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African Banker

Éric Tenié Ouattara, DG FDH Bank Malawi

Riche de son expérience en Afrique de l’Ouest, Éric Tenié Ouattara a rejoint la FDH Bank au Malawi. Il pointe les écarts entre les marchés bancaires anglophone et francophone, le plus souvent au détriment de ce dernier.

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

Comment se positionne le marché bancaire du Malawi dans la zone SADC ?

Il est très concentré avec 11 banques privées. Le leader possède 26 % des parts de marché des dépôts, le second 25 % et la FDH Bank 14 %. C’est un secteur réduit comparativement à celui de ses voisins, le Botswana, la Zambie, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud.

Le niveau d’intermédiation reste faible, mais il se développe rapidement. Les taux d’intérêt sont élevés et les banques prêtent en moyenne, à des taux supérieurs à 40 % aux PME-PMI et aux particuliers (taux d’inflation de 21 % en 2015). La situation varie en fonction des pays, en raison de régulateurs protéiformes et de situations économiques diverses.

Lorsque la Bank of Africa s’est implantée dans la zone anglophone, j’ai été l’un des premiers à m’expatrier. L’expertise anglophone est reconnue comme la meilleure au monde. Quand nous sommes arrivés, nous avions l’impression d’être pris de haut par nos collègues. Il nous a fallu faire nos preuves, s’adapter aux mentalités.

Le système bancaire et financier sud-africain reste le leader d’Afrique avec 36 % du bilan et 45 % du PNB total. Ce dernier est aussi le plus moderne, le plus complet, disposant de banques puissantes, très bien implantées au niveau régional à l’instar de Standard Bank Group, First Rand – FNB, ABSA-Barclays, NedBank et Investec Bank. Alors que le taux de bancarisation est de plus de 80 % en Afrique du Sud, il n’est que de 13 % à 14 % au Malawi.

Que représente FDH Bank au Malawi et comment conçoit-elle sa mission ?

FDH Bank est un jeune groupe bancaire, présent sur tout le territoire avec 93 distributeurs de billets, une société d’affacturage, une société de gestion et d’intermédiation en Bourse, une banque, une holding et une société de change composée d’une centaine de bureaux.

Il compte plus de 700 collaborateurs. On se revendique pleinement malawite même si notre deuxième actionnaire est sud-africain (Old Mutual). Nous avons développé le Digital Banking avec l’ouverture d’une plateforme mobile en ligne, en novembre 2016, et nous cherchons à devenir le leader de l’Agency Banking, en offrant des services de base (retrait ou dépôt) par l’intermédiaire de nos représentants locaux.

On développe également le Banking sans cash pour multiplier notre clientèle par deux – ce qui représente 520 000 clients – d’ici à mi-2018. Ici, peu de gens ont des comptes bancaires mais ils ont tous un téléphone portable ! Nous voulons les intégrer dans le secteur formel cependant nous sommes confrontés à l’accès difficile aux papiers d’identité, condition sine qua non à l’ouverture d’un compte bancaire.

Un programme est en cours avec le gouvernement, pour un montant d’un million de dollars. La FDH Bank est également impliquée dans les projets liés à l’irrigation et à la motorisation des cultures.

Dans quelle mesure la FDH Bank participe-t-elle à l’inclusion bancaire ?

La banque ouvre des comptes pour les groupes de personnes rurales, appelés les Villages Bank. L’épargne et la gestion de comptes, avec des petits montants, se réalisent de façon solidaire. Les opérations se nouent avec plusieurs signataires.

La FDH dispose du réseau bancaire le plus étendu du pays. Parallèlement, nous avons lancé une plateforme de Mobile Banking en novembre 2016, Mobile Banking App et Mobile Wallet. FDH Bank est la seule banque du Malawi avec un opérateur de téléphonie cellulaire qui offre des microcrédits à ses clients.

Nous venons de recevoir l’Award de l’Institution financière la plus novatrice du pays en 2016. Nous allons lancer une nouvelle offre de paiement pour différents opérateurs dès février 2017 concernant le paiement de factures d’eau, d’électricité, de téléphone, ou les impôts. Dans les pays aux faibles revenus, il faut être rigoureux et savoir innover.

Le Malawi s’est retrouvé dans une situation où le régulateur a demandé aux banques de ne plus prélever de frais de tenue de compte, sur les comptes épargne et les comptes chèques des populations les plus défavorisées. Il nous faut améliorer et diversifier la qualité des services en permanence, pour satisfaire une clientèle qui a des alternatives dans le secteur financier formel ou informel.

