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African Banker

Financement des PME

Bpifrance manifeste un intérêt croissant pour l’Afrique. Expérience que fait ici partager Vincent Di Betta, responsable de l’expertise internationale de la Bpifrance, filiale de la Caisse des dépôts.

Comment développer en Afrique une croissance créatrice d’emploi ? Tel est un des défis majeurs auquel le continent fait face. Un promoteur, un entrepreneur, avec son projet d’investissement, n’est pas un risque, mais un porteur de projet !

Encore faut-il encourager ce promoteur, lui donner confiance, lui donner envie d’investir et faire en sorte que son projet soit crédible pour accéder au crédit bancaire. Car l’accès limité aux ressources financières pour démarrer une activité ou se développer constitue une problématique majeure à laquelle sont confrontées les PME africaines.

Et ces dernières forment un ensemble hétérogène dont les besoins diffèrent selon leur stade de développement. La devise de Bpifrance est, en France, d’accompagner les PME aux étapes clés de leur vie. Nous essayons de développer cette stratégie à l’international, et notamment en Afrique.

Fruit de notre expérience au Maghreb, et dans certains pays de l’Afrique subsaharienne, nous considérons que le levier de la puissance publique est un exemple pertinent à creuser. Il peut se traduire par la création d’IFS (Institutions Financières Spécialisées) telles qu’une société publique de garantie pour garantir les prêts accordés par les banques privées ou la mise en oeuvre de banques de développement publiques afin d’apporter des solutions financières aux PME.

D’ailleurs, accompagner les entrepreneurs dans les cycles de vie les plus risqués d’une PME devrait devenir l’un des ressorts de la puissance publique en Afrique. L’investissement a un coût qui ne peut pas être supporté seul par le secteur privé. Par son appui, la puissance publique permet à des PME de se créer, de se développer. Les actions d’une IFS sont, dans une vision moyen et long terme, globalement rentabilisées. Bien sûr, des IFS ont connu des échecs sur le continent africain dans le passé !

Un promoteur, un entrepreneur, avec son projet d’investissement, n’est pas un risque, mais un porteur de projet ! Encore faut-il encourager ce promoteur, lui donner confiance, lui donner envie d’investir et faire en sorte que son projet soit crédible pour accéder au crédit bancaire.

Ces échecs ne résultent pas de leur caractère public, mais des multiples absences de gouvernance, de maîtrise du risque PME, et de partenariat avec l’écosystème du financement des PME. Aussi, il existe, sur le continent, des réussites remarquables ! La gouvernance représente les fondations de l’IFS, ce qui signifie la responsabilité des acteurs avec une obligation de rendre compte, une équité, une indépendance, une intégrité. Et il est nécessaire de « dépolitiser » l’IFS afin de la protéger contre toute pression à prendre des risques inconsidérés.

La maîtrise du risque PME est la deuxième étape clé. On constate certes des différences d’un pays à un autre, mais il existe aussi, en Afrique, de grandes similitudes : les PME se caractérisent par des structures fortement personnalisées disposant de peu de fonds propres, d’une insuffisance de fonds de roulement, d’une trésorerie nette déficitaire. Du fait de leur petite taille, elles développent des activités connexes dans une logique de diversification des risques, sans être en mesure de croître et se développer en taille. Leur gouvernance est insuffisante, avec un déficit d’organisation et de capacité managériale. Le patrimoine de l’entrepreneur et celui de son entreprise se confondent souvent.

