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Politique

Dossier : L’Afrique prend en main sa défense

Les dérives sectaires, les replis identitaires, le terrorisme et les groupes d’autodéfense, ont été autant de thèmes que des grands spécialistes africains ont analysés à Bamako en vue d’esquisser le futur système de Défense pour l’Afrique.

Dossier réalisé par J.O., envoyé spécial à Bamako

A l’initiative du Codesria (Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique) et de l’univer­sité des Lettres et sciences humaines de Bamako, une cinquantaine de person­nalités venues de divers horizons, avec différentes compétences académiques et surtout différents domaines d’expertise, se sont penchés sur les menaces qui freinent l’avancée de l’Afrique.

Pour la première fois, des Africains, pas seulement les lea­ders politiques ou les chefs d’État, ont décidé de se réunir pour affronter la pro­blématique de l’insécurité en Afrique.

Les débats ont été souvent houleux, contradictoires, mais riches dans les différents panels. Il était question pour les universitaires d’identifier les nombreuses menaces qui motivent l’investissement dans les mesures de sécurité en Afrique.

Le Mali tente, en dépit de nombreux écueils, de sortir des convulsions chro­niques liées à la question du terrorisme.

Il est touché par une grande variété de menaces interdépendantes incluant la violence intégriste, les conflits intercom­munautaires et les tensions régionales qui impliquent l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique du Nord et au-delà.

Le choix du Mali ne relève pas que du symbole : les intellectuels africains, à l’unisson, reconnaissent : « Les récentes attaques orchestrées par des groupes fondamentalistes au Mali et en Côte d’Ivoire associées aux fréquents attentats ont davantage attiré notre attention sur l’importance de la question de la sécurité».

Pour autant, l’actualité n’a pas rétréci leur champ de critique : « La nature spec­taculaire de certaines de ces menaces, telles que les attaques terroristes, ont souvent retenu l’attention au détriment d’autres menaces moins spectaculaires, mais non moins dangereuses. »

Planter le décor

Pour ces chercheurs africains, il fallait toucher du doigt les grandes questions: quelles sont les multiples menaces de sécurité qui préoccupent les pays africains aujourd’hui ? Com­ment ces menaces interagissent les unes avec les autres et quelles sont leurs causes ?

Quelles sont les mesures de sécurité que les communautés locales, les États, les organisations régionales et continentales ont mises en place pour faire face aux menaces ? Qu’est-ce qui explique les choix des acteurs, vu la longue liste de mesures utilisées pour faire face à chaque type de menace ?

Quels sont les effets politiques, éco­nomiques et sociaux de ces mesures de sécurité et dans quelle dimension sapent-elles ou renforcent-elles la gou­vernance, les droits humains et l’État de droit ? Quelles sont les implications des défis sécuritaires et les mesures prises pour y faire face ? Comment les considérations de genre peuvent-elles être mieux traitées dans la concep­tion et la mise en oeuvre des mesures de sécurité ?

Comment peut-on amé­liorer la durabilité des mesures de sécurité et leurs effets ainsi que leurs capacités à augmenter la résilience des communautés ? Et enfin, comment les populations s’adaptent et exploitent les possibilités créées par les mesures visant à lutter contre l’insécurité, qui sont souvent de plus en plus strictes et évidentes dans les pays africains ?

Le décor ainsi planté, les experts ont arti­culé leurs travaux autour de sept panels et deux tables rondes.

Un panel diversifié

Les débats ont été souvent houleux, contradictoires, mais riches dans les dif­férents panels comme celui portant sur « les multiples et évolutifs défis de sécurité en Afrique ». Il était question pour les universitaires Henry Kam Kah (Came­roun), Leah Kima (Kenya), Ian Taylor (Royaume-Uni) et Horace Campbell (Ghana) d’identifier les nombreuses menaces de sécurité en constante évolu­tion auxquels font face les sociétés et les pays africains et qui motivent l’investis­sement dans les mesures de sécurité en Afrique.

Quant à leurs confrères Ahmat Hes­sana (Cameroun), Cheryl Hendrick (Afrique du Sud) et Diam Ly (Amnesty International – Mali), ils ont porté des regards circonstanciés sur « la sécurité et les autres “bonnes choses” de la vie », à savoir comment les efforts pour garantir la sécu­rité impactent les efforts pour consolider la gouvernance démocratique, le respect des droits humains et le renforcement de l’État de droit.

Le débat le plus animé a été celui portant sur « les États africains et la question de sécurité en Afrique ». Les intellectuels, Bakary Sambé (Sénégal), Hamidou Magassa (Mali), Bouréma Knasaye (Mali) et Moussa Yarbanga (Bur­kina Faso), ont dessiné les contours d’une meilleure synergie que les États pourraient établir avec les communautés locales, les acteurs sous-régionaux, régionaux et mon­diaux pour « garantir la sécurité ».

Un pont entre recherche et politique

Les autres débats autour de « l’évo­lution des interactions publiques et privées pour assurer la sécurité » ; « les questions transversales dans la fabrica­tion et la mise en oeuvre des mesures de sécurité en Afrique : genre, l’inégalité et la pauvreté » ; « la contribution locale à la sécurité » ; « les contributions régionales et sous-régionales à la sécurité» ont mis en évidence la nécessité d’atteindre une meilleure compréhension des mesures de sécurité et de leur mise en œuvre.

Pour que ces chercheurs en arrivent à produire des connaissances sur les mesures de sécurité et à promouvoir des efforts concrets, il a fallu au préalable toucher du doigt les vraies questions, notamment savoir comment ces menaces interagissent les unes avec les autres.

La conférence a établi un pont entre recherche et politique. Des échanges directs ont pu être menés entre les déci­deurs politiques et les chercheurs venus des universités et centres de recherche africains.

Ces derniers ont aussi interagi avec les hautes personnalités du corps des armées et de la police du Mali et du Nigeria, les responsables des institutions étatiques (Nigeria, Mali, Rwanda), le per­sonnel des organisations internationales comme le Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (Unowas), l’Union africaine, la Cedeao, UNWo­men, la Minusma (Mission multidimen­sionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali) et l’Institut afro-arabe basé au Mali.

Et enfin, avec des orga­nisations des droits humains, de hautes autorités tels que Pierre Buyoya (ancien président du Burundi) et de grands cher­cheurs des universités de l’Afrique du Sud, du Ghana, du Nigeria, des États-Unis ainsi que du Royaume-Uni.

Place au concret !

Avec cette diversité de profils, les discussions ont abouti à des propositions concrètes. Un colloque de plus mené par des chercheurs et universitaires dont les conclusions iront dormir dans le double fond d’un tiroir ? Non, jure le Codesria.

De fait, l’organisme publiera « une série de documents de politique sur les régimes de sécurité en Afrique » à compter de décembre 2016. Dans un numéro spé­cial de la revue Afrique et développement du Codesria, les meilleures contribu­tions de la conférence seront publiées en 2017.

L’organisme mènera des « activités de diffusion et de sensibilisation notam­ment un atelier de dissémination d’une journée à Dakar pour assurer l’adoption des résultats du projet par les politiques ».

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