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Politique

G5 Sahel : La force conjointe est à parfaire

« Le président Macron est le plus grand défenseur du G5 Sahel », lâche ce ministre malien selon lequel il est hors de question que la France replie ses troupes engagées au Sahel. À Paris – à l’Élysée comme au ministère des Armées –, on ne songe pourtant qu’à passer la main aux Africains et l’on affiche un soutien sans faille à la Force conjointe du G5 Sahel pour que celle-ci s’impose et permette précisément ce scénario de désengagement.

« La France a soutenu le G5 Sahel depuis sa création et nous continuerons de nous engager aux côtés de nos amis africains. La France est l’avocate acharnée de la force », rappelait ainsi la ministre des Armées, Florence Parly, en recevant le 18 janvier à l’hôtel de Brienne, ses homologues du G5 Sahel. Jusqu’à présent, deux opérations ont été menées par la Force conjointe, dont l’opération Hawbi (« Vache noire ») du 27 octobre au 11 novembre, qui était avant tout une opération de communication.

« Nous n’avons pas vocation à rester vingt ans au Mali »

Dans l’ensemble du Sahel, la France est délibérément visée, comme on l’a encore vu lors du double attentat de Ouagadougou le 2 mars, où l’ambassade de France a été prise pour cible par un commando qui n’a pas réussi à y pénétrer alors qu’un autre commando s’en prenait dans le même temps à l’état-major des Armées.

Ce « vendredi noir », qui s’est soldé par la mort de huit militaires burkinabè (sans compter les huit assaillants tous abattus) et plus de 85 blessés, aurait pu être encore beaucoup plus sanglant si les Forces spéciales françaises de l’opération Sabre, basées à Ouagadougou, n’étaient pas intervenues aux côtés de leurs compagnons d’armes burkinabè formés à leur école.

La France est-elle pour autant enlisée au Sahel ? Elle ne l’avoue pas, bien évidemment, mais cherche à se désengager. C’est dans ce but que le président Macron fait le maximum pour trouver des contributions financières à la Force du G5 Sahel. De même, la France avait tenté dans un premier de temps, sans grand succès, de mobiliser ses partenaires européens pour s’engager militairement à ses côtés au Mali.

« Aucun pays n’est aujourd’hui à l’abri du terrorisme, mais ce qui se joue ici, au Mali, aura un impact sur toute la région », observe le général Marc Foucaud, ancien commandant en chef de l’opération Serval au Mali, invité au 18e Forum de Bamako. Pour faire face à la résurgence des groupes terroristes qui sont très actifs dans la boucle du Niger, ajoute-t-il, « la réussite du G5 Sahel est donc une impérieuse nécessité ».

À l’image des djihadistes, la Force conjointe pourra se jouer des frontières et c’est une bonne chose, car « il est extrêmement frustrant, reconnaît-il, pour un chef militaire, que de combattre des gens qui s’envolent de l’autre côté de la frontière ». Pour autant, ce sera un travail de longue haleine, poursuit ce général français, car la situation s’est réellement dégradée ces derniers mois au Mali.

« Il faut que les Africains assurent leur propre sécurité », car le but inavoué de la montée en puissance de la Force du G5 Sahel est bien de permettre à la France de passer un jour la main. « Se désengager, la France le fera dès qu’elle le pourra… ». Nous n’y sommes pas encore, car « la Force conjointe du G5 Sahel ne sera pas prête immédiatement ».

En mai 2014, le patron de Serval assurait pourtant : « Nous n’avons pas vocation à rester vingt ans au Mali. Le pays doit s’occuper lui-même de sa sécurité et son armée doit monter en puissance. Je ne vous cacherai pas qu’elle part de loin. Elle a été humiliée et a connu beaucoup de difficultés. Aujourd’hui, elle dispose de cadres de qualité et peut compter sur des alliés qui veulent lui redonner sa crédibilité. »

D’autres experts affirment au contraire que, si l’on veut pacifier tout le Sahel, la France doit être prête à s’engager davantage et à y rester toute une génération… Ce qui semble irréaliste, pour des raisons financières notamment. En attendant, la jeune Force conjointe du G5 Sahel doit encore faire ses preuves sur le terrain. 

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Written by Bruno Fanucchi

Grand reporter, je sillonne l'Afrique de long en large (d'Abidjan à Bamako ou Cotonou et de Brazzaville à Dakar ou Yaoundé) depuis de nombreuses années après avoir « couvert » pour Le Parisien – premier quotidien français - l'Afghanistan, la Côte d'Ivoire, le Liban ou la Russie. Spécialiste de géopolitique et passionné par l'Afrique, où j'ai effectué de nombreux reportages, j'ai présidé l'Association de la Presse diplomatique française puis l'Association des Journalistes de Défense.

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