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Société

Dossier UNFPA : Capturer le dividende démographique

UNFPA veut inciter les pays africains à autonomiser les femmes et à capitaliser sur la jeunesse. Le dividende démographique est décrit par le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) comme « une hausse de la productivité économique qui se produit lorsque le ratio de la population active par rapport au nombre de personnes à charge s’accroît ».

Dossier réalisé par Christine Holzbauer

À un moment où la pyramide des âges en Afrique atteint ce stade, il s’agit de ne pas rater le rendez-vous de la démographie avec l’économie. Car la capture de ce dividende démographique permettra d’atteindre un développement durable et inclusif partout sur le continent, et plus particulièrement dans la zone sahélienne, la plus vulnérable.

Pour y parvenir, l’UNFPA travaille sans relâche avec la société civile, les communautés et les gouvernements à l’adoption de politiques propices à sa réalisation. Celles-ci consistent à améliorer l’accès à une éducation de qualité et à l’emploi des jeunes tout en réalisant des investissements en faveur de la santé, particulièrement la santé sexuelle et reproductive. Après une longue bataille institutionnelle, l’enjeu est maintenant de mobiliser les ressources dans les pays africains et de les aider à les coordonner pour ne pas dévier de la voie tracée.

 UNFPA : Capturer le dividende démographique

Le dividende démographique se produit quand un pays parvient à tirer un bénéfice économique de sa pyramide des âges. Pour cela, il faut que le ratio population active/nombre de personnes à charge s’accroisse. Or, beaucoup de pays africains sont déjà entrés dans cette phase de transition démographique avancée. Pour parvenir à une hausse de la productivité économique, il faut que l’augmentation de la population en âge de travailler, du fait le plus souvent d’une baisse de la fécondité, soit également accompagnée d’investissements efficaces dans la santé, l’autonomisation des femmes, l’éducation et l’emploi, etc. Jorge Santos, président de l’Assemblée nationale du Cap-Vert, explique : « Étant considéré comme une fenêtre d’opportunité et une promesse de gain économique, le dividende démographique n’aura de sens que s’il s’accompagne de réformes et d’investissements nécessaires pour une éducation de qualité, d’un meilleur accès au marché du travail, d’un meilleur accès aux biens et services sociaux, ainsi que de plus d’égalité et d’opportunités pour les jeunes de toutes les régions du pays. »

En d’autres termes, la capture du dividende démographique n’est pas automatique. Pour que l’Afrique atteigne un développement économique et social semblable à celui qu’ont connu les « tigres d’Asie » qui en ont tiré une augmentation de leur PNB de 1 500 %, il faut beaucoup d’investissements multisectoriels et ciblés.

L’UNFPA estime que l’Afrique subsaharienne enregistrera un dividende démographique de 500 milliards de dollars par an sur une période de 30 ans si les gouvernements investissent dans la santé et l’éducation, améliorent leur gouvernance, mettent en place les infrastructures nécessaires, favorisent la création d’entreprises et rendent l’agriculture plus attrayante. L’expérience de plusieurs pays asiatiques, dont la Chine et l’Inde, où ce dividende a représenté jusqu’à 40 % de la croissance économique entre 1965 et 1995, sert de référence.

Le bureau régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du centre (Braoc) a oeuvré sans relâche pour qu’il devienne un élément central du cadre axé sur « la Position commune africaine » dans l’Agenda de développement post-2015. Cette reconnaissance a abouti à son inclusion dans l’Agenda 2030 des Nations Unies pour le développement durable ainsi que dans l’Agenda 2063 pour la transformation de l’Afrique avant d’être adopté, à l’unanimité, au sommet de l’UA à Addis-Abeba ; les 54 chefs d’États africains ont également concrétisé les modalités de sa mise en oeuvre.

Privilégier l’éducation et la santé

Au coeur de cette stratégie africaine figure l’accès à une éducation de qualité et à l’emploi des jeunes, tout en réalisant des investissements en faveur de la santé, particulièrement la santé sexuelle et reproductive. António Guterres, le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, a félicité les 54 chefs d’État africains d’« avoir désigné 2017 année pour l’exploitation du dividende démographique par des investissements dans la jeunesse… Plus de trois Africains sur cinq sont âgés de moins de 35 ans. En investissant dans l’éducation, la formation et l’emploi, il sera possible de construire l’avenir de la jeunesse africaine ».

« Si nous voulons un monde plus pacifique, nous ne pouvons plus nous permettre d’oublier les jeunes. Nous devons les écouter et travailler avec eux », avait-elle exprimé en août 2017, lors de la Journée de la paix des Nations Unies.

