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African Banker

Henri-Claude Oyima – PDG de BGFIBank

Le PDG de BGFIBank, Henri-Claude Oyima, revient sur les fondements de la réussite du groupe gabonais – de plus en plus panafricain : diversification des métiers, gestion prudente du risque, formation permanente des ressources humaines…

Entretien avec Hichem Ben Yaïche et Yasmina Lahlou

La zone Cemac est affectée par la chute des prix des matières premières. Votre plan « Excellence 2020 » est-il touché par ces facteurs de perturbations ?

Non. Par le passé, nous avons déjà été confrontés à ce type de conjoncture contrastée. C’est pourquoi, dans la conception de notre projet d’entreprise Excellence 2020, nous avons tenu compte de toutes les éventualités envisageables. D’ailleurs, il ne vous a pas échappé que notre projet d’entreprise met en avant le développement transfrontalier et la diversification métiers.

Précisément, vous avez une vision stratégique qui a permis à BGFIBank d’avoir le leadership dans cette zone Cemac. Quelles sont les raisons de ce succès ?

Capital humain, gouvernance, organisation et gestion des risques, voilà les principaux fondements qui font le succès du groupe BGFIBank. S’agissant de nos ressources humaines, le groupe se distingue par des équipes jeunes, dynamiques et très impliquées dans la construction de notre développement. C’est pour nous une chance formidable ! Concernant la gouvernance, des dispositifs de contrôle interne permettent de tracer et d’établir des pistes d’audit a tous les niveaux. Notre organisation opère sur la base de projets a cinq ans permettant de donner de la lisibilité et de la visibilité a toutes nos parties prenantes. Le premier projet d’entreprise, dénommé « Ambition 2010 », avait pour objectif l’excellence. Nous avons atteint cet objectif par la mise en place d’un système de management de la qualité au sein de l’ensemble de nos filiales. Cette démarche a d’ailleurs valu la certification ISO 9001 depuis 2005 au Gabon et 2010 au Congo-

Brazzaville. Notre deuxième projet d’entreprise, « Cap 2015 », visait à nous permettre de changer de dimension, passant ainsi d’une banque mono-métier, mono-pays a un groupe financier multimétiers, multi-pays. A ce jour, le groupe BGFIBank est présent dans 11 pays à travers quatre métiers complémentaires que sont la banque commerciale, la banque d’investissement, les services financiers spécialisés et l’assurance.

Un élément essentiel pour une banque est son ratio de solvabilité. Où se situe le vôtre ?

Il est à 16 % ! Là où la plupart des banques de premier ordre se situent entre 8 % et 10 %. Fort de ce ratio élevé, le groupe BGFIBank démontre sa capacité à accompagner durablement les projets structurants. C’est le sens de l’ambition que nous portons depuis 45 ans déjà.

Il est en dessous de la moyenne internationale ?

Nous sommes bien au-dessus des exigences réglementaires ! La politique du groupe BGFBank consiste toujours a veiller au renforcement des fonds propres de ses filiales afin de leur permettre d’augmenter leur capacité de financement.

Quelle approche avez-vous des risques ?

Pour garantir une meilleure gestion des risques, le groupe BGFIBank s’impose une démarche résolument proactive consistant à : identifier toutes les activités exercées, cartographier les risques associés et définir les dispositifs de contrôle tendant à superviser les risques. Ces risques sont généralement regroupés selon les quatre familles «bâloises». Dans ces familles, nous avons deux pôles : un pôle « contrôle permanent » qui comprend les risques, le contrôle interne, la conformité et le plan de continuité d’activité. Le deuxième pôle, « le contrôle périodique », gère les audits selon un cycle de deux ans. Nous avons également mis en place un indicateur du coût du risque global qui ne doit pas dépasser 1 %, et qui comprend le coût du risque opérationnel et le cout du risque crédit. En outre, nous suivons un élément d’appréciation supplémentaire de risque en ce qui concerne un fonds pour risques bancaires généraux. Vous constatez donc que l’on constitue par la des « coussins » de fonds propres qui permettent d’amortir les chocs éventuels en cas de retournement de conjoncture.

