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African Banker

Faut-il limiter l’activité des banques étrangères ?

Les restrictions qui en découleront peuvent enrayer le processus de mondialisation des services financiers et l’essor des prêts extraterritoriaux qui avaient marqué la décennie précédente.

Les pays en développement vont probablement devoir reconsidérer le rôle des banques internationales et la dynamique financière Nord-Sud. Le rôle des banques internationales du Nord offrant du crédit à une échelle planétaire et accélérateur de la croissance économique africaine est de plus en plus discutable.

À la suite de la crise 2007-2008, les banques d’origine africaine ont commencé à remplir le vide laissé par les banques des pays riches en étendant leurs opérations à l’étranger. Une nouvelle tendance se dessine. Elle conduit à une hausse des relations bancaires entre pays en développement et à une régionalisation Sud Sud des opérations bancaires internationales.

Si l’on prend l’exemple de la zone Uemoa, la Direction du Trésor français dans une note de mai 2017, affirme que « la part de marché cumulée des groupes à capitaux africains est passée de 49 % en 2004 à 70 % en 2015. Celle des filiales françaises a été divisée par deux (29 % à 14 %) sur la même période ».

« Too Big To Fail » : éviter un Mc Fadden Act

Le groupe Ecobank (Figure 4), en est l’expression la plus claire. Ce groupe panafricain est désormais actif dans 33 pays d’Afrique. Il possède aussi des bureaux à Paris, Pékin, Dubaï, Johannesburg et Londres, ce qui lui permet de capter des capitaux dans les pays riches pour favoriser les investissements dans l’ensemble du continent africain.

Ce marché bancaire de plus en plus afro-africain présente cependant des risques qu’il importe de pointer. Le problème est le suivant : comment garantir la stabilité des systèmes bancaires domestiques en ayant un contrôle suffisant des filiales bancaires interétatiques ?

Des crédits bancaires plus restrictifs, vu les contraintes de fonds propres alloués, une aversion plus ressentie aux maturités longues et aux engagements élevés,  Un arbitrage risque/rentabilité plus serré, et une sélection en amont plus restrictive.

L’histoire américaine contemporaine nous fait remémorer le fameux Mac Faden Act de 1927. Cette loi américaine stipulait qu’une banque ne pouvait pas être présente dans plus de deux États à la fois. Le McFadden Act avait pour objectif de favoriser la concurrence entre les banques nationales et garantir la stabilité en interdisant la création de filiales bancaires porteuses de risques interétatiques. Cette loi a été depuis amendée par le Riegle-Neal Act de 1994.

Doit-on envisager un Mac Fadden Act à l’échelle de l’Afrique ? Certainement pas.

Avec la montée des risques et des incertitudes au sujet des avantages de l’ouverture, certains pays se sont inquiétés de l’expansion récente des grands établissements internationaux. Ils se sont renfermés et ont ainsi limité l’activité des banques étrangères. Ces restrictions, qui concernent près de 30 % des pays en développement, privent ces économies de l’accès au crédit mondial, au détriment des entreprises et des ménages.

La réglementation n’est donc pas la panacée. Pour preuve le volume total des actifs des plus grandes banques du monde a augmenté de 40 %. Cela signifie que les efforts de régulation déployés depuis la crise ne sont pas parvenus à régler le problème des banques « trop importantes pour faire faillite ». Il y a donc toujours moyen de déjouer la réglementation.

De bonnes pratiques bancaires

La solution est suggérée par Asli Demirguc-Kunt, directrice de la recherche à la Banque mondiale. Qui précise que « l’ouverture aux banques internationales n’est pas une garantie de stabilité ou de développement financiers ».

Elle ajoute qu’il importe de respecter des préalables. En effet, avec « les bonnes politiques et les bonnes institutions en place, l’ouverture peut conduire à une plus grande compétitivité et contribuer à amortir les chocs économiques au niveau local. L’ouverture peut ainsi accroître l’accès à des capitaux indispensables pour stimuler la croissance ».

Si l’on adopte les bonnes pratiques, la présence de banques étrangères et l’ouverture, conjuguées au bon fonctionnement des marchés financiers, auront des incidences systémiques positives : une meilleure stabilité financière, une concurrence accrue et une plus grande résilience aux chocs.

Les bienfaits de l’ouverture aux banques étrangères ne sont plus à démontrer si cette ouverture s’accompagne de bonnes pratiques et d’une bonne gouvernance.

Shanta Devarajan, directeur principal de la Banque mondiale pour l’Économie du développement, précise d’ailleurs : « On ne pourra pas atteindre les niveaux de croissance économique nécessaires pour mettre fin à la pauvreté sans un secteur financier compétitif et stable. »

Le panafricanisme bancaire serait-il donc la nouvelle expression de la mondialisation financière en Afrique, vecteur d’intégration et de croissance durable ? 

*Skema Business School, directeur de l’Université d’été des banquiers africains

ENCADRE

La réduction de la voilure : vers une démondialisation financière avec Bâle III ?

Ce que les banques africaines doivent savoir. L’impact de Bâle III sur les banques de financement et d’investissement est la « réduction de la voilure » par la limitation l’octroi de crédits aux grandes entreprises car cette activité est exigeante en fonds propres coûteux.

La tendance générale est à la limitation des encours de crédit avec une priorité donnée au court terme, à la réduction du financement bancaire à long terme, et une orientation vers le recours au marché obligataire :

Une tarification à la hausse, et un « durcissement » de la relation commerciale mettant en évidence l’importance de la qualité de la négociation,

Des crédits bancaires plus restrictifs, vu les contraintes de fonds propres alloués, une aversion plus ressentie aux maturités longues et aux engagements élevés,  Un arbitrage risque/rentabilité plus serré, et une sélection en amont plus restrictive.

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Written by African Banker

C'est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

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