Le 3 octobre 2017, il nommait Natalia Kanem directrice exécutive de l’UNFPA ; sa première sortie officielle a été d’intervenir, à Bruxelles, dans le cadre du Rebranding Africa Forum (RAF) 2017. Lançant un appel au secteur privé, elle a exprimé son souhait de collaborer étroitement avec le monde de l’entreprise pour consolider le programme sur le dividende démographique et décider, ensemble, de la manière de mieux utiliser les ressources, y compris les ressources financières, pour aider les jeunes à répondre à leurs besoins et atteindre les bénéficiaires les plus difficiles à toucher.

Et, parmi les jeunes, cette ancienne directrice exécutive intérimaire de l’UNFPA, qui a succédé à Babatunde Osotimehin (décédé en juin 2017),  veut mettre l’accent sur les filles. Recevant le prix Empowering Women Award que lui a décerné le RAF, elle l’a dédié aux jeunes Africaines en les incitant à tout miser sur l’éducation, d’avoir une famille qui les nourrit en plus de les encourager à devenir résilientes et indépendantes afin de participer à la prise de décisions en public et en privé.

Dans le nouveau plan stratégique de l’UNFPA pour 2018-2021 qu’elle a présenté sitôt après sa nomination, Natalia Kanem a mis en lumière trois objectifs fondamentaux pour son institution : «Zéro décès maternel évitable ; zéro besoin de planification familiale non satisfait et l’élimination de toutes les formes de violence contre les femmes et les filles, y compris les pratiques traditionnelles préjudiciables telles que les mutilations génitales féminines ou les mariages précoces».

Déjà, dans ses fonctions précédentes, elle s’était fait le chantre du droit des femmes à décider d’avoir une grossesse ou pas et, le cas échéant, à décider du moment de cette grossesse ou à accoucher dans de bonnes conditions de sécurité et à être protégées contre toute violence basée sur le genre.

Investir dans les jeunes

« Si nous voulons un monde plus pacifique, nous ne pouvons plus nous permettre d’oublier les jeunes. Nous devons les écouter et travailler avec eux », avait-elle exprimé en août 2017, lors de la Journée de la paix des Nations Unies.

Pour elle, « la construction de sociétés pacifiques, cohérentes et résilientes ne peut se faire sans une participation pleine et intelligente de la jeunesse ». Investir dans les jeunes de manière à accroître leurs capacités et créer des opportunités qui leur permettent d’exploiter tout leur potentiel dans la vie, sont des conditions indispensables pour leur engagement dans les affaires publiques.

C’est pourquoi l’UNFPA a choisi de soutenir les efforts des gouvernements et de la société civile en faveur des jeunes. « Ils peuvent nous aider à nous rapprocher de notre vision commune d’un monde sans conflits ni violence », poursuit-elle. Pour Mabingué Ngom, le directeur du Bureau régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, les investissements dans la jeunesse ne doivent pas rester au niveau des intentions, mais constituer une priorité nationale clé en matière de développement.

« Je ne parle pas que des ressources financières, mais des efforts massifs de discipline et de coordination dans l’action que nous allons devoir déployer pour ne pas dévier de la voie tracée ! Oui, il s’agit d’un pari risqué, mais il s’agit d’une nécessité et nous devons relever ce pari pour la jeunesse africaine. Nous devons considérer les jeunes comme la priorité », insiste-t-il.

Sous sa houlette, l’UNFPA a pris l’initiative d’engager les jeunes dans des programmes mettant au centre de leurs activités la capture du dividende démographique qu’ils doivent s’approprier, en priorité, si le continent veut réussir sa transition démographique. « Nous avons renforcé le réseau des organisations de jeunesse telles que AfriYAN (African Youth and Adolescents Network) et facilité leur participation effective et active à un certain nombre d’événements stratégiques aux niveaux national, régional et mondial. Il est rassurant de voir la campagne  PutYoungPeopleFirst prendre de l’ampleur pour devenir un mouvement », s’est réjoui Mabingué Ngom.

Lors du Sommet Afrique-France de janvier 2017 à Bamako, il a organisé un Forum de la jeunesse et de la diaspora africaine. Le but était notamment de mieux sensibiliser renforcer les capacités de centaines de jeunes issus de plusieurs pays dans les domaines de la santé sexuelle et de la reproduction des adolescents et des jeunes.

