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Politique

GRANDE INTERVIEW : Robert Bourgi, l’Afrique, la France, la Françafrique et moi

A combien évaluez-vous ces montants qui étaient dans ces valises ?

Plus de 20 millions de dollars.       

Vous appeliez le président gabonais Omar Bongo « papa », le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny vous appelait « mon petit », étiez-vous leur groupie ?

Ce que j’admirais, c’est l’envergure politique et intellectuelle de ces deux hommes. J’ai été tellement fier, heureux, honoré d’avoir vu quelquefois le président Houphouët-Boigny, d’avoir déjeuné chez lui, de l’avoir écouté disserter, converser, c’était prodigieux. Ensuite pendant 30 ans, j’ai été aux côtés de Omar Bongo. Nous sommes en Afrique, les années faisant et petit à petit de « Monsieur le président », c’est devenu « président », et ensuite il m’a dit « fiston, tu m’appelles papa et c’est tout ». Mais n’oubliez jamais que le général de Gaulle, qui était avare de compliments parlant d’Houphouët-Boigny, dans ses mémoires avait dit « cerveau politique de premier ordre », c’est énorme…

Quand le général de Gaulle est mort en novembre 1970, Omar Bongo commençait à faire ses classes politiques de Président. Tous les hommes politiques, depuis, rendent hommage au président Omar Bongo : son savoir-faire, sa sagesse, sa maestria. La voix de l’Afrique résonnait à travers la bouche de Omar Bongo, et aujourd’hui vous l’entendez la voix du Gabon ?  On ne l’entend plus du tout !   

On vous présente comme l’ami de despotes africains ! Bongo, Houphouët-Boigny, Blaise Compaoré, Léopold Sédar Senghor, etc., étaient-ils donc des despotes ?

Je suis heureux, honoré d’être l’ami de Omar Bongo, d’Houphouët-Boigny…j’ai moins connu Senghor. Je n’ai jamais mis ma main dans la main de Jean-Bedel Bokassa (Centrafrique). J’ai été amené à fréquenter tous les chefs d’Etat de l’Afrique subsaharienne francophone pendant 15, 20 ans. Je ne le nie pas.

Oui, Jean-Marie Le Pen. C’est le seul qui m’a fait un procès en diffamation, il a gagné. Mais dernièrement il y a deux mois, le TGI de Versailles a condamné Jean-Marie Le Pen pour avoir perçu des émoluments de la part de chefs d’Etat africains, alors que moi j’avais perdu contre lui…

Mais depuis 2011, je combats aujourd’hui ces hommes que j’ai servis et que j’ai conseillés. Les temps ont changé et il faut faire place nette et faire une place à la jeunesse africaine. Ce n’est pas normal qu’un chef d’Etat occupe la place pendant 15 ans, 20, 30, 40 ans, entouré de courtisans qui eux aussi restent au pouvoir pendant des décennies. Combien de générations d’élites africaines j’ai vu partir à la retraite, sans qu’elles aient eu un jour une once de pouvoir !

Auriez-vous combattu Omar Bongo, Houphouët-Boigny, Mobutu et le syndicat des chefs d’Etats aujourd’hui ?  

Je tiens à vous dire que j’ai connu le président Mobutu en 1993, à la veille du sommet de la Francophonie à l’île Maurice. C’est là que j’ai commencé à le fréquenter. Je puis vous dire qu’il m’est arrivé de lui donner des conseils de meilleure gestion ou autres. Mais déjà la maladie l’avait affaibli et envahi petit à petit. Aujourd’hui, si Omar était encore vivant, je pense que d’abord il n’aurait pas gouverné comme gouverne son fils, il aurait gouverné de manière un peu moins despotique ! Je pense que je lui aurais donné les conseils qu’il aurait fallu lui donner.

S’il ne vous avait pas écouté, l’auriez-vous combattu ?

Je pense que je me serai opposé à lui.

Vous avez été très poche des présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, ainsi que du Premier ministre Dominique de Villepin. Il n’y avait pas que la franche camaraderie qui vous liait à ces personnalités. Cette proximité alimente bien des fantasmes.

La plupart des partis politiques français recevait de l’argent. Dans une émission de France 2, « Complément d’enquête », un ancien directeur du ministère de la Coopération de la République française disait carrément….

Quel ministre, Jean-Pierre Cot ou Michel Roussin…

Non, non, non, du temps de Robert Gallet. C’était du temps de M. Giscard d’Estaing, où il disait carrément que les hommes politiques de tous bords venaient voir les chefs d’Etat africains dans leur hôtel pour recevoir des enveloppes d’argent.

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