Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Fatimé Souckar Térab : Nourrir sainement

Mais pour elle, « la terre est la première richesse que Dieu nous a donnée ; ses ressources ne sont pas tarissables alors que les autres secteurs sont limités d’une manière et d’une autre ». Alors que la plupart des jeunes diplômés tchadiens ne rêvent que d’un poste dans la fonction publique, Fatimé Souckar veut voler de ses propres ailes. Elle emploie des gens dans ses champs ; se met elle-même à apprendre à labourer, en prenant des cours à distance, des conseils à la Chambre de commerce.

Au Tchad, l’accès à la terre est difficile, particulièrement plus compliqué pour les jeunes. Fatimé Souckar, elle, a la chance de disposer de terres pour démarrer sa nouvelle aventure. Son époux possède en effet un terrain de 17 hectares, inexploité, à une trentaine de kilomètres de N’Djaména. « Aujourd’hui, ce jardin est dédié à la jeunesse tchadienne. Il sert de terrain de formation, d’expérimentation et de production aux jeunes agripreneurs », indique-t-elle.

La jeune femme travaille désormais avec plus de 200 personnes. « Dans deux ou trois ans, le gouvernement viendra discuter avec moi ! », affirme-t-elle.

En attendant, Oxfam a frappé à sa porte ; après une période d’évaluation, l’ONG britannique travaille avec elle sur un partenariat officiel. Elle l’a invitée, fin février à Cotonou (Bénin), promouvoir la Youth Growth African Campaign. Cette campagne digitale, lancée prochainement sur tout le continent, s’articule autour des concepts chocs (tels que « Agricoolture » ou « Agrifuture ») pour ramener la jeunesse à la terre. « Quand vous dites “agriculture” à un jeune Africain, il voit automatiquement soleil, boue, etc. Mais il ne voit pas la chaîne de valeurs, tout ce qu’il peut faire, tout ce qu’il peut gagner », explique la coordinatrice au Tchad de l’Organisation de la jeunesse africaine dans l’agroalimentaire (AYA), présente dans seize

Importantes potentialités

Le 15 novembre 2017, en marge de la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat, Fatimé Souckar organise un festival agrobusiness. « Je forme et j’accompagne les jeunes entrepreneurs qui ont des projets, dans leurs rencontres avec des investisseurs. » L’initiative est saluée par le gouvernement tchadien. « Le développement durable de notre pays passe inéluctablement par le développement des filières agro-sylvo-pastorales et l’agrobusiness en constitue un gouvernail pour soutenir l’ensemble des chaînes de valeur », reconnaît le ministre de la Production, de l’irrigation et des équipements agricoles, Assaid Gamar Sileck.

Le Tchad, vaste pays de 1,2 million de km2, regorge d’importantes potentialités agricoles : environ 39 millions d’hectares de terres cultivables dont 5,6 millions d’hectares irrigables grâce au fort potentiel du réseau souterrain et de surface. Cependant, seules 10 % des terres disponibles sont réellement cultivées. Les productions agricoles ne suffisent pas à couvrir les besoins du pays et obligent à des importations coûteuses.

L’agrobusiness au Tchad a donc besoin d’incubateurs, notamment dans les villages ; Fatimé Souckar en est un. En amont, elle montre l’exemple dans son champ. En aval, elle facilite la commercialisation des produits. La jeune agripreneuse déborde d’enthousiasme et de projets : produire plus, mais bio, et transformer les produits (ses jus de fruits sont déjà consommés dans les hôtels de la place) ; nouer un mariage entre TIC et agriculture ; utiliser des drones pour pulvériser les champs ; fabriquer des pesticides et engrais bio ; nettoyer la ville de N’Djaména et récupérer les déchets pour alimenter des composts ; créer le Khadar Market Agrobusiness Training Center à N’Djaména, etc.

« En tant que jeune femme musulmane tchadienne, avec toutes les pesanteurs culturelles qui vont avec, ce n’est pas facile. Il faut un homme pour nous soutenir dans toutes ces démarches. Je remercie infiniment mon mari », déclare-t-elle. Entre des réunions avec des partenaires, des livraisons de commandes, ses obligations de mère et d’épouse ou encore des interviews avec les médias, Fatimé Souckar a besoin de beaucoup de courage et d’énergie. 

*Présidente du Réseau des acteurs pour la production agricole bio

Rate this article

Author Thumbnail
Written by Geoffroy Touroumbaye

Geoffroy Touroumbaye est le correspondant du Magazine de l’Afrique au Tchad. Titulaire d’un Master en Droit privé (Université de N’Djaména), il est particulièrement intéressé par les questions politiques, économiques et financières. Rédacteur en chef du bihebdomaire N’Djaména-Hebdo, le premier journal indépendant du Tchad, il collabore également avec les agences de presse chinoise (Xinhua) et allemande (Dpa), et bien d’autres médias.

Related Posts