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Politique

G5 Sahel : Trouver une dimension géopolitique

Quatre ans après sa création en février 2014, cette nouvelle structure doit repenser son volet développement, sans lequel les problèmes majeurs de ces pays africains ne seront jamais résolus. Tant il est vrai qu’il n’y a pas de sécurité sans développement.

Bamako, Bruno Fanucchi

Quatre ans après la création du G5 Sahel, il est temps de dresser un premier bilan de cette structure qui s’est imposée comme un élément géopolitique et militaire incontournable en Afrique, pour tenter d’apporter une réponse aux différents maux dont est victime le continent : le terrorisme et les trafics en tout genre, bien sûr, mais aussi la pauvreté et le sous-développement qui en sont bien souvent les causes premières et profondes.

Ce rendez-vous sera l’occasion de remettre l’accent avec les pays du G5 Sahel sur un volet que les Africains ne peuvent négliger, celui du développement, éclipsé par le volet militaire ; ce dernier a lui-même été dicté par la nécessité d’un renforcement de la lutte contre le terrorisme qui a semblé à beaucoup prioritaire. Souvent à juste titre.

Et comme ces causes n’ont pas vraiment changé ou disparu en quatre ans, les cinq pays du G5 Sahel restent confrontés aux mêmes défis avec parfois des faiblesses et des fragilités récurrentes qui n’ont encore été ni vaincues ni surmontées.

Un an après le Sommet extraordinaire du G5 Sahel, que présidait alors le Malien Ibrahim Boubacar Keïta, réunissant à Bamako les 2 et 3 juillet 2017, les cinq pays en présence du président français Emmanuel Macron, pour le lancement officiel de la Force conjointe, le président Aziz – qui peut se vanter d’avoir fait le nécessaire pour que la Mauritanie ne connaisse plus d’attentats depuis 2012 ! – accueillera en juillet prochain à Nouakchott le 31e Sommet de l’Union africaine. Et sans doute le président français en visite officielle en amont de celui-ci.

Ce rendez-vous sera l’occasion de remettre l’accent avec les pays du G5 Sahel sur un volet que les Africains ne peuvent négliger, celui du développement, éclipsé par le volet militaire ; ce dernier a lui-même été dicté par la nécessité d’un renforcement de la lutte contre le terrorisme qui a semblé à beaucoup prioritaire. Souvent à juste titre.

Les pays du G5 Sahel ne peuvent pas consacrer une trop grande partie de leur maigre budget aux dépenses militaires destinées à mieux assurer leur défense et leur sécurité intérieure. Les gouvernements de ces pays ont parfois d’autres agendas et bien d’autres urgences économiques et sociales à gérer.

« Les Africains doivent prendre leur destin en main », observe ainsi le Sénégalais Moustapha Cissé Lô, président du Parlement de la Cedeao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) qui siège à Abuja, au Nigeria, en donnant pour sa part la priorité à l’éducation et à la formation professionnelle des jeunes dans des pays où la moyenne d’âge est parfois de seize ans, comme au Mali !

« Répondre aux causes profondes de l’instabilité »

« Le G5 Sahel, qui est une première initiative, pourrait à terme s’agrandir pour devenir le G6 ou G7, voire le G8 », soulignait le 18 janvier 2018, la ministre française des Armées, Florence Parly. On songe bien évidemment au Sénégal ou à la Guinée Conakry qui n’ont pas encore été frappés directement par le terrorisme.

Mais où les problèmes majeurs auxquels ces pays doivent faire face et qu’il leur faut régler au plus vite sont à peu près les mêmes que dans les pays voisins : explosion démographique, éducation, santé, chômage des jeunes. Sans parler d’une corruption endémique dont les élites se rendent parfois coupables à tous les échelons.

En attendant l’éventuel élargissement du G5 Sahel, des initiatives nouvelles et concrètes se font jour. Comme l’Alliance Sahel lancée sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne, le 13 juillet 2017 en présence d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel. Ce mécanisme de coordination des principaux partenaires au développement des États du Sahel devrait permettre une aide plus rapide, plus efficace et mieux ciblée.

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Written by Bruno Fanucchi

Grand reporter, je sillonne l'Afrique de long en large (d'Abidjan à Bamako ou Cotonou et de Brazzaville à Dakar ou Yaoundé) depuis de nombreuses années après avoir « couvert » pour Le Parisien – premier quotidien français - l'Afghanistan, la Côte d'Ivoire, le Liban ou la Russie. Spécialiste de géopolitique et passionné par l'Afrique, où j'ai effectué de nombreux reportages, j'ai présidé l'Association de la Presse diplomatique française puis l'Association des Journalistes de Défense.

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