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African Banker

Dossier : Trade finance

Un contexte plus difficile – Les difficultés économiques actuelles que rencontrent les pays africains affectent les établissements bancaires et, par voie de conséquence, entraînent des défis de financement.

Dossier réalisé par Estelle Brack – Coll: Delphine Bousquet

En octobre 2016, la Cnuced (Commission des Nations unies pour le commerce et le développement), relevait que la baisse des prix des matières premières, la hausse du dollar et la perspective de paiements d’intérêts plus élevés rendent les dettes accumulées par les pays africains potentiellement plus difficiles à refinancer que jamais.

Dans ce contexte, le financement des échanges internationaux de matières premières est une problématique majeure pour le continent. C’est en effet un des secteurs qui profite le plus de financements par crédits documentaires, un des produits phares du trade finance.

La BRI (Banque des règlements internationaux) avait estimé en 2011 le volume du trade finance global intermédié par les banques de l’ordre de 6 500 à 8 000 milliards $, dont près de la moitié (2 800 milliards $) en crédits documentaires.

Le commerce mondial dépend fortement de son mode de financement : à hauteur de 80 % à 90 % (crédits commerciaux, assurance et garanties) selon l’OMC, essentiellement en financements à court terme.

Un des facteurs du déclin des exportations totales de marchandises du continent, ces dernières années, relève ainsi des contraintes de financement imposées aux exportateurs. L’association des perceptions de risque élevé de l’environnement commercial en Afrique et de la rigueur des cadres réglementaires au niveau mondial ont forcé les banques internationales à revoir à la baisse leurs activités de prêt sur le continent.

Or, les principaux acteurs du continent sont de grandes banques internationales : Citibank, Barclays, HSBC, Standard Chartered… Leur méfiance a affecté la disponibilité du financement commercial en Afrique.

Pour Yaw Adu Kuffour, directeur du Programme de financement du commerce au sein de la BAD, « nos études suggèrent que la demande non satisfaite en matière de financements du commerce intermédiés est de l’ordre de 115 milliards $, un chiffre bien supérieur à l’estimation précédente de 25 milliards $. Afreximbank a satisfait 2,6 milliards $ sur une demande de 18,5 milliards $ en 2011, et pourrait faire mieux si elle en avait la capacité. On peut en conclure que la demande est très loin d’être satisfaite, surtout dans les États fragiles et les pays à faible revenu. »

 Tassement des échanges

Dans son rapport d’activité sur l’année 2015, Afreximbank relève que, « associée à la baisse de la demande mondiale, la chute du prix des matières premières a également contribué à un ralentissement du commerce mondial qui a connu une croissance de 2,8 % en 2015. Dans le cadre de cette faible croissance, la contraction des exportations africaines de marchandises observée en 2014 s’est accélérée en 2015 : elles se sont inscrites en recul de 6,5 %, passant de 533,76 milliards $ en 2014 à une valeur estimée de 499,09 milliards $ en 2015. Cette baisse a été essentiellement causée par la dynamique du marché mondial du pétrole brut qui a représenté environ la moitié du PIB de l’Afrique et plus de 45 % de ses exportations au cours de l’année. Les importations africaines de marchandises ont connu une baisse bien inférieure (-0,2 % sur la même période). Le déficit commercial s’est creusé, atteignant 149,38 milliards $».

Le volume total du commerce de l’Afrique a baissé de 3,04 %, passant de 1 180 milliards $ en 2014 à 1 150 milliards $ en 2015. Le commerce du continent a particulièrement souffert de la chute des prix des matières premières, en volume et en valeur.

Avec 80 % des exportations basées sur les matières premières brutes, principalement financées par lettres de crédit, la chute des prix dans des proportions jamais vues a eu un impact sur le commerce mais également sur la liquidité d’un certain nombre de banques.

Le couloir Chine-Afrique a également connu un recul en 2015, puisque les exportations africaines ont diminué de 7,6 % en décembre, pour le 14e mois de baisse consécutif, tandis que les exportations chinoises vers l’Afrique ont diminué de 40 % sur l’année.

La BAD relève dans son rapport Promouvoir le développement au moyen du financement du commerce que les taux de défaut du financement du commerce sont élevés en Afrique, 4 % en moyenne contre une moyenne mondiale infé­rieure à 1 %.

Les taux varient de 1,1 % en Afrique australe à 6,3 % en Afrique de l’Ouest. S’il existe une corrélation évidente entre la stabilité et l’accès au financement du commerce, les taux de défaut du financement du commerce sont nettement plus bas que les pourcentages de prêts non productifs des banques.

Plusieurs obstacles à surmonter

Les taux de défaut moyens de l’ensemble des actifs s’élèvent à 4 % en Afrique australe et 12 % en Afrique de l’Ouest. Les banques commerciales africaines génèrent d’ores et déjà 17 % de leurs revenus à partir du finan­cement du commerce et seule une banque sur 14 n’est pas encore entrée sur le marché du financement du commerce, révélant un intérêt substantiel vis-à-vis de ce secteur.

