y ai passées après l’indépendance. Par la suite, j’ai découvert ce qu’on appelait alors l’Afrique noire, que je ne connaissais pas, et je me suis attaché à ce continent. Et quand je regarde ma vie, je vois que j’ai passé une quinzaine d’années, en permanence, en Algérie, au Cameroun, au Sénégal, sans compter tous les autres voyages que j’ai pu entreprendre. Les obsèques de Senghor marquaient mon 75e voyage à Dakar…

Considérez-vous votre regard comme celui d’un « blanc » sur l’Afrique ?

Non… Je ne suis pas noir, ça c’est sûr. Mais c’est un regard personnel de quelqu’un qui s’est impliqué dans l’histoire personnelle de l’Afrique, sans m’être mêlé de son évolution, tout en y participant, dans une certaine mesure. Ma démarche est différente de celle des historiens, des sociologues où même des journalistes, car j’ai passé une partie de ma vie dans ces différents pays dont j’ai appris à connaître les hommes, les femmes, et les enfants qui y vivent.

D’ailleurs, peut-on réellement connaître l’Afrique dans ses ressorts profonds ?

Je n’en sais rien… Je sais simplement que j’ai compris l’Afrique à ma manière et que j’en rends compte également à ma manière. Alors bien évidemment, je décris de façon plus approfondie certains lieux, certaines situations, certaines personnes, parce que je les ai côtoyées.

Votre parcours professionnel riche et varié vous a mis au coeur de la Françafrique, aux côtés de François Mitterrand, un homme gigantesque qui, même s’il voulait la rénover, se trouvait lui-même, et semble-t-il avec un certain plaisir, au coeur de cette Françafrique…

Ce mot de Françafrique est aujourd’hui dénaturé. C’est devenu un mot péjoratif. La Françafrique a existé et elle existe d’ailleurs encore aujourd’hui. C’est une réalité qui désigne les liens coloniaux qui se sont perpétués au-delà des indépendances africaines, mais qui s’estompent petit à petit. On le voit bien aujourd’hui. Je ne pouvais pas parler de Françafrique avec Mitterrand, car il avait une image de l’Afrique qui allait bien au-delà de ce qu’il y a fait, notamment à l’époque où il était ministre de la France d’Outre-mer ou lorsqu’il était ministre de la Justice à l’époque de la guerre d’Algérie. Il avait une vision de l’Afrique. Je fais d’ailleurs mienne cette phrase qu’il a prononcée : « Il n’y a pas d’avenir de la France et de l’Europe sans l’Afrique au xxie siècle ». Compte tenu des liens qui ont été ceux de la France et de l’Afrique, il est impossible de ne pas en tenir compte pour l’avenir.

  • Safwene Grira

    Interview intéressante qui donne vraiment envie de se procurer ce dictionnaire amoureux.

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