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African Banker

UEMOA: Entre intégration et innovation

 

Le secteur bancaire poursuit sa restructuration autour de groupes panafricains forts, dans la zone Uemoa. Pour autant, le concours bancaire au reste de l’économie, quoiqu’en progrès, reste insuffisant.

Par Estelle Brack

L’intégration financière en Uemoa se lit aujourd’hui concrètement au travers de trois facteurs : une monnaie commune (avec liberté des changes intra-zone, un système interbancaire de paiements régionaux et un système interbancaire monétique assuré par le GIM-Uemoa), une loi bancaire unique avec plusieurs banques régionales, voire panafricaines, qui se sont affranchies des frontières et interviennent dans plusieurs pays (50 % des actifs bancaires de l’Uemoa appartiennent aujourd’hui à des groupes bancaires panafricains), et des marchés monétaires et financiers régionaux – la BRVM est établie en 1998 à Abidjan. La solidité du système bancaire dans la zone s’est indéniablement améliorée au fil des ans, et la situation actuelle est bien loin des crises des années 1980 : les pays appliquent désormais le ratio minimum d’adéquation des fonds propres après pondération des risques de 8 %, voire dépassent confortablement ce niveau. Les avancées dans la réduction du rôle des banques détenues par l’État et le renforcement de la supervision ont contribué à réduire l’incidence des crises bancaires systémiques.

L’intégration régionale a ainsi bénéficié de la panafricanisation des groupes bancaires et a conduit à la création d’importants réseaux transfrontaliers. On peut considérer que ces banques reprennent à certains égards le rôle des banques européennes et américaines qui dominaient traditionnellement les activités bancaires en Afrique subsaharienne, mais qui se sont retirées ces dernières années, en partie en raison du renforcement des contraintes réglementaires auxquelles elles sont assujetties depuis leur pays d’origine. Désormais, 26 groupes bancaires sont en activité dans l’Union et proviennent de six principales zones géographiques. Ils détiennent ensemble 85,7 % des actifs et représentent 85,6 % du résultat net global provisoire du système bancaire. Les banques régionales ont profité du retrait sur leurs marchés des banques européennes, certes, mais elles ont également cherché à conquérir de nouveaux marchés dans un environnement davantage concurrentiel. Elles sont ainsi devenues les principaux acteurs dans les nouveaux groupements et les grands prêts bilatéraux destinés à financer l’aménagement d’infrastructures et ont innové avec de nouveaux produits bancaires et financiers.

Cependant, des difficultés persistent, comme en témoignent les excédents de liquidités, les possibilités de prêt limitées et, malgré des améliorations, la qualité des actifs et le provisionnement encore relativement faibles. Les dépôts et les crédits au secteur privé fournis par le système bancaire demeurent insuffisants à la hauteur des besoins. La taille du secteur bancaire n’a cessé de croître. « En 2000, le ratio des crédits bancaires rapportés au PIB était de l’ordre de 15 % », précise Antoine Traoré, directeur des Activités bancaires de la BCEAO. « Aujourd’hui, il est autour de 26 %-27 %. C’est une évolution notable, mais ce ratio n’est pas suffisant ; les PME ne sont pas assez financées, de même que le secteur agricole et tout ce qui a trait aux mines ou aux infrastructures, qui sont aujourd’hui financées sur des fonds étrangers et non africains. » Parallèlement, si les taux d’intérêt moyens dans la région ont fortement baissé, de plus de 11 % en 2009 à 8,7 % aujourd’hui, ils restent élevés pour être couverts par les taux de rendement interne (TRI) des projets à financer. Les crédits à court terme s’élèvent à 10 milliards d’euros (6 675 milliards de F.CFA) et représentent plus de la moitié (51,7 %) du total des crédits. Ils augmentent fortement +14,6 % en rythme annuel en 2014, un peu moins qu’en 2013 (+15 %). Les crédits à moyen et long terme ne représentent que 41,2 % du total des crédits, mais ils croissent plus rapidement (+21,5 % en 2014, +19,4 % en 2013). Ces chiffres communiqués par la BCEAO sur les bénéficiaires des crédits bancaires montrent la part primordiale des services dans les économies de la sous-région : 30 % des crédits sont accordés aux activités de commerce, restauration et hôtellerie et 17 % aux services à la collectivité, et seulement 18 % aux industries manufacturières. Ceci révèle une approche plutôt court-termiste de l’activité économique, où le financement aurait semble-t-il tendance à davantage alimenter à court terme le fonds de roulement dans le secteur des services que l’investissement productif à moyen terme.

Innovation, nouveaux produits et nouveaux modèles ?