Un rapport réalisé par la BAD en décembre 2014 précisait que 72 % des banques africaines qui avaient participé à l’étude avaient l’inten­tion d’accroître leurs activités de finance­ment du commerce dans un avenir proche mais qu’elles doivent encore surmonter de nombreux obstacles, notamment la faible liquidité du dollar, la conformité aux régle­mentations, la faible croissance économique et l’incapacité à évaluer la solvabilité des emprunteurs potentiels.

La confirmation des lettres de crédit (LC) demeure une difficulté majeure pour les banques africaines, étant donné que la quasi-totalité des lettres de crédit émises par des banques sur le continent doivent être confirmées quand la contrepartie se situe hors de la région.

Compte tenu des limites sur le risque qu’acceptent les banques confirmatrices pour les banques émettrices africaines, ces dernières ont des difficultés à fournir les financements du commerce nécessaires.

La demande devrait augmenter

Les économies africaines profitent moins du trade finance que les autres régions du monde, alors que le besoin est tout aussi pressant. Selon la BAD, « la crise financière a profondément modifié l’équilibre du commerce international. Pour les Africains, les nouveaux marchés asiatiques ont, dans une certaine mesure, compensé le déclin des exportations à destination de l’Europe et de l’Amérique du Nord».

L’Afrique connaît une évolution de la simple exportation de matières premières vers une insertion dans la segmentation internationale des processus productifs. En effet, quand une marchandise passait hier une à deux frontières, elle en franchit davantage aujourd’hui, avec l’insertion croissante de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales.

C’est ce qui explique, en grande partie l’explosion du volume des échanges commerciaux internationaux ces dernières années, créant ainsi une opportunité pour le trade finance, en accompagnant l’entreprise qui fait transiter ses produits en plusieurs endroits du monde.

Le trade finance pourrait mettre plus de temps à se développer sur le continent africain qu’en Europe centrale et de l’Est, en raison de la faible capacité manufacturière et industrielle, les deux secteurs qui ont le plus recours au trade finance.

Cependant, en 2017 et les années suivantes, la demande adressée à l’Afrique devrait augmenter de 30 milliards $, selon EulerHermes. Pour son chef économiste, Ludovic Subran, « il ne s’agit pas seulement du court terme. En effet, d’ici à 2025, les pays africains devraient continuer de s’ouvrir, et les poids lourds du continent, le Nigeria (+210 milliards $ d’exportations supplémentaires sur dix ans/+150 milliards $ d’importations), l’Afrique du Sud (+140 milliards $ d’exportations/+180 milliards $ d’importations) et l’Égypte (+83 milliards $ d’importations/+79 milliards $ d’exportations), verront leurs échanges avec le reste du monde s’envoler».

Dans ces conditions difficiles, les quatre principales économies commerciales de l’Afrique (Algérie, Angola, Nigeria et Afrique du Sud), qui représentent 57,5 % des exportations du continent, ont vu leurs exportations décliner de 7,8 %, 4,8 %, 7,7 % et 4,4 % respectivement, en 2015.

 Le commerce intra-africain se développe

La BAD estime qu’un tiers du commerce africain – soit 340 milliards $ – bénéficie d’un financement du commerce intermédié, bien que cette proportion soit plus élevée en Afrique du Nord qu’ailleurs en Afrique. Seulement 18 % de cette somme sont associés au commerce intra-africain, même s’il représente un chiffre relativement élevé par rapport à la part du commerce intra-africain dans le total des flux commerciaux du continent, qui ne dépasse pas 11 %.

Les échanges entre les pays d’Afrique se chiffrent à 110 milliards $. Une grande partie de la demande en matière de financement du commerce provient des industries à forte intensité de main-d’oeuvre, telles que l’agriculture et l’agroalimentaire.

Contrairement au repli accusé par les échanges du continent africain avec le reste du monde, la valeur du commerce intra-africain a augmenté en 2015, cependant à un rythme bien plus faible que l’année précédente. Les échanges commerciaux intra-africains ont ainsi affiché un taux de croissance de 6,95%.

Cette diminution notable par rapport au taux de 11,95 % réalisé en 2014, reflète la décélération de la croissance économique dans l’immense majorité des pays d’Afrique et la chute des investissements dans un contexte d’affaiblissement des marchés de matières premières.

Mécaniquement, les effets cumulés de la croissance de valeur des échanges commerciaux intra-africains, associés à la contraction substan­tielle du volume total des échanges commerciaux de l’Afrique, ont renforcé la part des échanges commerciaux intra-africains dans le volume total des échanges commerciaux de l’Afrique à 17,2 % en 2015 contre 15,6 % en 2014 (11 % en 2012).

Malgré ce progrès, Afreximbank note que la part des échanges commerciaux intra-régionaux dans le volume global d’échanges reste bien inférieure à l’Europe (72 %), l’Asie (52 %), l’Amérique du Nord (48 %) et l’Amérique latine (20 %).