Face à cette approche prudente du risque client, de quelle manière empruntez-vous afin de préserver ou augmenter vos fonds propres ?

Le groupe BGFIBank porte de lui-même le financement de ses projets grâce à une politique vertueuse de distribution de dividendes. Contrairement aux autres grands groupes bancaires qui font systématiquement appel aux marchés pour financer leur développement, nous maintenons notre stratégie de faible niveau d’endettement.

Qu’est-ce qui explique ce choix stratégique de passer aujourd’hui de groupe bancaire à groupe financier ?

Par souci de complémentarité et de proximité avec nos clients. Notre solide expertise du métier de la banque commerciale, nous a conduits à accompagner l’évolution des besoins de notre clientèle. En intervenant désormais dans des métiers aussi complémentaires que la banque d’investissement, les services financiers spécialisés ou encore l’assurance.

 Où en êtes-vous dans cette diversification ?

Par-delà le développement international, la diversification métiers nous permet de garantir la rentabilité et la pérennité du groupe. En 2015, le produit net bancaire a progressé de 17 % et le résultat net consolidé de 24 %.

Comment recrutez-vous puis formez-vous vos agents, et quels sont les métiers prioritaires ?

Les ressources humaines du groupe sont relativement jeunes : la moyenne d’âge est de 34 ans. Nous avons a coeur de constamment renforcer les compétences de tous nos collaborateurs. C’est ainsi que le groupe a créé il y a huit ans, BGFI Business School (BBS), structure qui propose deux cycles de formation complémentaires. La formation continue dédiée aux collaborateurs internes au groupe et la formation diplômante réservée aux éleves post-bac. Ce dernier cycle de formation est spécialisé en licence et Master banque – finance et assurance, audit et contrôle et système d’information.

Et au niveau de l’opérationnalisation ?

Nous dépensons en moyenne 4 % de la masse salariale du groupe pour les actions de formation interne, et nous avons des accords avec des organismes de formation spécialisés, tels que le CFPB ou d’autres organismes dédiés. Quand on passe par là, on est un vrai banquier ! Notre engagement sociétal nous conduit à accueillir au sein de BBS des talents provenant de tous les horizons.

La zone Cemac détient le record de la faible bancarisation ; comment abordez-vous ce phénomène?

C’est un fait, le taux de bancarisation en zone Cemac reste faible. C’est pourquoi à notre niveau nous développons la banque de détail et la microfinance à travers une structure dédiée, dénommée Loxia, afin d’élargir le spectre de notre clientèle. Nous espérons par ces mécanismes contribuer au renforcement de l’inclusion bancaire.

Le cadre institutionnel et législatif est-il adapté à la banque de dépôt ?

Oui, naturellement… Le cadre institutionnel et législatif permet de développer la banque de détail dans nos zones d’implantation, c’est bien ce que nous nous employons à faire au quotidien.

Quelle est la part de l’entreprise et celle des particuliers ? Comment vous adressez-vous à ces deux cibles ?

L’ADN de notre groupe reste l’entreprise. Nous nous sommes progressivement adaptés au contexte économique de chaque pays. Le groupe BGFIBank se présente comme un portail financier : chaque type de clientèle trouve une réponse spécifique adaptée à son profil.

Quelle est la place du numérique dans votre stratégie ?

Moving Digital, tel est le mouvement en marche au sein du groupe BGFIBank ! Tout récemment, nos cadres dirigeants du groupe se sont réunis pour échanger sur les nouveaux enjeux du digital dans notre secteur. Cette rencontre a abouti à la constitution d’une feuille de route destinée à étendre à l’ensemble des filiales du groupe les nouvelles solutions digitales tels que BGFIMobile, BGFI eAdvice, eTracking ou encore BGFIExpress, notre propre solution de transfert d’argent. Le digital est au cœur de la stratégie de croissance du BGFIBank pour mieux servir les besoins d’une clientèle toujours plus exigeante.

