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Société

Fondation L’Oréal : La Recherche est l’affaire de tou(te)s

Créée il y a vingt ans, en partenariat avec l’Unesco, la Fondation L’Oréal veut développer la place des femmes dans l’univers de la recherche scientifique. Une action qui va bien au-delà de la simple communication d’entreprise.

Par Guillaume Weill-Raynal

Aujourd’hui, dans le monde, seulement 28 % des chercheurs sont des femmes et à peine 11 % accèdent à de hautes fonctions académiques. Elles ne sont que 3 % à avoir reçu un prix Nobel. C’est pour tenter de corriger cette inégalité criante que L’Oréal et l’Unesco ont créé, en 1998, une Fondation dont le vingtième anniversaire a fait l’objet d’une cérémonie solennelle, le 22 mars, au siège parisien de l’organisation internationale.

Comme lors des précédentes éditions, cinq scientifiques lauréates, issues des cinq continents, ont reçu un prix doté de 100 000 dollars, et quinze autres femmes une bourse de recherche. Depuis sa création, la Fondation a ainsi attribué, à travers 117 pays, plus de 3 000 bourses de recherche, et a honoré plus d’une centaine de lauréates, parmi lesquelles trois ont vu leurs travaux récompensés par un prix Nobel.

Les champs d’activité scientifiques concernés ne se limitent pas au coeur de métier du groupe de cosmétiques. Cette année, la Sud-africaine Heather Zar, chef de service pédiatrique au Red Cross War Memorial Children’s Hospital et directrice du Medical Research Council de l’université du Cap, a été récompensée pour son programme de recherche sur la pneumonie, la tuberculose et l’asthme, qui a permis de sauver de nombreux enfants dans le monde ; la biologiste et paléontologue chinoise Mee-mann Chang pour ses travaux sur les fossiles de vertébrés aquatiques ; la chercheuse

britannique Dame Caroline Dean pour ses travaux sur l’adaptation des plantes à leur environnement et au changement climatique, qui ont ouvert la voie à de nouvelles techniques d’amélioration des cultures ; l’agronome Amy T. Austin, de l’université de Buenos-Aires, qui a contribué à la compréhension de l’écologie de l’écosystème terrestre dans les paysages naturels et modifiés par l’homme ; la Canadienne Janet Rossant de l’université de Toronto pour ses travaux de recherche sur le développement des tissus et des organes de l’embryon humain.

Rendre leur place aux femmes

Quant aux bourses de recherche, celles-ci ont été attribuées à des chercheuses remarquées pour leurs compétences et l’excellence de leurs résultats, (Tunisienne, Vietnamienne, Russe, Japonaise, Turque, Émiratie, Jordanienne, Malaise…) dans des domaines aussi divers que le traitement du mélanome, des maladies veineuses, les solutions chimiques apportées à la lutte contre les marées noires, le combat contre la résistance aux antibiotiques par la recherche microbiologique sur

les végétaux, les nanomatériaux, la découverte de nouveaux métaux légers, l’immunologie, etc. selon un processus rigoureux de sélection des lauréates et des boursières par un jury d’éminents scientifiques déjà consacrés sur le plan mondial.

Une entreprise à long terme dont les promoteurs n’entendent pas se satisfaire d’un bilan déjà honorable. Beaucoup reste à faire pour l’avenir, pas seulement pour continuer à favoriser le rôle des femmes dans la recherche scientifique, mais surtout pour que cette recherche contribue, grâce aux efforts conjugués des femmes et des hommes, à accompagner la révolution technologique d’aujourd’hui et à dessiner le monde de demain.

« Il est important que demain soit l’enjeu de tout le monde », a déclaré à la tribune (via un entretien vidéo) le mathématicien Cédric Villani, lauréat de la médaille Fields, et auteur d’un rapport sur l’intelligence artificielle, commandé par le Premier ministre Édouard Philippe. « Nous ne pouvons pas accepter que seuls les hommes soient en charge d’enfanter le monde de demain », a-t-il souligné.

Un choix stratégique

Un sentiment exprimé également par la directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, qui a estimé que la situation faite aux femmes aujourd’hui, n’était « plus acceptable », malgré les progrès accomplis ces dernières décennies. « Arriver à déjouer les mécanismes qui empêchent les femmes de prendre toute leur place dans la société est un combat de longue haleine dans lequel l’Unesco est engagé dans toutes les dimensions de son mandat : les sciences, la culture, la communication et bien sûr l’éducation qui est la pierre angulaire de ce programme », a-t-elle déclaré.

Un combat dans lequel L’Oréal entend tenir son rôle, bien au-delà d’une simple opération de mécénat, de sponsoring ou de communication d’entreprise. L’initiative lancée à l’occasion de ce vingtième anniversaire de solliciter, de la part des leaders de la recherche scientifique mondiale – masculins pour la plupart –, des engagements précis et mesurables destinés à favoriser l’égalité des sexes à tous les niveaux (accès aux aides, embauches, publications, etc.) va dans ce sens.

