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Politique

GRANDE INTERVIEW : Robert Bourgi, l’Afrique, la France, la Françafrique et moi

Oui, mais concernant Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy…

En septembre 2011, j’ai dit que Jacques Chirac, Villepin et tant d’autres avaient reçu et perçu des enveloppes.

Vous avez aussi cité Jean-Marie Le Pen…

 Oui, Jean-Marie Le Pen. C’est le seul qui m’a fait un procès en diffamation, il a gagné. Mais dernièrement il y a deux mois, le TGI de Versailles a condamné Jean-Marie Le Pen pour avoir perçu des émoluments de la part de chefs d’Etat africains, alors que moi j’avais perdu contre lui…

Vous avez accusé Chirac, Dominique de Villepin, Jean-Marie Le Pen… d’avoir pris indûment l’argent des Africains. Peut-on légitimement dire que ces personnalités françaises étaient  des hommes politiques aux mains financières sales ?

A partir du moment où vous percevez de l’argent de manière illégale, irrégulière, c’est de l’argent sale, que vous soyez gouvernant français ou gouvernant africain.

« J’aime Nicolas Sarkozy », dites-vous. Ce président est aussi à l’origine de la chute du président libyen Mouammar Kadhafi et par effet boule de neige de son assassinat. Acceptez-vous cela, vous qui avez l’âme africaine ?

Je vais répondre très franchement à cette question. J’ai dit personnellement à Nicolas Sarkozy, vis-à-vis, que je suis contre le fait qu’il s’en prenne à Mouammar Kadhafi, à l’époque où Bernard Henri-Levy faisait le siège de Nicolas Sarkozy pour abattre le régime de Kadhafi et l’abattre lui-même. Je me suis toujours opposé à cette action contre la Libye. Et d’ailleurs, le président de l’Union africaine (UA) à l’époque, Jean Ping, était contre. Et d’autres chefs d’Etat africains avaient dit à Sarkozy qu’ils étaient contre. Bien qu’il ait eu le mandat de l’ONU, aidé par les Etats-Unis, par la Grande-Bretagne, je pense que cette action contre Kadhafi est à porter au déficit de Nicolas Sarkozy ; parce que regardez le résultat aujourd’hui ! Toutes les armes de AQMI et des terroristes proviennent de l’arsenal militaire de Kadhafi.

Je le dis avec prudence, on dit que lorsque Kadhafi fuyait dans le désert avec quelques pick-up et une cinquantaine d’hommes, ce serait les Français qui auraient indiqué aux rebelles libyens le lieu où il se cachait. C’est ce que j’ai lu.

Malgré ça, cela ne vous a pas empêché de soutenir Nicolas Sarkozy pour la présidentielle française…

L’un n’empêche pas l’autre ! Qui allais-je soutenir ? Je soutiens le candidat que je crois le plus apte à gouverner mon pays. Je pensais, et je pense encore aujourd’hui que c’est Nicolas Sarkozy. Il a accepté la primaire, mal lui en pris, il n’aurait jamais dû accepter la primaire ouverte. Il aurait dû exiger la primaire fermée, réservée aux seuls militants républicains. On s’est rendu compte que pour la primaire ouverte qui a réuni 4,8 millions électeurs, plus de la moitié était composée des électeurs de gauche qui avait pour mission de faire battre Sarkozy. Mais l’histoire ne se refait pas ! Il le regrette amèrement aujourd’hui de l’avoir acceptée ! Je lui en parle chaque fois. Je lui dis « c’est de ta faute ».      

La visite en novembre 2017 de Emmanuel Macron, débutée à Ouagadougou, vous pousse à plusieurs constats où vous affirmez notamment que, globalement, il a raté sa visite en Afrique, car « il me donne l’impression qu’il ignore tout de la société africaine».

J’ai dit qu’il a été mal inspiré de s’adresser au président Roch Kaboré comme il l’a fait. J’ai considéré cela comme l’humiliation d’un président devant ses concitoyens. Ça ne se fait pas. Je ne pense pas que sa connaissance de l’Afrique soit aujourd’hui bien établie et reconnue. Il a eu tort de vouloir, avec les schémas occidentaux, s’immiscer dans le sociétal africain.

Je vais répondre très franchement à cette question. J’ai dit personnellement à Nicolas Sarkozy, vis-à-vis, que je suis contre le fait qu’il s’en prenne à Mouammar Kadhafi, à l’époque où Bernard Henri-Levy faisait le siège de Nicolas Sarkozy pour abattre le régime de Kadhafi et l’abattre lui-même. Je me suis toujours opposé à cette action contre la Libye.

Quand il a dit par exemple, parlant des femmes, qu’elles devraient avoir deux enfants (…) Ce n’était pas à l’homme blanc de s’en mêler. Que Robert Bourgi puisse en parler, je me sens Africain, et je suis Africain, je suis apte à en parler, mais pas Macron qui veut parler de choses qui ont un côté sacré, qui remontent à des siècles et des siècles ! C’est dans le sociétal traditionnel africain.  Ceci dit, je ne regrette pas d’avoir voté pour lui aux deux tours de la présidentielle. Je trouve que le président Macron a donné un coup de neuf à la vie politique française. Finalement, c’est une bonne chose qu’il ait été élu. Il a ringardisé pratiquement toute la classe politique française à commencer par celle de droite, ma famille politique.

« Les populations africaines demandent au président Emmanuel Macron de les libérer du joug des despotes », vous en arrivez à dire cela vous ? Vous l’homme de l’ombre et vous le panafricaniste ? Avec cette prise de position, on peut aisément dire avec vous adieu souveraineté africaine, adieu intégrité territoriale, adieu l’Afrique des Africains. Vive la Françafrique !!!

Ce que j’ai voulu dire (peut-être ai-je été mal compris), c’est que j’attendais beaucoup du président Macron. Tous les opposants de tous les pays africains attendaient beaucoup du président Macron. Un homme jeune qui avait dit qu’il espérait que la France fermerait la porte aux dictateurs africains. J’ai dit que le président Macron m’avait déçu, parce que contrairement aux attentes placées en lui, voilà que de nouveau, on voyait les dictateurs qui règnent sur leurs pays depuis des décennies, franchir le perron de l’Elysée et les accolades qui continuent et tout le reste, voilà pourquoi il nous a déçu. Qui d’autre que la France pouvait jouer ce rôle de fermeture des portes et de délégitimation de ces potentats ? Les Africains attendaient beaucoup du président Macron, ils ont été déçus…

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