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African Business

Diamniadio, ville ambitieuse

Impulser un second souffle à la capitale sénégalaise, tel est le pari de la création de la ville nouvelle de Diamniadio, une ville durable et connectée. Le calendrier de construction des infrastructures est particulièrement serré.

Par Djamila Colleu

Sur l’autoroute de l’Avenir, à environ 40 minutes du centre de Dakar, la ville nouvelle de Diamniadio affiche ses constructions. Repérable par le nombre de grues qui s’y déploient, la ville s’étend sur plus de 2 000 hectares.

Désengorger la presqu’île du Cap-Vert où se concentrent près de 3 millions d’habitants, tel est l’enjeu prioritaire de la ville du futur. Pensée dans un second temps, après le lancement de l’aéroport et de l’autoroute, la ville nouvelle s’intègre a posteriori dans ce triangle précur­seur d’une nouvelle donne pour l’aménagement du territoire.

Pour Alioune Badiane, directeur des programmes d’ONU Habitat, « avec Diamniadio, le front de lhabitat se déplace vers ce pôle urbain, ce qui permettra de desserrer Dakar pour développer une métropole plus respi­rable qui pourra abriter 10 millions dhabitants à lhorizon 2030 ».

Bâtie sur un terrain appartenant à la communauté Leboue, qui l’a délaissé car le sol n’était pas adapté à des constructions de petite taille, le pôle urbain se décline en hauteur avec des habitations de plusieurs étages.

Lancé officiellement en mai 2014, il se structure autour d’un « germe de ville », le Centre interna­tional de conférence Abdou-Diouf, premier bâtiment sorti de terre en un temps record pour abriter le 15e Sommet de la Francophonie, en novembre 2014.

Depuis la pose de la première pierre, en mai 2014, des promo­teurs immobiliers, qualifiés de « développeurs », se sont vus octroyer des centaines d’hectares à titre gracieux en l’échange de la réalisation de logements de standing divers (du logement social au haut de gamme), de la viabilisation des terrains et de leur commercialisation.

Une dynamique tournée vers une « Smart City », concept dans l’air du temps, se dessine avec pour ambition de mieux vivre la ville, la rendre plus agréable et attractive, optimiser la gestion urbaine…

Les premiers groupes immobiliers retenus, le sénégalais Teyliom dirigé par Yerim Sow et le marocain Alliances, ont été rejoints par l’entreprise sénéga­laise Getran (Générale de travaux publics et de négoce), la société indienne SenegIndia, puis Madina Invest et l’émirati Doozy Gulf Group.

Le programme d’ensemble intègre deux phases dont la première, d’une durée de trois ans, vise à aménager 700 hectares sur lesquels seront construits 15 000 logements sociaux. À l’horizon d’une quinzaine d’années, 40 000 logements devraient voir le jour.

Si le gros oeuvre est aujourd’hui bien engagé, la livraison des habitations accuse un certain retard, plus ou moins conséquent selon les promoteurs immobiliers.

Un parc industriel tourné vers la Chine

Les équipements publics émergent progressivement. La deuxième université de Dakar, baptisée Amadou-Makhtar-M’Bow, du nom de l’ancien directeur général de l’Unesco, programmée pour ouvrir ses portes en octobre 2016, pourrait accueillir 30 000 étudiants sur un campus de 50 hectares.

Le coût du chantier est estimé à 75 milliards de F.CFA. Dispensant des enseigne­ments scientifiques, économiques, c’est un souffle d’air pour l’univer­sité Cheikh-Anta- Diop dont les amphithéâtres sont saturés.

Dans le domaine de la santé, l’Institut Pasteur de Dakar disposera d’une nouvelle unité de fabrication de vaccins contre la fièvre jaune, installée sur un terrain de 2 hectares ; les travaux devraient démarrer fin 2016 pour s’achever en 2018.

Un parc industriel doté de deux hangars – dont le premier est quasiment achevé – est en cours de construction par l’entreprise chinoise CGCOP sur plus de 50 hectares.

L’ambition est d’accueillir, à terme, des entreprises manufacturières délocalisées au Sénégal. Le groupe chinois C & H Garment Company, déjà présent au Rwanda, devrait construire une usine de confection de vêtements et créer 1 000 emplois. Un projet qui devait s’enclencher en juin 2016 mais qui a pris du retard.

Une Smart City

Au coeur de la ville nouvelle, le projet de parc technique numérique suscite l’intérêt de plus d’une vingtaine d’entreprises, parmi lesquelles le français Atos (services numériques) et l’opérateur de téléphonie mobile Tigo Sénégal.

Installé localement depuis plus d’un an avec une centaine d’employés, Atos envisage de créer un millier d’emplois au Sénégal. Des projets de formation sont engagés avec les écoles d’ingénieurs pour former des professionnels sur le continent.

Le Parc des technologies, financé par la BAD (Banque africaine de développement) à hauteur de plus de 45 milliards de F.CFA, ambitionne de développer sur 25 hectares la plus grande plateforme régionale numérique, avec pour objectif la création de 35 000 emplois directs et 105 000 emplois indirects.

Une dynamique tournée vers une Smart City, concept dans l’air du temps, se dessine avec pour ambition de mieux vivre la ville, la rendre plus agréable et attractive, optimiser la gestion urbaine… autant de promesses véhiculées derrière le concept de « ville intelligente ».

À ce stade, Diamniadio prévoit des écoquartiers, 15 % d’espaces verts, des bassins… Les prémices d’une ville durable mêlant le futur de l’innovation et du collaboratif.

La future métropole se construit pas à pas. Néanmoins des incon­nues demeurent. Les habitations commencent à être livrées, mais la mobilité n’est pas encore à la hauteur d’une métropole d’avenir. Aujourd’hui, l’accès à Diamniadio n’est possible que par l’autoroute.

L’aéroport ne devrait pas ouvrir avant avril 2017. Le transport collectif, concrétisé par l’aména­gement du Train express régional, n’est prévu que pour 2019. Dans cette phase charnière de près de deux ans, une solution de mobilité urbaine durable, du type trans­port urbain public ou privé, devra être trouvée.

À terme, le coût du péage autoroutier, aujourd’hui de l’ordre de 2 euros, un des plus chers du continent, devrait baisser. La planification des activités de la ville nouvelle en est au stade embryon­naire et interroge sur le modèle économique de Diamniadio.

Avec la création de cette zone c’est l’ensemble du paysage urbain du sud-est de Dakar qui opère une reconfiguration, un défi ambitieux pour réinventer la ville de demain.

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Written by Djamila Colleu

Djamila Colleu est correspondante des magazines African Business, Le Magazine de l’Afrique et African Banker au Sénégal. Diplômée en Sciences-Economiques et en Sciences-Politiques, elle a une expertise d’une vingtaine d’années dans le domaine des politiques publiques, notamment en matière d’aménagement du territoire et de politiques urbaines, qu’elle a exercé auprès de l’Etat français, de l’Union européenne et d’organisations internationales. Du Sénégal où elle est installée depuis quelques années, elle s’est particulièrement intéressée à l’ensemble de l’Afrique de l’ouest et aux problématiques de développement.

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