Devant de tels projets, les banques se montrent réticentes face à des demandes de financement qu’elles perçoivent comme trop risquées, tant au niveau du promoteur et de son comportement qu’à celui des dossiers présentés. Enfin, en raison de l’importance de l’informel et, parfois, de la non-fiabilité des comptes certifiés, l’analyse du risque PME porte essentiellement sur le promoteur, sur la confiance établie, sur le fonctionnement de son compte, c’est-à-dire sur l’analyse de l’évolution des flux de liquidités afin d’identifier comment se constitue son chiffre d’affaires, sa rentabilité, etc. Pour sa part, Bpifrance construit ce que nous appelons « un outil de cotation du risque PME », dans chaque IFS dans laquelle nous travaillons. Il est la clef de voûte de la crédibilité de l’IFS vis-à-vis de son actionnariat, et de ses partenaires bancaires. Cet outil est adapté au contexte local, à la typologie des PME, à la réglementation, à la prise en compte de la notion de l’informel ou quand les comptes ne sont pas fiables. Il est construit avec les équipes locales. La cotation du risque unitaire résulte donc de la construction d’une série de questions permettant d’affiner l’approche du risque. Pour chaque question, cinq réponses, de la meilleure à la moins bonne, sont proposées.

Les questions couvrent tous les champs de la contrepartie, du projet, de la transaction. Les avantages majeurs sont d’orienter la décision d’octroi du dossier de garantie, de connaître le portefeuille des accords, de définir une politique de risque, de favoriser la confiance des actionnaires sur la solvabilité de l’entité et développer un double regard avec les banques. Enfin, les équipes de l’IFS doivent, fortes de leur dynamisme et de leur crédibilité, inciter le secteur privé à aller de l’avant pour accompagner le formidable potentiel des PME africaines et encourager ainsi l’esprit d’initiative, favoriser la création de valeurs ce qui renforce les liens sociaux et économiques entre les différents acteurs économiques.

Tout projet de création d’une IFS doit se faire en amont avec le secteur bancaire privé afin qu’il y soit pleinement associé. Et la puissance publique doit aussi insuffler une cohérence parmi les différentes structures d’accompagnement qui aident les promoteurs notamment dans le montage des dossiers de financement à destination des banques. Car la cohérence de ces différentes structures apportera plus de résultats dans le pays Bpifrance, forte de son expérience en France et à l’étranger, est convaincue de l’intérêt des mécanismes de garantie prenant pour partie le risque de défaut de l’emprunteur en incitant les banques à prêter au secteur privé.

Développer un tissu de PME est aussi un moyen d’inciter des PME étrangères à commercer avec et à s’installer en Afrique. Les bailleurs internationaux ont constitué des fonds de garantie, à l’instar de l’Africain Garantee Fund (AFG), du Fonds de garantie des investissements privés en Afrique de l’Ouest (GARI), du produit ARIZ ou du Fonds africain de garantie et de coopération économique (Fagace). Leur succès est connu. Pour démultiplier les actions au niveau d’un pays, il est nécessaire de développer une IFS par pays, spécialisée dans la garantie des prêts accordés par les banques, en partenariat avec le secteur bancaire privé qui pourrait d’ailleurs être associé minoritairement au capital de l’institution.

Une IFS présente un effet de levier majeur et un effet d’entraînement maximal sur l’initiative privée de financement afin de faciliter l’accès des TPE – PME africaines au crédit bancaire et de les accompagner dans les cycles de vie les plus risqués de leur développement : création, reprise ou croissance externe, développement par l’innovation, conquête de nouveaux marchés dans leur pays ou à l’international. 

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Written by African Banker

C'est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

  • Valentin TCHAKOUNTE

    Bel article. J’apprécie la tonalité et le volontarisme. Après qu’on avoir dit tout ceci, il nous faut désormais chercher les réels voies et moyens pour sa mise en œuvre concrète.
    Et là, il faut effectivement sortir des sentiers battus. Tant qu’on sera dans nos pays dans divers programmes épars, parfois sans lien entre eux, on y arrivera pas. Il faut de plus en plus des programmes intégrés où le promoteur est encadré dans une dimension globale : incubation, financement, management, etc. La contrepartie étant qu’il accepte une supervision de sa gouvernance sur quelques années, le temps que la projet prenne définitivement et que les efforts mis sur lui soient rentabilisés.
    Dans cette approche, la puissance publique, non seulement apportera les garanties nécessaires, mais elle sera elle même bénéficiaire à travers les créations de richesses, d’emplois, les taxes payées par ces PME, …

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