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African Banker

Franc CFA : Sauvetage à la grecque

À raison de 80 milliards sous forme de liquidités, et 620 milliards d’euros restants constitués de capital appelable auprès des États en cas de tension. Aujourd’hui, la Commission européenne envisage de transformer le MES en Fonds monétaire européen. L’ambition est de fournir aux pays de la Zone euro, en cas de nécessité, des financements sous des conditionnalités plus légères que celles du FMI. Le constat est simple. En Zone euro, point d’ajustement sans mutualisation de la dette. Point de sacrifices pour les populations européennes.

Le choix européen de l’endettement

Pour que le refinancement des dettes souveraines européennes soit soutenable sur la longue période, s’est appliquée la ZIRP (Zero Interest Rate Policy). Laissons à nouveau parler les faits. En 2005, la dette publique française est à 67 % du PIB. Le service annuel de la dette pèse 45 milliards d’euros dans le budget de la France. Michel Pébereau rédige un rapport qui met en garde le gouvernement contre le choix collectif de « la vie à crédit ».

En 2007, Nicolas Sarkozy, nouvellement élu, déclare que « le rapport Pébereau est son livre de chevet ». Malheureusement, cinq ans plus tard, à l’élection de François Hollande, la dette publique française avait bondi de 30 points de PIB, soit 600 milliards d’euros. Aujourd’hui, dix ans plus tard, l’encours de la dette française est à presque 97 % du PIB. Paradoxalement, la charge de la dette pèse toujours 45 milliards d’euros dans le budget de l’État. Les intérêts payés au reste du monde sont restés inchangés, en dépit d’une augmentation du stock de dette de 50 %. Ceci, du fait de la baisse des taux auxquels s’endette la France aux environs de zéro.

Au total, en Zone euro, la crise des dettes souveraines a été traitée par une politique monétaire expansive appelée Quantitative easing (QE), et par une mise au plancher des taux d’intérêt. Chaque mois, chaque pays membre de la Zone euro, recevait, et reçoit encore de la BCE, a minima, 65 milliards d’euros au titre du QE.

La neutralisation du taux de change en tant qu’instrument d’ajustement au sein de la Zone euro a produit d’une part, une intervention massive et soutenue de la BCE, doublée d’une mutualisation des dettes (le MES) ; d’autre part, l’affaissement du prix de l’argent aux environs de zéro. Tout cela, sur une très, très longue période. Plus de dix ans ! Nous tenons donc en main les deux modalités d’ajustement les plus indolores au monde, hors la dévaluation. Le QE a, de fait, permis à certains pays européens, de purement et simplement zapper l’ajustement. L’Italie, dont la dette publique est à 134 % du PIB, s’est exonéré de tout ajustement.

C’est clair, les citoyens européens n’aiment pas souffrir. Ils n’aiment ni tailler dans les dépenses publiques, ni subir des baisses de pouvoir d’achat. Tous ces sacrifices sont inutiles, car il suffit d’acheter du temps avec une création exponentielle de liquidités pour revenir à la croissance, tôt ou tard.

Le retour de la croissance rétablit les équilibres budgétaires, et diminue les encours de dette. C’est ce que l’on observe aujourd’hui. Le déficit budgétaire français vient en 2017, de descendre enfin, en dessous de 3 % du PIB. L’Allemagne a un excédent budgétaire de 38,4 milliards d’euros (1,8 % du PIB), et le plus grand excédent courant au monde. La Grèce est à nouveau sur les marchés financiers. Les obligations grecques portant 4 % de taux d’intérêt sont devenues les plus rentables du marché européen.

Acheter du temps en Zone franc

Il n’y a donc plus rien à inventer pour l’ajustement des pays CEMAC, membres de la Zone franc. Si l’on fait un copier-coller des solutions de la Zone euro, en Zone CFA, le policy mix congolais, c’est-à-dire la combinaison de politique budgétaire et de politique monétaire pour gérer la dette, sera aisée. Primo, point de dévaluation, mais rachat massif des titres de la dette publique congolaise par la BEAC. Aussi longtemps que nécessaire.

La monétisation du déficit public congolais n’est cependant efficiente que pour annuler la dette intérieure. Que faire face à la dette extérieure exprimée en devises ? C’est le point deux du policy mix. Secundo, mutualiser de la dette des pays CFA. Nul besoin de créer une institution supplémentaire au sein de la Zone CFA. En fait, dans la Zone franc, la mutualisation de la dette et la mise en commun des réserves sont l’avers et l’envers d’une même médaille : le compte d’opérations. Il est impossible d’avoir l’un sans l’autre. La centralisation des réserves sans la mutualisation de la dette est un non-sens, une absurdité.

En principe, les échéances de dette extérieure devraient être assurées par le Mécanisme africain de stabilité financière. J’ai nommé le compte d’opérations au Trésor de France auquel abondent tous les pays CFA. Et auquel devrait également abonder le pays tuteur, la France. S’il est vrai que la Zone CFA exprime une communauté de destin qui transcende les frontières, les mers, comme les niveaux de développement.

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