Les États ont besoin de ces expertises. On reproche à ces banques panafricaines d’échapper à la fiscalité dans des paradis fiscaux comme l’île Maurice mais c’est aussi le cas en Europe, avec l’exemple récent de Google…

Quelles sont les particularités du marché bancaire en Afrique anglophone comparativement à celui de l’Afrique francophone ?

Les banques d’origine française occupent une position de leadership de façon historique en Afrique francophone. En Afrique australe ou en Afrique de l’Est, les banques locales sont beaucoup plus nombreuses, à côté des poids lourds sud-africains, marocains et nigérians.

Dans l’espace anglo-saxon, les fluctuations bancaires sont plus importantes. La trésorerie représente environ un tiers des bilans alors qu’en Afrique francophone, le taux de trésorerie ne dépasse pas les 15 %. Il y a aussi davantage d’opérations hors-bilan chez les Anglo-Saxons.

En Afrique francophone, il y a très peu d’opérations de change car le tourisme y est moins développé, pourtant le marché existe et demande à être profondément réformé. Au Malawi, nous acceptons jusqu’à trente devises étrangères.

Les procédures de contrôles au niveau national sont très exigeantes et il faut éviter de garder le cash trop longtemps pour échapper aux dévalua­tions. Globalement, il y a un niveau de technicité plus grand, davantage de dynamisme et de prise de risque dans la sphère anglophone.

Comment vous êtes-vous adaptés à l’environnement anglo-saxon ?

Lorsque la Bank of Africa s’est implantée dans la zone anglophone, j’ai été l’un des premiers à m’expatrier. L’expertise anglophone est reconnue comme la meilleure au monde. Quand nous sommes arrivés, nous avions l’impression d’être pris de haut par nos collègues. Il nous a fallu faire nos preuves, s’adapter aux mentalités.

Dans la salle des marchés, la notion de risques est parfaitement maîtrisée et l’optimisme domine. À taille équiva­lente, les banques anglo-saxonnes ont un personnel plus nombreux et plus technique.

Au Kenya par exemple, le taux de bancarisation est élevé, et les évolutions rapides sur un marché très compétitif rendent le secteur bancaire particulièrement novateur. Le catalogue de produits bancaires est bien plus développé qu’en Afrique francophone.

Il existe également des différences relationnelles. Tout le monde s’appelle par son prénom chez les anglophones ! Cela ne change rien à la hiérarchie mais ça ôte des barrières au niveau personnel.

Quelles sont les procédures réussies et transposables en Afrique francophone ?

Je pense qu’il faudrait développer le Mobile Banking. La question est actuellement à l’étude chez Orange Money qui enregistre des résultats encourageants au Sénégal.

Le Kenya est le leader mondial du Mobile Banking qui représente jusqu’à 40 % du PIB grâce au système MPesa. L’Ouganda avec 33 % et la Tanzanie avec 35 % lui emboîtent le pas. Il faudrait également développer des salles de trésorerie dans l’espace francophone et structurer le marché des devises.

Comment les banques francophones sont-elles implantées dans l’espace anglophone ?

Pour l’instant, seul le groupe bilingue Ecobank s’est développé un peu partout, mais les groupes marocains sont très dynamiques. Ils rachètent les groupes bancaires ouest-africains au moment où ils n’ont plus les moyens de se développer.

Ils opèrent de la même façon au Kenya et se dirigent désormais vers le sud et l’est de l’Afrique. Cependant, les anglophones continuent à dominer le marché et les banques sud-africaines s’implantent désormais dans les zones francophones, en Afrique centrale ainsi qu’en Afrique de l’Ouest. Sortir de sa « zone de confort » demande une certaine prise de risque auxquels les Anglo-Saxons se montrent plus prompts.

Selon vous, qu’apportent les grandes banques panafricaines au paysage bancaire ?

Les banques panafricaines disposent de catalogues variés et d’expertises très poussées ainsi que d’une connaissance approfondie des marchés africains. La Standard Bank est le premier groupe bancaire en Afrique avec une présence dans 18 pays.

Ecobank, Standard Bank et Attijariwafa bank disposent d’une signature reconnue hors Afrique, sans laquelle un certain nombre d’opérations risquées ne pourraient se faire, surtout pour des petits pays comme le Malawi. Les États ont besoin de ces expertises. On reproche à ces banques panafricaines d’échapper à la fiscalité dans des paradis fiscaux comme l’île Maurice mais c’est aussi le cas en Europe, avec l’exemple récent de Google…

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Written by African Banker

C'est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

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