Après l’initiative « Young People First » lancée à l’occasion des dix ans de la Charte africaine sur la jeunesse en mai 2016 à Banjul, Bamako a donc été l’occasion de faire naître « Pas un pas sans les jeunes » grâce au soutien des chefs d’État et des ministres en charge de la Jeunesse présents au sommet.

Les jeunes sont aussi le but privilégié de la Campagne régionale de communication (CCSC) mise en place dans le cadre dans le cadre d’un projet d’Autonomisation des femmes et dividende démographique au Sahel (SWEDD), financé par la Banque mondiale et dont l’UNFPA est l’un des principaux maîtres d’oeuvre dans le cadre de son assistance technique aux pays membres. Dans la stratégie régionale que les six pays sahéliens du SWEDD ont, tous, accepté d’appliquer chez eux, deux approches sont privilégiées. 

D’une part, les femmes, les filles et les adolescentes vivent dans un environnement où leurs droits en matière de santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et nutritionnelle (SRMNIN) sont reconnus et protégés. D’autre part, les leaders politiques, communautaires, religieux et traditionnels prennent conscience des conséquences des pratiques néfastes en matière de SRMNIN et s’engagent à soutenir les initiatives qui luttent contre ces pratiques.

Planifier la capture du dividende démographique

En 2017, l’UNFPA-BRAOC a renforcé son partenariat avec les organisations confessionnelles, dynamisant, ainsi, la participation aux événements destinés à améliorer la capture du dividende démographique dans la sous-région. D’éminents chefs religieux ont livré des messages clés, notamment en soulignant que la pratique de la foi accepte bel et bien la planification familiale et que l’espacement et la limitation des naissances au-delà de la prévention de la mortalité maternelle et infantile, assurent également le bien-être de toute la famille.

« Le soutien indéfectible des leaders musulmans a été un stimulant important pour notre mission en faveur d’une croissance démographique maîtrisée dans notre région, qui historiquement, a atteint un niveau exceptionnellement élevé par rapport à d’autres régions du monde. S’ils parviennent par leur message à influencer suffisamment de personnes, cela nous permettra certainement de pouvoir récolter les fruits du dividende démographique. Notre regard est porté sur cet objectif et notre détermination  est sans faille », note le directeur régional de l’UNFPA-BRAOC dans le rapport d’étape 2017.

Le dividende démographique doit faire, selon lui, l’objet d’une planification à tous les niveaux : « De la cellule familiale jusqu’au niveau continental, des actions doivent être mises en oeuvre des synergies desquelles résultera le dividende. Ce dernier ne résultera pas de la seule transition démographique ni de la seule émergence économique ou des seules transformations institutionnelles ; de même qu’il ne résulterapas des seules actions de responsabilisation des femmes, ni de la seule action des religieux. »

En d’autres termes, le dividende n’est ni l’affaire des gouvernements seuls, ni celle des organisations de la seule société civile ou du secteur privé, mais le résultat d’une action planifiée et concertée de tous. Encore faut-il pour cela qu’il y ait accord sur un projet familial, national ou régional car « il n’est pas de bon vent pour celui qui ne sait où il veut aller ! », prévient-il.

La définition du bon port ne pourra pas se faire, selon lui, de façon arbitraire ou autoritaire. Mais n’aura de sens que si elle résulte d’un consensus forgé au terme d’un dialogue dont le rythme ne saurait être prédéterminé. L’UNFPA a organisé à Dakar, en novembre 2016, la première réunion de la Conférence internationale des Réseaux de parlementaires en population et développement.

À l’issue de cette rencontre, l’engagement a été pris par les parlementaires d’apporter leur appui à la mise en œuvre des quatre piliers de la Feuille de route de l’Union africaine relative à l’exploitation du dividende démographique par les investissements dans la jeunesse.

Cet engagement a ensuite été officialisé par une déclaration sur le dividende démographique et le développement de l’Afrique avec la mise en place d’un plan d’action harmonisé. Les engagements ont, notamment, porté sur la promotion des investissements dans l’éducation et la santé, l’augmentation des crédits budgétaires alloués à ces deux domaines, la révision des lois discriminatoires en vue d’une participation pleine et entière des jeunes aux processus électoraux ou de celles qui ont un impact discriminatoire sur les filles et les jeunes femmes, comme le mariage des enfants, la violence sexuelle et basée sur le genre et les mutilations génitales féminines ainsi que celles qui imposent des entraves à la pleine jouissance des droits fondamentaux des jeunes. Les parlementaires se sont aussi engagés à ratifier, s’il y a lieu, la Charte africaine de la Jeunesse.

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