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Grand entretien

Felwine Sarr estime que l’Afrique doit s’émanciper

Si elle reste pourvoyeuse de matières premières vendues à vil prix, et si elle ne parvient pas à une gestion optimale de ses ressources en interne, elle ne parviendra pas à mobiliser ses ressources pour faire face aux défis qui se présentent à elle. Ses ressources doivent pouvoir bénéficier à ses populations pour les sortir de leur vulnérabilité.

Les processus d’alternance politique ont du mal, en Afrique, à accoucher de la démocratie. Comment sortir de ce blocage ?

Nous avons connu, ces 50 dernières années, de moins en moins de transitions violentes, et de plus en plus de transitions politiques apaisées. Les crises qui subsistent ici et là occultent le chemin parcouru depuis le milieu des années 1980 jusqu’aux années 2010.

Ces progrès démocratiques doivent maintenant être intégrés dans la culture profonde des pays pour produire des démocraties substantielles. La démocratie ne se limite pas aux processus électoraux. Il faut aussi implanter des contre-pouvoirs au sein des sociétés, structurer des mécanismes qui permettent aux citoyens de participer aux décisions collectives, et instaurer un pacte social autour d’un partage équitable des ressources.

Dans les pays qui ont déjà des transitions démocratiques apaisées – comme le Sénégal, le Ghana où le Bénin, – des mécanismes institutionnels doivent faire en sorte que le pouvoir exécutif n’accapare pas tout le pouvoir, pour qu’à tous les niveaux, local, territorial, que les citoyens puissent participer à la vie de la Cité et nouer un contrat social autour du partage inclusif des ressources. Ce qui importe ce sont les principes fondamentaux d’une démocratie : une participation du plus grand nombre aux décisions de la Cité, une équité dans le bien-être.

L’Afrique est-elle en train de prendre son destin entre ses mains ?

Oui, la mécanique est déjà enclenchée. Le problème est de savoir où le regard se pose. Certains considèrent que l’Afrique est un continent en guerre, en crise… Le continent asiatique connaît aussi ces problèmes, dans les mêmes proportions.

Si le continent fait l’objet de tant d’intérêt – et même de convoitise – de la part du monde entier, c’est que les Chinois, les Américains, etc., savent que la dynamique est inéluctable et qu’ils cherchent dès à présent à se positionner sur le plan économique et géostratégique. Ils savent que le demi-siècle à venir se jouera sur le continent africain. Le problème est que nous sommes les seuls à ne pas y croire !

Toutes les autres voient où nous allons, ils essaient de se déployer dans le continent pour y être présent au mieux de leurs intérêts, mais les Africains demeurent dans le doute. Quand l’Afrique reprendra confiance en elle-même, le monde changera. Voilà l’enjeu : reprendre confiance en nous-mêmes. L’Afrique est au centre de la dialectique du monde. Elle doit reprendre sa place en réinventant la manière dont elle veut être présente dans le monde et peser sur sa marche. n

Avec la collaboration de Guillaume Weill-Raynal

ENCADRE

Penser, conceptualiser, écrire… L’essayiste Felwine Sarr (46 ans, 6 livres) est un intellectuel qui veut bousculer les dogmes et les tabous. Certains trouveront la démarche présomptueuse ou prétentieuse, mais il n’en a cure. Il trace son chemin. Ses livres intéressent, interpellent et suscitent le débat.

Celui qui veut « bouleverser » le narratif sur l’Afrique et son Histoire trouve un écho auprès d’une jeunesse africaine en quête de sens. Pour se donner du souffle et amplifier le mouvement, il s’est mis en synergie avec d’autres pour « Écrire l’Afrique-Monde », un rendez-vous et un lieu de rencontres pour penser l’Afrique dans ses multiples dimensions.

Une manifestation annuelle entrant dans le cadre des Ateliers de la pensée, à Dakar, au Sénégal. On y trouve Achille Mbembe, Souleymane Bachir Diagne, Alain Mabanckou, Nadia Yala Kisukidi, Sami Tchak…

 

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