À cet égard, le choix du numéro un mondial des cosmétiques de s’engager durablement dans une entreprise aussi ambitieuse se fonde sur une stratégie et un positionnement intelligemment conçus, où le développement d’une identité de marque coïncide avec des engagements dont la légitimité et l’utilité ne sont pas contestables. L’univers des cosmétiques souffre en effet parfois d’une image ambivalente, qui associe la figure de la femme moderne et libérée à ce que d’aucuns assimilent, à tort ou à raison, à celle de la fashion victim.

L’utilisation de dérivés pétroliers dans la fabrication des produits de ce secteur peut aussi constituer un handicap en termes d’image pour un public plus que jamais préoccupé par les questions d’environnement et de développement durable. S’engager de manière significative dans l’évolution future du monde sur le terrain de l’éducation, de la promotion féminine, et de la recherche scientifique multidisciplinaire ne peut que renforcer l’image d’un groupe qui bénéficie déjà, sur le plan mondial, d’une image d’excellence, par la notoriété de ses propres laboratoires de recherche. Un engagement légitime et naturel, selon Jean-Paul Agon, PDG du groupe : « Face à nos sociétés fragiles, poussées au-delà de leurs limites naturelles et confrontées à la montée des inégalités, il nous faut mobiliser les ressources intellectuelles des scientifiques, hommes et femmes, pour construire un monde meilleur. » 

TROIS QUESTIONS À…

Alexandra Palt (Directrice générale de la Fondation L’Oréal)

Comment est née la Fondation ?

Elle a été créée il y a plus de dix ans maintenant, mais le programme L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science existe, lui, depuis vingt ans. Chez L’Oréal, la recherche scientifique et l’égalité hommes-femmes sont au coeur de notre activité et de nos valeurs. C’est pourquoi L’Oréal a créé en 1998 le programme Pour les femmes et la science, dans le but de valoriser les femmes chercheuses, de récompenser l’excellence scientifique au féminin, d’aider les scientifiques talentueuses à poursuivre leur carrière et à obtenir la reconnaissance qu’elles méritent, et aussi pour inspirer les plus jeunes et les inciter à choisir des carrières scientifiques.

Pour concrétiser cette ambition, il nous fallait un partenaire qui souscrive à notre dessein de promouvoir l’intégration des femmes dans la science et la société. Le partenariat que nous avons tissé avec l’Unesco a été en ce sens une avancée fondatrice : animés par les mêmes valeurs, nous avons eu à coeur, ensemble, la réussite de cette initiative sans précédent.

Avez-vous réussi à faire évoluer au quotidien les mentalités dans le monde de la recherche scientifique ?

Depuis vingt ans que nous menons ce programme, la proportion de femmes engagées dans des carrières en science a augmenté de 12 %. C’est très insuffisant. Nombre d’entre elles se heurtent encore à des obstacles pour y accomplir de longs et florissants parcours, pour accéder à des emplois à responsabilité et à des postes permanents, ainsi que pour avoir accès à des financements. Aujourd’hui, seulement 11 % des hautes fonctions académiques sont exercées par des femmes. Moins de 30 % des chercheurs sont des femmes, et seulement 3 % des prix Nobel scientifiques leur ont été attribués.

Même si notre action a permis de mettre en valeur des scientifiques inspirantes et participé à faire reconnaître la contribution des femmes aux travaux de la communauté scientifique, il reste encore beaucoup à faire. Parmi les défis d’envergure à relever, se pose la question du sexisme, conscient et inconscient, du plafond de verre et de la transformation des environnements de travail pour les rendre plus inclusifs.

Vous lancez une initiative en faveur de la promotion des femmes. Quels moyens envisagez-vous de mettre en oeuvre pour que les promesses soient suivies d’effet ?

Nous voulons créer, au sein de la communauté scientifique, une coalition d’alliés masculins pour contribuer à accélérer le changement, reconnaître le problème et s’engager en faveur des femmes de science tout au long de leur carrière.

Tous les scientifiques masculins à responsabilité, qui occupent la majorité des postes clés dans le secteur scientifique, sont invités à collaborer à ce nouveau programme afin d’encourager l’égalité des chances dans ce domaine, main dans la main avec les femmes.

Ce que nous leur proposons est très concret : ils sont invités à signer une charte d’engagements précis et mesurables qui visent par exemple à promouvoir l’accès aux financements de recherche pour les femmes, agir pour l’égalité des chances en matière de recrutement et pour un meilleur équilibre dans les publications et en termes de droits d’auteur. Ce programme va assurer un suivi précis des actions mises en place et va se déployer à l’international. Pour accélérer le changement vers une science plus équilibrée, et donc plus efficace, il nous faut tous nous mobiliser, les femmes et les hommes.

Pour consulter la charte et la liste des scientifiques engagés :

www.fondationloreal.com/categories/for-women-in-science/lang/fr#male-champions-for-women-in-science-4833

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