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African Banker

Franc CFA : Sauvetage à la grecque

Pas de crédit revolving, ni simplement de cartes de fidélité. Au Congo, tout, absolument tout s’achète cash, sans délais de paiement. Qu’il s’agisse du petit électroménager ou de l’achat d’une automobile. Handicapant dans le même mouvement le niveau de vie des populations, et la croissance.

La dette des ménages est l’un des moteurs de la croissance, puisqu’elle démultiplie la consommation. Quand les entreprises peuvent également s’endetter pour financer l’investissement, les deux moteurs de la croissance donnent leur pleine mesure. En système capitaliste, l’expansion économique repose en premier et en dernier ressort sur une montagne de crédits.

Au commencement de l’histoire du développement se trouve la dette générique, le préfinancement bancaire de la production. Cette dette est dite générique parce que le système bancaire ne possède pas la monnaie qu’il crée. Le mouvement même de la création définit une cession à autrui, un prêt.

Symétriquement, le système productif ne possède pas non plus la monnaie de création bancaire, puisque cette dernière est assortie d’une clause de restitution à échéance (crédit). Le crédit en création de monnaie est donc purement circulatoire. Il a pour unique fonction de générer la contrepartie productive de l’émission monétaire.

C’est à cela que va servir la politique d’aisance monétaire de la BEAC, mettre le feu à l’économie congolaise hors pétrole, accroître la contrepartie productive des émissions monétaires. La croissance induite permettra à l’État congolais de réaliser des excédents budgétaires primaires, auxquels pourront s’adosser les remboursements de dette. Voilà, succinctement résumé, l’ajustement indolore sur très, très longue période, telle que pratiqué en Zone euro.

Cette alchimie monétaire est d’autant plus efficace, d’autant plus rapide, que le Quantitative Easing se double d’une politique directive du crédit : quels secteurs, quelles entreprises, quels montants etc. C’est ce que démontre l’exemple de l’Islande. Ce pays d’à peine 300 000 habitants a fait de sa Banque centrale, détenue à 100 % par l’État, l’unique source de création monétaire sous toutes ses formes : pièces, billets, monnaie scripturale. Les banques commerciales sont devenues des sociétés spécialisées dans le suivi et la bonne fin des crédits accordés par la Banque centrale. Des sous-traitants de l’allocation de crédit, en quelque sorte.

Réformer la Zone franc

L’Islande a ensuite mis les taux d’intérêt au plancher. Pour que l’activité bancaire conserve une certaine rentabilité organique, les banques ont dû suppléer les firmes privées en compétences managériales. Les banques islandaises ont directement géré des firmes au bord du dépôt de bilan.

L’ajustement y a été quasi instantané. Dès 2010, la croissance de ce pays dépassait déjà la moyenne européenne. Au point que le FMI a organisé plusieurs missions en Islande pour s’instruire des mesures mises en oeuvre par les Islandais. Apparemment, le FMI n’a rien appris.

Pour finir, nous dirons que le policy mix congolais, rendu bancal par la désactivation de l’offre de monnaie, impose des sacrifices inutiles aux congolais, comme au reste de la CEMAC. Restaurer les équilibres macroéconomiques sur le seul levier budgétaire est bête et méchant.

Le Congo est conjoncturellement illiquide en devises, mais non pas insolvable sur le temps long. Le FMI devrait veiller à ne pas changer de doctrine d’ajustement selon les latitudes. Quantitative Easing, c’est-à-dire pluie de liquidités pour les pays développés, licenciements, hausses des impôts, baisse des salaires etc. pour les pays subsahariens.

Les Congolais savent désormais, sur quoi doivent porter les négociations, Il s’agit d’acheter du temps avec la création monétaire ex nihilo de la BEAC, le QE intra-Zone franc. Pour ce faire, il convient de rendre l’institution de la Zone franc, compatible avec le nouveau modèle d’ajustement validé en Zone euro, et quasiment indolore pour les populations.

Il n’existe pas des humains incapables de souffrir, les Européens, et des humains assignés à la souffrance, les Noirs subsahariens. Tout ajustement requiert des mesures restrictives, mais l’intensité de ces mesures, leur impact social est fonction du temps dont on dispose. L’Europe s’est acheté dix ans de délai d’ajustement avec le Quantitaive Easing. Elle vient à peine d’entamer la décrue de ses dettes souveraines.

L’Afrique doit également s’acheter du temps via la création monétaire exponentielle. Si le cadre monétaire que constitue la Zone CFA ne le permet pas, il est impératif de le faire évoluer. Ce sont les crises qui font évoluer les institutions. Les politiques radicales d’avant-crise, deviennent alors la norme d’après-crise. Les lignes de résolution de la dette du Congo ici proposées sont claires, simples, et immédiatement opératoires. Il reste à les mettre en oeuvre pour rendre effectifs, la solidarité intra-Zone franc, et l’ajustement par les flux réels, c’est-à-dire la croissance. 

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