Quelle est votre implication dans le financement de l’économie des pays ?

Pas moins de 70 % des financements du groupe sont dédiés aux projets structurants ! Par exemple, le groupe BGFIBank, c’est plus de 1 000 milliards de F.CFA d’investissement pour soutenir et accompagner le développement du secteur privé congolais dans des domaines tels que les BTP, le transport, les mines ou encore la téléphonie mobile. En Côte d’Ivoire, nous avons mobilisé plus de 500 milliards de F.CFA d’investissement dans les filières en fort développement comme le café, cacao ou encore l’immobilier. Tout récemment, nous avons bouclé le financement du complexe olympique de Douala au Cameroun à hauteur de 24 milliards. Nous sommes très fiers de pouvoir nous impliquer aussi concrètement dans le financement de nos économies. Une banque, ce sont des moyens. Il n’est point d’économie sans finance, et point de finance sans banques. Ces quelques exemples illustrent notre forte implication à accompagner tous les projets structurants partout où nous sommes implantés.

Quel regard portez-vous sur l’offensive des banques marocaines en Afrique ?

Nous sommes nous-mêmes une banque panafricaine, présente dans 11 pays. Je crois qu’il faut regarder le concurrent non pas en nous comparant a lui, mais en cherchant ce que chacun de nous apporte a l’économie des pays dans lesquels il est implanté. Dans chacun des pays où nous sommes présents, nous apportons notre capacité de financement ainsi que notre savoir-faire.

Nos marchés ont besoin d’une pluralité dans l’offre afin de renforcer les mécanismes de financement de nos économies! Tous les groupes bancaires ont besoin de garantir leur rentabilité et leur pérennité. Notre groupe s’impose aujourd’hui par la qualité de ses services, sa profonde maîtrise du marché et sa bonne connaissance des besoins liés aux spécificités de la clientèle. Nous sommes heureux de constater que nos zones d’implantation suscitent l’intérêt d’autres groupes.

Quels sont vos leviers de croissance pour les années à venir ?

Ils sont multiples : le développement international, l’innovation produits, la diversification métiers. Voilà les axes clés de notre stratégie. Il est vain de changer de stratégie au gré des aléas de la conjoncture. Notre projet d’entreprise fixe les orientations stratégiques a implémenter. Depuis la mise en oeuvre du premier projet d’entreprise, en 2005, nous dépassons à chaque fois les objectifs fixés.

Que pensez-vous de cette galaxie de « nouveaux » produits autour de l’univers bancaire, tels que les fonds d’investissement, les marchés financiers, etc. ?

Ces éléments que vous appelez « galaxie » font partie intégrante de la finance. Les marchés financiers africains doivent se diversifier dans leurs offres pour se consolider durablement, à l’instar de ce que nous observons dans les autres marchés internationaux. Les acteurs publics et privés africains se doivent de promouvoir des offres complémentaires à la banque classique, afin de favoriser non seulement les sources d’épargne, mais aussi les mécanismes de financement à long terme.

En tant que patron d’une grande entreprise, quel est l’élément qui détermine votre manière d’attaquer vos journées et de porter la vision qui vous anime ?

Travail, persévérance et responsabilité… Chacun de nous contribue à0 son niveau, par ses engagements, au développement d’un continent que nous souhaitons tous prospère. L’indépendance économique est la manière la plus concrète de contribuer durablement au développement endogène et véritablement structurant de nos économies. L’Afrique se construit à travers ses jeunes, ses femmes, ses « bougeurs » de lignes qui s’engagent par leurs initiatives au quotidien. C’est tout le sens de mon engagement.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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