On peut ainsi regretter le nombre encore trop faible d’institutions non bancaires permettant une diversification des produits financiers. Fin 2014, on dénombrait ainsi 102 banques et 16 institutions financières (aucune au Bénin ou en Guinée-Bissau), une seule en Côte d’Ivoire, au Niger ou au Sénégal. Mais la recherche de solutions pour le financement des besoins d’investissement des petites et moyennes entreprises a promu des solutions diverses. Le social business prend son essor, en quête de nouvelles solutions pour accompagner les entrepreneurs. Le capital-investissement en est une, au travers de projets de plus en plus nombreux. Il a pour avantage d’apporter à l’entrepreneur des fonds, mais également de l’expertise opérationnelle. Le cas des Laiteries du Berger, qui livrent à ce jour les seuls produits laitiers à base de lait collecté auprès de 800 éleveurs dans le nord du Sénégal, est souvent cité en exemple de ce point de vue. Il a bénéficié dès 2006 de la garantie Ariz de l’AFD sur une partie du prêt accordé par une banque locale puis du soutien suivi d’Investisseurs & Partenaires « En investissant dès la création de l’entreprise, permettant son démarrage, en contribuant depuis le début à la réflexion stratégique, en mettant en place progressivement des outils de gestion, en contribuant à l’élargissement de la base d’actionnaires, en apportant une assistance technique sur des sujets variés (opérationnels et financiers) », précise I & P. Autre voie, la finance islamique est également de plus en plus sérieusement évoquée, elle qui, dans ses principes fondamentaux, se donne pour mission de financer des projets de proximité avec des fonds locaux. La Banque islamique du Sénégal finance ainsi un porte- feuille de plus de 100 milliards de F.CFA, limité par le nombre de déposants, ne lui ayant confi é à ce jour que 106 milliards de F.CFA. Enfin, certains établissements bancaires (tels Cofina ou Coris Bank) visent spécifiquement les PME, et les groupes marocains stimulent fortement la concurrence sur le marché des particuliers, encore peu pris en considération aujourd’hui, excepté peut-être les fonctionnaires. Les autorités ne sont pas en reste, cherchant à protéger ces nouveaux utilisateurs des services bancaires et à promouvoir une connaissance éclairée de l’argent (budget, moyens de paiements, etc.) qui reste la clé pour amener les ménages et les entrepreneurs à créer de la richesse et à bien la gérer, en bonne connaissance des règles et des lois.

 

ENCADRE

Les réformes engagées par la Bceao

L’instruction du 25 juin 2014 a listé les services bancaires que les établissements de crédit de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) devaient proposer à titre gratuit à leur clientèle. Ils comprennent l’ouverture de compte, la délivrance de livret d’épargne, la tenue de compte sur livret d’épargne, la transmission de relevé de compte (une fois par mois) et du relevé récapitulatif des frais annuels, le dépôt d’espèces dans la banque du client, quel que soit le guichet, le retrait d’espèces dans la banque du client, à l’exception des opérations par chèques de guichet, et la domiciliation de salaire.

Sont également gratuits le changement d’éléments constitutifs du dossier du client notamment d’identification, la mise en place d’une autorisation de prélèvement (ordre de prélèvement à partir du compte) ou de virement permanent (création du dossier) et la clôture de compte. La gratuité concerne aussi le retrait auprès d’un guichet automatique (GAB-DAB) de la banque du client, le paiement par carte bancaire au sein de l’UMOA, la consultation de solde et édition du relevé de solde au GAB-DAB dans la banque du client, le virement de compte à compte dans la même banque, l’encaissement de chèques tirés sur une banque de l’Union, et l’encaissement de virements nationaux, communautaires et internationaux.

La BCEAO a également décidé, en mars 2014, de créer un fonds de garantie des dépôts dans l’UMOA, « FGD-UMOA ». Il s’agit d’un système explicite de garantie des dépôts qui vise à renforcer la confiance des épargnants dans le secteur bancaire. Le FGD-UMOA a pour objectifs de protéger les petits déposants contre la perte de leur épargne en cas de cessation de paiements d’un établissement de crédit ou d’une institution de microfinance adhérent.

Sont garantis, dans la limite d’un plafond à fixer par le conseil des ministres, les dépôts libellés en francs CFA et détenus par des personnes physiques ou morales (dépôts à vue ou à terme, comptes sur livret et plans d’épargne, solde créditeur des comptes courants ou des comptes ordinaires, dépôts de garantie lorsqu’ils deviennent exigibles, toute autre somme due à la clientèle au titre des opérations bancaires en cours au jour de l’arrêté des comptes).

 A lire la suite dans la version papier de AFRICAN BANKER AOÛT – SEPTEMBRE – OCTOBRE 2016

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Written by African Banker

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