Les outils du trade finance

La part du commerce intra-africain varie d’une sous-région à l’autre. L’Afrique du Nord affiche le taux le plus bas, principalement en raison de l’intégration limitée des six pays dans la sous-région (5 %). La sous-région qui réalise le plus de commerce intrarégional est l’Afrique de l’Est (un tiers).

Les banques ont développé plusieurs solutions destinées au règlement et au financement des opérations entre les exportateurs et les impor­tateurs, afin d’assurer la bonne réalisation de leurs transactions commerciales à court terme.

Cette activité englobe à la fois des techniques de paiement, des garanties et des financements permettant aux entreprises de financer leur cycle d’exploitation à l’international. Ces techniques ne sont pas nécessaires pour des transactions domes­tiques ou au sein d’un espace communautaire bien établi, mais s’avèrent très utiles lorsque le client d’une entreprise exportatrice se trouve dans une autre juridiction et qu’il est délicat de lui faire parvenir les marchandises ou services avant que le paiement ne soit reçu.

Au travers des produits de trade finance, la banque propose ainsi à son client de sécuriser sa transaction via l’assurance-crédit ou un crédit documentaire.

Elle peut également accorder un crédit à son client garanti par le contrat d’exportation. Les transactions de trade finance reposent ainsi, en grande partie, sur l’examen par les banques des documents générés par les exportateurs et les importateurs.

Les produits du trade finance proposés par les banques sont généralement utilisés par les grandes entreprises multinationales actives dans le commerce international. À l’import les plus gros utilisateurs se trouvent dans la grande distribution avec des exigences particulières de réduction des coûts, bancaires et administra­tifs.

À l’export, l’industrie et l’agroalimentaire sont naturellement plus demandeurs que les services. Aux côtés du crédit documentaire (et des remises documentaires dans la position inverse importateur/exportateur), l’Open Account s’est avant tout développé en intra-groupe entre les filiales de production (Asie…) et les filiales de commercialisation (OCDE) où la question de risque ne se pose pas. De plus en plus, les ETI et PME se tournent vers ce type de solution, avec une problématique semblable à celle des grandes entreprises, mais avec un temps de retard et mues par le souci de se protéger contre les risques.

Qui opère le trade finance en Afrique ?

Pour l’exportation de produits, à l’échelle mondiale, les crédits documentaires (LCs) sont utilisés dans 56 % des cas, devant l’Open Account (18 %), les garanties (8 %), les Standby LCs (18 %). À l’import, les remises documentaires concentrent 55 % des opérations, devant les garanties (19 %), l’Open Account (18 %) et les Standby LCs (8 %).

À l’échelle de la planète, les banques internatio­nales opèrent un quart voire un tiers de l’offre de trade finance intermédiée par les banques, le reste étant fourni par des banques régionales et locales. Ainsi les 21 banques du registre ICC apportent des financements à court terme à hauteur de plus de 11 % du commerce mondial, en contribuant pour un tiers (2 000 milliards $) des 6 500-8 000 milliards $ globaux estimés par la BRI.

Les opérations de financement des matières premières sont traditionnellement localisées depuis la France et la Suisse, y compris pour l’Afrique.

Mais l’on voit grandir l’importance du Moyen-Orient comme hub du commerce international et interrégional et porte vers les marchés africains, en intervenant dans 7 % des transactions globales de trade finance (la plus grande part étant tenue par l’Asie- Pacifique avec 70 % des transactions import et 76 % export).

Selon les chiffres de Swift, le réseau sécurisé via lequel transitent les ordres de transactions, le Moyen-Orient est la seule région ayant connu une évolution positive du volume de messages MT 700 (caractérisant une opération de Trade) ces dernières années.

Selon Swift, l’Afrique émet 6 % du volume global des L/Cs import, soient 339 241 L/Cs émises en 2015 sur la base de MT700, pour une valeur moyenne de 378 600 $, et reçu 124 282 L/Cs pour une valeur moyenne de 328 800 $. Selon la BAD, l’Afrique du Nord concentre plus des deux tiers de la valeur annuelle des lettres de crédit émises, l’Afrique australe 14 %, l’Afrique de l’Ouest 7 %, l’Afrique de l’Est 5 % et l’Afrique centrale 4,5 %.

Une opportunité pour les banques africaines

Lors de son intervention à Maurice le 21 novembre 2016 dans le cadre du séminaire annuel dédié à la finance structurée d’Afrexim­bank, son président, Benedict Oramah, a souligné l’opportunité que représente pour les banques africaines le retrait des banques internationales dans le financement du commerce africain.

Le manque à financer est évalué à 120 milliards $, en particulier au travers de la finance structurée qui permet de couvrir le risque d’opérer en environne­ment d’incertitude, y compris le resserrement des conditions de crédit, la dégradation des conditions du financement du commerce et la difficulté de trouver des financements internationaux du commerce en Afrique alors que la demande existe bien et est croissante.

« À la différence des années 1980 (date des dernières crises notables sur le continent), où il n’y avait aucune banque pana­fricaine, aujourd’hui la banque panafricaine a pris racine telles que Ecobank, UBA, Bank of Africa, State Bank of Mauritius (SBM), entre autres».

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