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African Business

Fatimé Souckar Térab : Nourrir sainement

À 28 ans, Fatimé Souckar Térab* dirigeante du Réseau des acteurs pour la production agricole bio du Tchad, également présidente de l’Organisation de la jeunesse africaine dans l’agroalimentaire, fournit des aliments biologiques, frais et produits localement.

N’Djaména, Geoffroy Touroumbaye

En janvier 2018, Fatimé Souckar a ouvert une supérette, la Khadar Market & Garden, dans le quartier du Béguinage, en plein coeur de la capitale tchadienne. Dans les rayons, elle propose une grande variété de produits bio, frais et locaux : tous les légumes de première nécessitée, des fruits, des poissons, de la viande… « Bio, frais, local », résument les ambitions de Fatimé Souckar.

Quand vous dites «agriculture» à un jeune Africain, il voit automatiquement soleil, boue, etc. Mais il ne voit pas la chaîne de valeurs, tout ce qu’il peut faire, tout ce qu’il peut gagner.

Les produits qu’elle vend dans sa supérette proviennent de ses champs, mais aussi du Réseau des acteurs pour la production agricole bio qu’elle a fondé et dirige, ainsi que des producteurs des alentours de N’Djaména et de l’intérieur. Certains produits (ananas, plantain, orange, avocat ou igname) proviennent du Cameroun voisin.

Elle rejoint ainsi Fatimé Garfa Aldjineh, à la tête d’une coopérative, AssurBio, spécialisée dans la production de légumes à base d’engrais et de pesticides bio. À l’instar de Fatimé Souckar, cette jeune partenaire, qui est l’une des deux seules inscrites à l’Ordre national des architectes du Tchad, réussit sa reconversion dans l’agriculture. Elle proposera bientôt sur les marchés des oeufs et poulets bio.

Si sa clientèle est constituée à 90 % des expatriés, ainsi d’hôtels et restaurants, Fatimé Souckar veut nourrir les Tchadiens de toutes les classes sociales. « Nous ne pouvons pas changer les habitudes, les mentalités des Tchadiens, mais nous essayons de travailler beaucoup plus sur la sensibilisation, sur l’importance de manger sainement », explique la gérante de Khadar Market & Garden, qui compte ouvrir bientôt des magasins dans les dix arrondissements de la capitale et les autres villes du pays. « Si une ménagère qui achète, par exemple, le kilo de tomates à 500 F.CFA chez la vendeuse du coin de la rue, peut trouver le même produit à 400 F.CFA ici, dans un espace propre et aéré, elle viendra sûrement chez nous. »

Du ciel à la terre

Cette jeune femme de 28 ans parle aussi parfaitement le français, l’anglais, que l’arabe. En 2006, alors qu’elle n’était âgée que de 16 ans, elle quitte N’Djaména pour Addis- Abeba, en Éthiopie. « J’étais allée rejoindre mon premier mari », confie-t-elle dans un petit sourire. Femme et mère au foyer très tôt, elle réussit à obtenir un bac D, puis intègre la prestigieuse académie de Ethiopian Airlines où elle décroche un diplôme en gestion aéronautique. Elle suivra d’autres formations, notamment en gestion hôtelière, en administration des affaires et en technologies de l’information.

«L’agriculture n’est pas faite pour les femmes »

En 2015, Fatimé Souckar rentre au pays. Pourtant, elle ne se voit pas travailler dans son domaine de formation, un secteur très peu développé au Tchad. « L’environnement ne me laissait pas l’opportunité de travailler », déplore-t-elle. Elle veut ouvrir un spa, puis se ravise très vite car « un spa n’a pas un impact positif ni pour le pays ni pour la jeunesse ».

Aussi, l’ancien officier et agent de liaison d’Ethiopian Airlines, décide de se lancer dans l’agriculture, à la surprise générale. Une anecdote va la marquer et conforter à jamais dans ce choix. Un jour, Fatimé Souckar, qui n’a pas l’habitude de faire des courses, arrive au marché central de N’Djaména. C’est l’hivernage et les services de la voirie ont curé les caniveaux. À l’entrée sud du marché, elle constate que des femmes vendent les légumes à même le sol, dans des conditions peu salubres. « Pourquoi dans d’autres pays, on va dans les supermarchés acheter des légumes bien frais et alors que chez nous, ces femmes se démènent ainsi dans la saleté ? », s’est dit la jeune femme. « Je sais que je ne peux pas changer les choses ni aujourd’hui, ni demain, mais je vais apporter ma petite contribution. »

Fatimé Souckar va investir ses propres économies dans la terre. Dans sa famille, on ne comprend pas son choix car « l’agriculture est faite pour les hommes, pas pour les femmes ».

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Written by Geoffroy Touroumbaye

Geoffroy Touroumbaye est le correspondant du Magazine de l’Afrique au Tchad. Titulaire d’un Master en Droit privé (Université de N’Djaména), il est particulièrement intéressé par les questions politiques, économiques et financières. Rédacteur en chef du bihebdomaire N’Djaména-Hebdo, le premier journal indépendant du Tchad, il collabore également avec les agences de presse chinoise (Xinhua) et allemande (Dpa), et bien d’autres médias.

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