Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Analyse et Opinion

Donald Trump : À quoi l’Afrique peut-elle s’attendre ?

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche provoque beaucoup d’interrogations. En Afrique, on redoute que les programmes d’aide décidés par ses prédécesseurs – comme l’AGOA – soient remis en cause.

Par Christine Holzbauer

L’élection de Donald Trump a provoqué des réactions mitigées sur le continent. La plupart des commentateurs ont pris acte que le nouveau locataire de la Maison Blanche avait construit toute sa campagne sur le Make America great again (rendre sa grandeur à l’Amérique).

Ce retour à l’isolationnisme est interprété comme un signal fort indiquant que le 45e président des États-Unis ne se préoccupera plus autant que son prédécesseur d’élections transparentes et de droits de l’homme sur le continent.

Le « Monsieur Afrique » de George Bush père, l’ambassadeur Herman Cohen, a retourné la phrase clé du Président Obama prononcée en Égypte lors de sa première tournée africaine, affirmant que l’Afrique n’avait pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes.

« Donald Trump préfère traiter avec des hommes forts. Donc, je ne crois pas qu’il va beaucoup parler de la bonne gouvernance ou de la démocratie. Il va essayer de faire des accords avec des présidents comme le Rwandais Paul Kagame, le Kenyan Julius Kenyatta ou le Congolais Sassou N’Guesso », explique l’ancien sous-secrétaire d’État adjoint.

La promesse de campagne du candi­dat républicain d’interdire l’entrée aux Musulmans signifie qu’un grand nombre de ressortissants africains de pays majoritaire­ment musulmans ne pourront plus venir aux États-Unis.

Les expulsions de ressortissants kényans et, plus récemment, sénégalais, ont déjà commencé, mais il s’agit essentiellement de personnes en situation irrégulière ou bien ayant eu maille à partir avec la justice.

De quoi, toutefois, alimenter les suspicions d’un « racisme anti-Noirs » de la part du nouveau Président. Ce qui pourrait l’amener à délais­ser un continent ayant fait l’objet, sous les administrations précédentes, de nombreux programmes économiques d’aide au déve­loppement et du vote d’une Loi sur la crois­sance et les opportunités économiques en Afrique (AGOA) récemment reconduite jusqu’en 2025.

Les élus américains tiennent à l’AGOA

Darryl Obama-Prevost, de l’université de Californie, est un grand connaisseur de l’Afrique francophone, notamment du Sénégal. Ce professeur qualifie cette initia­tive américaine pour relancer le commerce avec l’Afrique de législation « la plus impor­tante jamais passée dans les relations commer­ciales entre les États-Unis et le continent afri­cain».

Elle a conduit à la création de plus de 500 000 emplois. « Je doute sérieusement que l’administration Trump n’altère ou ne supprime une loi de libre-échange que les Républicains et les Démocrates ont unanime­ment soutenu depuis que l’AGOA a été signé en mai 2000 en loi par le président Clinton » et pour laquelle le président Obama a obtenu un soutien unanime au Congrès, affirme-t-il.

Le président George W. Bush avait « quadruplé les niveaux de l’aide améri­caine aux pays africains ». En 2015, par exemple, l’essentiel de l’aide américaine est allé à d’autres alliés jugés critiques comme l’Afghanistan (5,5 milliards de dollars), Israël (3,1 milliards $), l’Irak (1,8 milliard $) et l’Égypte (1,4 milliard $) dépassant large­ment les 8 milliards $ pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Ce qui laisse une nouvelle marge de manoeuvre.

Ahmedou Ould-Abdallah, président du Centre 4 S à Nouakchott, et ancien représen­tant spécial du secrétaire général des Nations unies dans plusieurs pays en Afrique, rejoint cette analyse, quoique pour des raisons inverses : « La plupart des grands programmes d’aide et de développement vis-à-vis de l’Afrique ont été pris à l’ère des Bush père et fils, c’est-à-dire par des hommes d’affaires républicains et non pas par des démocrates.

Seul le programme d’Obama pour amener l’électrification sur le continent fait exception. Et encore, c’est la partie australe et orientale de l’Afrique, plus le Ghana, qui a été privilégiée parce que ces pays, majoritai­rement anglophones, ont des législations compré­hensibles par les chefs d’entreprise américains. » En conséquence, Donald Trump ne touchera pas à l’AGOA, « trop marginal à ses yeux ! »

Rate this article

Author Thumbnail
Written by Christine Holzbauer

Christine Holzbauer travaille comme journaliste en Afrique pour les éditions en français de New African, African Business et African Banker depuis 2012. Auparavant, elle était correspondante régionale pour «L’Express », « La Croix » et « La Tribune », d’abord basée au Mali puis au Sénégal. Elle est diplômée de Sciences Po. Paris, a obtenu un DESS de la Sorbonne et fait ses études de doctorat à American University (Washington, D.C.) en relations internationales, développement et communication internationale.

Related Posts

Recevez nos Newsletter

Si vous souhaitez recevoir par mail une information pertinente, crédible et incontournable, inscrivez-vous à notre newsletter.

Aidez-nous à améliorer notre contenu