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Politique

Emmanuel Dupuy : Conjuguer action militaire et approche civile

…Barkhane (4 000 hommes) et auparavant dans les opérations Licorne en Côte d’Ivoire (jusqu’en janvier 2015) et Sangaris en Centrafrique (jusqu’en octobre 2016), sans oublier les 200 hommes et navires engagés dans la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes et dans le golfe de Guinée (opérations Sophia – EUNAVFOR Med, au large de la Libye, Atalante – EUNAVFOR Somalie dans le golfe d’Aden). L’on pourrait y ajouter, les éléments militaires, policiers, gendarmes engagés dans les opérations européennes de formation et d’entraînement des forces de sécurité.

Au-delà de cette comptabilité capacitaire, c’est assurément dans la philosophie de cette présence que l’on pourrait trouver le meilleur justificatif quant au maintien du dispositif militaire français en Afrique, en prenant en compte, bien sûr, le « toilettage » des 28 accords de défense et de sécurité en 2008 nous liant depuis les indépendances de 1960 à nos partenaires sur le continent africain ; lesquels accords avaient quelque peu harmonisé l’action et permis davantage de transparence dans nos relations bilatérales en matière de défense.

La diplomatie de défense française que vous évoquez répond, en réalité, parfaitement à l’évolution stratégique en cours sur le continent, en quête d’approfondissement de la coopération régionale dans le domaine de la défense et de la sécurité.

Que ce soit dans notre pré-positionnement (Gabon, Djibouti, Sénégal) qui s’inscrit dans une dynamique de coopération opérationnelle à vocation régionale – à l’instar des « pôles opérationnels de coopération » (POC) de Dakar et de Libreville ou qu’il s’agisse de la création des écoles nationales à vocation régionales (ENVR) à l’initiative de la Direction de la Coopération de Sécurité et de Défense, à l’instar de l’École du Service de santé des Armées de Lomé au Togo ou de la dernière crée à Dakar dans le domaine de la cybersécurité.

La France a donc davantage une vocation à « régenter » la sécurité. Il s’agit d’une double volonté d’« africaniser », d’une part, les réponses aux crises, notamment dans leur prise en compte précoce, comme en atteste la création en juillet 2016 – après trois années de difficile gestation – de la Capacité africaine de réponse aux crises (CARIC) sous l’égide de l’Union africaine.

Il s’agit, d’autre part, de prendre en compte et de faciliter la dimension interrégionale de réponse aux crises, comme en témoigne la création, en juillet 2014, de la Force d’intervention conjointe multinationale (MNJTF) luttant, avec efficacité, contre Boko Haram, réunissant le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Bénin. Le soutien des forces françaises à cette logique d’« appropriation » multiforme devient un puissant levier de coopération au profit des pays africains concernés. Justifiant que 80 % de l’engagement français à l’étranger se fasse en Afrique.

Pour beaucoup d’Africains, les bases militaires de la France sur le continent fonctionnent à huis clos. Cette impressionde secret pourrait alimenter des incompréhensions et un sentiment de rejet. La transparence est-elle possible sur ce sujet ?

La question ne se pose pas forcément dans cette seule dimension, me semble-t-il. Premièrement, les forces françaises vivent en pleine interaction et harmonie avec les populations qu’elles sont censées protéger. C’est vrai dans le cadre des trois bases permanentes, comme dans le cas de la dizaine de bases militaires françaises réparties dans les cinq pays de la bande sahélienne-saharienne où se déroule l’opération Barkhane.

Néanmoins, le ministère de la Défense semble avoir pleinement pris en compte ce phénomène d’un éventuel « rejet » de la présence militaire française, comme en attestent quelques mouvements de protestation récents dans le septentrion malien, notamment à Kidal.

Il en résulte ainsi une vocation à mener conjointement et désormais de plus en plus systématiquement les opérations militaires, comme en atteste la récente opération conjointe Bakhane-Force armées maliennes ayant abouti à la mise hors d’état de nuire d’une trentaine de djihadistes dans le nord du Mali.

C’est ainsi en multipliant la planification conjointe en amont de ce type d’opérations efficaces et symboliquement fortes, comme, du reste, en axant davantage, comme au Mali, l’action militaire française à travers des patrouilles mixtes (FAMA, Minusma, Barkhane) que la légitimité de notre action cinétique rejoindra la légalité de notre engagement multiforme, sous mandat onusien, donc de facto, à la demande des autorités maliennes en janvier 2013 (Serval) et de leurs voisins, depuis (Barkhane), faut-il le rappeler… 

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